A l'ombre (Paroles)Analyse de PtitGénie

Mylène Farmer a souvent exprimé en interview son doute perpétuel, même après autant d'années de carrière, lors de la sortie d'un nouvel album : sa peur de décevoir, la crainte de ne pas retrouver le public. A côté de ça, elle évoque également souvent son ennui lorsqu'elle ne travaille pas et son envie de toujours revenir sur le devant de la scène après ses périodes de silence.
Les paroles de "A l'ombre" semblent reprendre toutes ses émotions sur ce sujet, tout en employant le pronom personnel "on" sur les refrains pour permettre à chacun, comme souvent dans ses chansons, de s'identifier à cet état de dépression dans lequel on peut aussi nous-même plonger, à un niveau différent.

L'onde est si calme
Un présage d'automne

Mylène commence par présenter ici un "calme avant la tempête" : lorsqu'elle écrit un album et qu'elle sait que tout va très vite s'enchaîner par la suite. On peut s'amuser à relever que le single "A l'ombre" a été diffusé pour la première fois en octobre 2012, en plein automne, et qu'en écrivant le texte elle savait que le titre serait révélé à cette saison-là.

Là, la peur s'engage
Sur mon visage, le doute frissonne
Suis-je faite pour les rêves ?

On retrouve ici l'appréhension que la chanteuse ressent avant chaque retour musical et cette peur de décevoir. Elle s'interroge alors à chaque fois : est-elle faite pour ce métier ? Sa chance va-t-elle continuer ? Elle doute d'elle-même, de ses capacités.

D'une voix faible
Dis-moi de ne plus être...
A l'ombre

Mais à l'intérieur, une petite voix la motive toujours, la guide, lui dit d'y croire encore, d'avoir confiance et de sortir de cette période de dépression pour retrouver la lumière, le public, sa vie d'artiste dans les médias et sur scène.

Risquer de n'être personne
On se cache et l'on se cogne

Le refrain va énumérer tous les côtés négatifs qu'il y a, pour elle en tant qu'artiste, à se renfermer, à se réfugier dans la non-création, en retrait de sa carrière entre chaque album : prendre le risque de redevenir une anonyme, d'être oubliée, tourner en rond jusqu'à se cogner/se confronter à cet état de procrastination.

A l'ombre
On se coupe de soi-même
On s'arrache ainsi au ciel

Dans ces moments d'inactivité, la chanteuse sait qu'on s'isole facilement, qu'on renie volontairement une facette de nous-même. Le "ciel" peut représenter tout ce qu'on aime et dont on s'éloigne. On s'écarte volontairement de ce qui nous rend heureux. Dans son cas, le plaisir d'un album, d'une tournée.

A l'ombre
Et sentir que l'on se lâche

Ces périodes invitent au relâchement total. On perd pied, on perd ses repères. On est témoin de notre propre chute, on a le sentiment de ne pas pouvoir intervenir pour l'empêcher.

Que rien ni personne ne sache
Quand la nuit tombe
Las de cette vie trop brève
On devient l'ombre de soi-même

Ces sentiments nous sont très personnels : on a toujours la certitude que personne au monde ne peut se rendre compte de ce qu'on traverse dans ces phases d'ombre. Que lorsqu'elles surviennent ("quand la nuit tombe"), on prend de nouveau conscience du côté éphémère de toute vie, et surtout de la notre. On baisse les bras face à cette réalité. Nous ne sommes alors plus que l'ombre de nous-même, un être vide qui vit sans réellement vivre, sans vraiment profiter.

L'âme est la lumière
Pour la chanteuse, ce qui nous sauve ce cet état et nous permet de tenir, ce qui éclaire l'ombre, c'est ce qu'elle appelle "l'âme" : quelque chose qui résiderait toujours au fond de nous, ce qui fait de nous un être humain. Une lueur d'espoir.

Mais l'âme erre sur tous les chemins
Mais cette clé à ces quotidiens moroses n'est pas pour autant facile à maintenir ou à retrouver. Elle se perd parfois en nous quand on se perd soi-même, empruntant de multiples détours avant de nous revenir.

Mon cœur se ferme
Le diable harcèle mes lendemains

Nouvelle représentation de ces périodes d'ombre : la personne se renferme sur elle-même, jusqu'à perdre toute notion de sentiments, d'amour. Le "diable" veut l'attirer de son côté en l'empêchant d'apercevoir une amélioration à cet état dans les jours à venir. On peut remarquer qu'elle ramène le sujet à son propre cas sur les couplets, à l'inverse des refrains qui généralisent le sujet.

Et là, sous les érables
Le froid se cabre

Mylène se rattache ici à ses origines : le Canada, la neige. Elle se renferme dans ces ressentis, ses souvenirs. Le froid l'attire de nouveau, se réveille et s'implante en elle.

Mais toi, dis-moi de ne pas être...
A l'ombre

De nouveau, elle sait pertinemment qu'il y a une force capable de la sortir de son silence. Une force en elle mais peut-être aussi une force extérieure : l'autre ?


PtitGénie (29/03/2016)
    

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