Derrière les fenêtres (Paroles)Analyse de PtitGénie

Pour comprendre ce texte, il est indispensable de lire le poème en prose "Les Fenêtres" de Baudelaire, que voici :

"Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par-delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous: "Es-tu sûr que cette légende soit la vraie?" Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis?
"

Il s'agit donc de voir dans ce texte les fenêtres comme une barrière, notamment entre un couple et une personne seule...
 
"La lumière est invisible à nos yeux"
La lumière représente ici un sentiment, un bonheur, une chance. Le "nos yeux" désigne les yeux des solitaires qui déambulent dans une rue...
C'est ce qu'ils disent en silence
Quand ils sont deux...

Comme si le couple se disait entre eux "nous on est heureux parce qu'on est deux, ceux qui ne le sont pas ne peuvent pas savoir ce que c'est que d'être heureux.
Hommes et femmes de pierre
Aux destins sans gloire
Mal étreints, trop fiers

La personne qui observe ce couple se dit qu'ils sont bien prétentieux de penser qu'il n'y a qu'en couple qu'on est heureux, et qu'ils s'enferment dans leur petit monde...
J'entends...
L'absence d'eux...

Mais en même temps, l'absence de cette relation, de ce sentiment que eux possèdent se fait sentir, est pesante. Elle "entend" cette absence.

Derrière les fenêtres
Des vies, longtemps, se perdent

Pour la passante (Mylène), c'est gâcher sa vie que d'être à deux (elle peut penser ça sous l'effet de la jalousie),c'est perdre trop de temps ("longtemps").
Derrière les fenêtres
J'envie des mondes
Qui ressemblent aux songes

Ici l'on voit que cette passante est en fait jalouse de ce monde à deux. Elle révèle que celui ci est tout ce qu'elle a toujours voulu avoir au fond d'elle même, que cet univers de couple "ressemble" à ses rêves, à ses pensées.
Derrière les carreaux
Tombent en lambeaux des êtres

Mais finalement elle revient sur son idée que c'est gaspiller sa vie que d'être à deux et de s'enfermer ainsi. Ce serait même dangereux, jusqu'à entraîner la perte des deux personnes.
Derrières les pâleurs, on sait qu'un
Coeur va naître ou disparaître

Il peut s'agir évidemment de la naissance d'un enfant, fruit d'un amour, et la mort d'un être. Mais on peut aussi voit le "coeur" comme le sentiment, l'amour, qui unit les deux personnes : le coeur de leur relation. A travers les pâleurs (dues à des peurs?) on pourrait savoir quand une relation va commencer entre deux êtres, et quand elle va se terminer.

Silhouettes exquises
Après les avoir qualifier d'hommes et femmes de pierre, elle les respecte maintenant. Elle emploie le terme de "silhouettes" car elle ne devine que ça d'eux à travers la fenêtre.
J'imaginais vos cernes
Les cernes sont les couches concentriques d'accroissement annuel, visible sur la coupe transversale d'un tronc d'arbre. Le nombre de cernes donne donc l'âge de celui-ci. Mylène imagine là l'âge de la relation du couple qu'elle perçoit à travers ces fenêtres, comme si elle enviait cette longue durée qui les unit.
Des amants qui sont tranquilles
A leurs fenêtres

On eut comprendre que Mylène, elle seule de l'autre coté de ces carreaux, n'est pas tranquille, contrairement à eux qui le sont, protégés derrière cette barrière qu'est une fenêtre.
Hommes et femmes dignes
Je voudrais rencontrer vos ombres
Parler à vos âmes

Elle voudrait bien comprendre pourquoi ils vivent ainsi, savoir leur point de vue, connaître leurs raisons, et surtout leurs "ombres", c'est à dire les mauvais coté, la face cachée de cette vie.
Qui plongent
Ces âmes font le grand saut dans ce monde à deux.
Et qui se signent
"Se signer" signifie faire le signe de la croix (en rentrant dans une église par exemple). La religion est pour beaucoup le fondement du mariage. Ici la religion fait donc partie intégrante de ce couple. Enfin, on peut aussi relier ces deux derniers vers avec le refrain qui les suit: des âmes qui plongent derrières les fenêtres / qui se signent derrières les fenêtres. Dans ce cas, "plonger derrières les fenêtres" pourrait signifier s'y cacher, s'y réfugier. Et "se signer derrières les fenêtres", faire le signe de croix en regardant à travers, comme pour se protéger par l'Eglise.
 
Au final on remarque que, tout comme le refrain, Mylène est divisée face à la vie en couple. D'une part elle en fait une dure critique, refoulant l'idée d'être à deux pour toute la vie, mais d'un autre coté elle avoue son envie, sa jalousie face à ce que elle elle n'a pas... pas encore.


PtitGénie (05/2006)
    

Vos réactions

Votre pseudo :