Sans contrefaçon (Paroles)Analyse de LKB

Après avoir affirmé sa féminité avec «Libertine», Mylène joue cette fois-ci sur l'ambiguité sexuelle en clamant qu'elle est un garçon ! Et le tube de 1987 devint un hymne homosexuel…

Dis maman, pourquoi je suis pas un garçon ?
Dès l'intro de la chanson, nous sommes plongés dans le vif du sujet. Elsa Trillat, photographe et amie de Mylène au moment de l'écriture de ce tube, explique que cette phrase est due à un private joke entre Mylène et elle. Elsa lançait alors à Mylène le défi de s'adresser aux commerçants avec cette voix, ce qu'elle faisait !
Cette accroche, en forme d'interrogation, peut sembler contradictoire avec le reste du texte, où Mylène affirme clairement qu'elle est un garçon. Mais peut-être s'adresse-t-elle ici à sa mère alors qu'elle est encore hésitante, qu'elle ne s'est pas encore trouvée, qu'elle s'interroge sur son identité sexuelle.

Puisqu'il faut choisir
A mots doux je peux le dire
Sans contrefaçon
Je suis un garçon

Mais maintenant, Mylène est sans appel ! C'est son choix et elle le revendique ! Même si elle le murmure «à mots doux», c'est sans aucun doute possible, sans «contrefaçon» qu'elle l'affirme, elle est un garçon !
Et pour un empire
Je ne veux me dévêtir

Pourtant son corps va à l'encontre de son esprit, de sa volonté. Ainsi pour rien au monde elle ne veut être mise face à cette pénible réalité en se déshabillant. On peut également interpréter cette phrase de façon moins personnelle, et plus par rapport aux autres. Cette phrase peut en effet s'adresser autant à Mylène elle-même qu'à autrui, il ne faut surtout pas qu'ils découvrent la véritable identité de Mylène, que celle-ci dissimule…
Puisque sans contrefaçon
Je suis un garçon

…Puisque ici elle le réaffirme, il n'y a aucun doute possible, elle est un garçon !

Tout seul dans mon placard
Cependant Mylène paie cette différence par le regard des autres qui l'isole.
Les yeux cernés de noir
Dans un premier temps en effet, ce regard des autres semble l'atteindre et l'affecter, les larmes coulent sur son visage. On peut également voir dans cette phrase un paradoxe, puisque le noir qui cerne les yeux peut faire penser à du maquillage, qui évoque la féminité.
A l'abri des regards
Je défie le hasard

Donc Mylène se cache et se dissimule aux autres, c'est là qu'elle peut exprimer sa véritable identité, à l'encontre de la nature, elle «défie le hasard».
Dans ce monde qui n'a ni queue ni tête
Au fond, si Mylène fait ceci, c'est pour échapper à l'absurdité du monde, s'échapper dans son monde à elle, où elle est libre d'être ce qu'elle est ou ce qu'elle veut être : un garçon !
Je n'en fais qu'à ma tête
Par cette phrase, Mylène commence à se délester du poids que représentait le regard des autres pour elle. Elle se sent plus libre de faire comme elle l'entend.
Un mouchoir au creux du pantalon
Nous avons ici une référence à une anecdote toute particulière de l'enfance de Mylène – une des rares dont elle ait le souvenir. En effet, cette ambiguïté sexuelle habitait Mylène dès le plus jeune âge, où elle avait les cheveux courts et mettait effectivement un mouchoir au creux de son pantalon pour faire croire qu'elle était un garçon ! Cette ambiguïté était si marquée qu'un jour, un adulte a dit à la jeune Mylène que «c'est un joli prénom pour un garçon»…
Je suis chevalier d'Éon
Mylène fait ici référence à Charles de Beaumont, dit le Chevalier d'Eon, un agent secret du roi Louis XV qui, pour obtenir des renseignements de la tsarine Elisabeth de Russie, se travestissait en femme. Par la suite, l'ambiguïté sexuelle n'était pas très bien considérée à l'époque, il fut contraint de terminer sa vie sous une identité féminine…

Tour à tour on me chasse
De vos fréquentations

Mylène évoque ici la discrimination faite par les autres, bien-pensants, qui peu à peu la bannissent de leur rang.
Je n'admets qu'on menace
Mes résolutions

Je me fous bien des qu'en-dira-t'on
Mais Mylène n'accepte pas de se laisser faire, c'est son choix et elle le revendique, elle ne laissera personne décider pour elle. Elle n'a donc que faire de ces opinions.
Je suis caméléon
Mylène réaffirme son ambiguïté en se comparant avec cet animal changeant, qui suggère ses métamorphoses…
Prenez garde à mes soldats de plomb
C'est eux qui vous tueront

Les soldats de plomb sont des jouets typiquement masculins, et ce sont eux qui auront raison de l'opinion des autres et de leurs discriminations.


LKB (11/2007)
    

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