Et si vieillir m'était conté (Paroles)Analyse de PtitGénie

Mylène décrit la façon dont elle perçoit la vieillesse qui approche, sa façon de voir le temps qui passe indéniablement. Et cette perception évolue au cours de la vie...

La nuit de ses doigts gantés
Personnification de la nuit en une personne, sûrement une femme. Il s'agit ici de la mort ou de la vieillesse. Elle porte des gants, elle est donc au départ discrète, minutieuse.
Image inachevée
C'est cette "nuit aux doigts gantés" qui est inachevée. On peut voir plusieurs sens à ce "inachevée" : le premier, c'est que cette nuit n'est pas complète, elle n'est pas encore totalement là, mais elle approche... Le deuxième, c'est qu'elle n'est pas parfaite, qu'elle n'est pas enviable (on dit d'un art qu'il est "achevé" quand il est parfait dans son genre).
Bientôt la Lune est pleine
Ce vers évoque l'idée de compte à rebours, la lune est pleine tous les 29 jours environ. Un cycle qui rappel celui de la vie. Le "bientôt" signifie que Mylène est près de la fin de ce décompte, et qu'elle attend cet instant où la lune sera pleine, ou en tout cas le redoute, en est préoccupée.

La nuit de ses doigts si frêles
On rejoint ici l'idée des "doigts gantés" : ils sont fragiles. Mylène voit en fait cette vieillesse comme quelqu'un qui finalement approche mais sans le vouloir, presque désolée.
Sculpte l'aube et le ciel
"L'aube" correspondant aux premières lueurs du jour, elle peut être une analogie du passé, plus précisément de l'enfance. Cette vieillesse change donc à sa manière les souvenirs, change notre vision d'eux, on les interprète différemment. "Le ciel" évoque le rapport à Dieu : vieillir fait tourner les hommes vers la religion. On se tourne vers Dieu pour se réconforter, croire en un au delà.
Dieu, que cette femme est belle
Mylène s'exalte devant la beauté d'une femme qui n'est pas encore touchée par la vieillesse, ou qui peut-être l'est justement mais chez qui cela la rend encore plus belle au fur et à mesure que le temps passe (on notera que Mylène s'embellie en vieillissant! Parlerait-elle ici d'elle même?). Elle en vante même ses qualités à Dieu, comme si elle lui attribuait cette "oeuvre".

La nuit de ses doigts de fée
Mylène continue la description de la vieillesse : celle-ci est très habile dans ce qu'elle fait, dans son travail. Elle sait atteindre ceux qu'elle doit atteindre sans être brusque, elle le fait pas à pas, progressivement. C'est tout du moins ce que chacun espère et veut croire...
A effleuré l'image
D'un bonheur de passage

La nuit commence à légèrement entamer certaines "images de bonheur" que Mylène avait en elle. Au début elle pense que vieillir n'efface pas tout espoir, que toutes ses petites joies ne vont pas totalement disparaître, car la vieillesse ne fait que les "effleurer" pour le moment... Même si elle avoue que de toute manière ce ne sont que des bonheurs éphémères, comme toutes choses de la vie.

Mais j'ai vu l'être emporté
Elle n'a pas su s'aimer

Mylène parle ici de quelqu'un qu'elle a vu vieillir et qui n'aurait pas su accepter le temps qui passe, accepter la personne qu'elle est devenue (les marques de la vieillesse, les rides...). Ce rejet l'aurait conduit à s'abandonner à la colère, à presque s'adonner à la folie. Elle emploie le mot "mais" parce que cette idée est en contradiction avec le fait que la vieillesse soit une femme bien sympathique au premier regard, fragile, discrète presque timide : elle rend aussi les gens malheureux et les emporte avec elle...
Le temps a fait ses ravages
Elle change donc d'opinion, elle ne voit plus que les défauts et les mauvais cotés, les marques indélébiles de la vieillesse. A présent elle voit les "ravages" du temps qui passe, comme si elle avait maintenant atteint une certaine maturité pour tout comprendre.

Et si vieillir m'était conté
Elle s'imagine alors : et si on lui faisait le récit de ce qu'elle sera quand elle vieillira ?
Serais-je là pour t'aimer
Si cela arrivait, Mylène se demande si dans cette histoire elle aimerait une certaine personne. Qui ? On peut supposer qu'elle reparle de cette "femme", de cette incarnation de la vieillesse. Finalement elle se demande si elle aimera vieillir... Ou alors, le plus intéressant est de penser qu'ici elle parle d'elle même : aimera t'elle ce que la vieillesse fera d'elle ? Cette dernière hypothèse est aussi très probable, parce qu'elle ferait référence aux vers précédents "Mais j'ai vu l'être emporté, elle n'a pas su s'aimer". Mylène voudrait savoir si elle aura le même destin que cette personne qu'elle a vu sombrer de la même manière, si elle saura s'accepter contrairement à d'autres qui ne supportent pas de vieillir.
D'autres nuits s'achèvent et la vie
A tout donné, tout repris...

Les jours passent, les nuits continuent de marquer la fin d'une journée, nous rapprochant indéniablement du bout du chemin. Mylène fait alors un constat : cette vie qui la fait naître et lui a apporté joies et bonheurs, famille et amis, la menace aujourd'hui de tout reprendre d'un moment à l'autre, même si c'est déjà ce qu'elle fait au fil du temps.

La nuit de ses doigts de fer
Mylène n'a plus du tout la même vision de "vieillir" : c'est maintenant pour elle une personne qui n'a plus des "doigts gantés", des "doigts frêles", des "doigts de fée". Ses actes sont maintenant plus brutales, presque effrayants.
A abîmé la chair
De sa rouille cruelle

On le sait, la plus grande trace que laisse le temps qui passe sont les rides. Mylène décrit cela comme quelque chose de cruel, car elle n'y peut rien, ces "doigts de fer" ne lui laissent pas le choix. De plus, dans la langue française, au sens figurer la "rouille" définit toute cause de décadence, de vieillissement...
Quand le temps a déposé
Son sourire familier
C'est un pas vers la poussière.

On pourrait prendre "déposer" dans le sens 'déposer sa trace', mais il est plus intéressant de le voir ici comme 'quitter, se dépouiller de'. Pour "familier", on le prendra dans sa définition 'Que l'on connaît bien'. En clair, Mylène explique que lorsque l'on se met à percevoir le temps sans ce "sourire familier", c'est à dire lorsqu'on commence à ne plus le comprendre, à ne plus le reconnaître, lorsqu'on ne peut plus l'apprivoiser à notre guise comme on le faisait avant c'est que l'on se rapproche de plus en plus de la fin...
"Tu es né poussière et tu redeviendras poussière".


PtitGénie (07/2006)
    

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