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Je t'aime mélancolie (Paroles)Analyse de LKB

Philippe Séguy, auteur de la biographie semi-officielle de Mylène Farmer, racontait lors d'un entretien une anecdote que Mylène lui avait confiée. Lorsque celle-ci, petite, avait fait part à sa mère de ses angoisses par rapport à la mort, sa mère lui avait répondu «Ma petite, tu es comme la mauvaise herbe, et la mauvaise herbe ne meurt jamais !». Et nous retrouvons donc cette expression dans le texte de «Je t'aime mélancolie», texte qui est vu le plus souvent comme une réponse aux critiques formulées par les journalistes à l'égard de Mylène. Mais cette anecdote permet un tout nouveau regard sur cette chanson…
 

J'ai comme une envie 
De voir ma vie au lit

« La vie au lit » peut ici être la métaphore de la mort. Ou du moins l'illustration d'un refus d'affronter la vie.
Comme une idée fixe 
Chaque fois que l'on me dit
La plaie c'est ça :
C'est qu'elle pousse trop vite
La mauvaise herbe nuit

Mylène nous donne une explication par rapport à ce sombre désir. Il s'agit donc de cette phrase que lui répétait sa mère. Le « chaque fois que l'on me dit » montre qu'elle l'a entendue plus d'une fois. Sa mère la compare donc à une « plaie », une « mauvaise herbe » nuisible qui « pousse trop vite ». Peut-être est-ce là le refus d'une mère de voir son enfant grandir…
C'est là qu'il me vient une idée :
Pouvoir m'apitoyer

Toujours est-il que Mylène ne voit qu'une chose à faire pour faire face à cet affront : s'apitoyer, se replier sur elle-même. On notera le cynisme avec lequel cette phrase est présentée (« Il me vient une idée… »).

C'est bien ma veine
Je souffre en douce

Elle souffre beaucoup de cette situation, mais cette souffrance n'est pas extériorisée. Elle garde tout pour elle.
J'attends ma peine
Sa bouche est si douce

La peine lui apparaît même comme attirante, dotée d'une douceur que sa mère n'a pas, peut-être…

J'ai comme une envie 
De voir ma vie au lit

Répétition de ces deux premiers vers suicidaires. Mylène réaffirme sa volonté d'échapper à la réalité.
Comme une idée triste
Qui me poursuit la nuit - la nuit - la nuit

Cette peine ne la quitte plus, elle ne peut plus s'en défaire.
Je savoure la nuit
L'idée d'éternité

L'idée d'éternité serait-elle là symbole de la mort ? En tout cas, Mylène se fait de plus en plus à la tristesse et à la peine qui l'assaillent, au point de « savourer » la nuit, lorsque l'« idée triste » la poursuit.
La mauvaise herbe nuit
Car elle ne meurt jamais

Répétition des paroles de sa mère qui l'ont tant blessée.

Quand tout est gris
La peine est mon amie

C'est définitif, Mylène se complait dans la tristesse et la peine, car dans ses moments noirs, elle est totalement seule avec elles.
Un long suicide acide
Toujours cette idée de mettre fin à ses jours qui revient…
Je t'aime mélancolie
Le titre de la chanson résume à lui seul la complaisance de Mylène dans la tristesse…
Sentiment qui 
Me mène à l'infini
Mélange du pire, de mon désir,
Je t'aime mélancolie

C'est même plus qu'une complaisance, c'est quelque chose qui la « mène à l'infini », quelque chose qu'elle désire. Bien que consciente que cette souffrance est particulièrement douloureuse (le « pire »), elle ne peut s'empêcher de l'aimer et d'être attirée par elle.

Quand tout est gris
La peine est mon amie
J'ai l'âme humide aussi
Tout mon être chavire

Tout son être s'éprend de ce sentiment insupportable, de cette peine, de cette souffrance. En donnant à l' « âme humide » une signification toute particulière, on peut même dire c'est d'un réel désir très profond dont il s'agit.
Oh viens je t'en prie
C'est ton amie aussi

Mylène s'adresse ici à un tiers, en l'invitant à partager lui aussi cette mélancolie.
C'est l'élixir, de mes délires
Je t'aime mélancolie

J'ai comme une envie
De voir ma vie en l'air

Même idée que dans les deux premiers couplets, exprimée différemment cette fois-ci : elle voit directement sa vie dans les cieux.
Chaque fois que l'on me dit 
C'est de la mauvaise herbe

Cette envie la prend à nouveau lorsque sa mère la compare à cette fameuse mauvaise herbe. On en revient donc directement à cette anecdote particulière, là où le refrain était plus général, ne l'évoquant pas directement.
Et moi je dis :
Qu'une sauvage née
Vaut bien d'être estimée

Selon elle, sa différence devrait plutôt être remarquée et estimée. Peut-être « sauvage née » évoque-t-elle l'enfance de garçon manqué que Mylène avoue avoir eue…
Après tout elle fait souvent la nique
Aux " trop bien " cultivées, et toc !

…Et qui lui permet de faire ce dont elle a envie, en « se foutant bien des qu'en dira-t-on »…

C'est bien ma veine
Je souffre en douce
J'attends ma peine
Sa bouche est si douce

J'ai comme une idée
De la moralité

Cette fois-ci, Mylène entrevoit l'enseignement qu'elle peut tirer de toute cette histoire…
Comme une idée triste
Mais qui ne meurt jamais

Retour de l'idée triste, et cette fois-ci, c'est elle qui est immortelle, et non la mauvaise herbe…
En somme c'est ça :
Pour plaire aux jaloux
Il faut être ignorée

Ce qu'elle retient de toute cette histoire, c'est que, pour ne plus recevoir de remarques désagréables de sa mère, il faudrait qu'elle se fasse oublier, qu'elle renonce à être une « sauvage née », qu'elle se fonde dans la masse et renonce à ce qui fait sa différence.
Mais là, mais là, mais là, pour le coup
C'est Dieu qui
m'a plantée, alors ? ...
Eh bien, elle peut l'affirmer, c'est raté ! Au contraire, elle n'a que faire de cette morale dont elle ne va pas tenir compte (cf. le bras d'honneur à ce moment de la chorégraphie), et d'ailleurs sa carrière nous a bien montré qu'elle a beaucoup joué sur sa différenciation d'avec les autres et n'est jamais rentrée dans aucun moule. La nique aux « trop bien » cultivés, en somme…



LKB (01/2008)
    

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