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Lonely Lisa (Clip)Analyse de PtitGénie

«Le surréalisme est un automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale [...] Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie.» [André Breton]

Nous voici donc plongé dans un "esprit non dicté par la raison", une retranscription de la pensée (de Mylène ?).
Cette présentation se fera dans deux lieux : une salle de danse, et dans le désert ("Elle a deux vies...").



La salle de danse
Nous pouvons voir cette salle de danse à deux époques différentes. Dans la première, ce sont de petites filles habillées de roses qui dansent. Puis ce sont de jeunes femmes adultes, habillées de blanc, qui prennent leur place.
Dans cette première troupe de "filles en roses", une d'entre elle se démarque. Elle ne bouge pas, ne semble pas vouloir (ou pouvoir) danser.
Cette petite fille est... rousse ! On peut imaginer là une sorte de retranscription imagée de la position de Mylène dans son enfance, dont elle disait : "Pendant mon enfance, j'étais une petite fille plutôt renfermée." en 1988.
Un détail corrobore cette idée que la petite fille qui ne danse pas est une représentation de "Mylène" : dans la troupe de danseuses adultes, on ne retrouve pas de danseuse rousse mais... Mylène ! Celle-ci n'est pas du tout dans leur groupe, elle est assise à l'avant, écartée, comme si elle assumait complètement le fait de se démarquer, contrairement à l'époque de son enfance.
De plus, ces danseuses adultes portent des œillères, contrairement aux petites filles roses. Une rapide critique du monde adulte : une fois adulte on ne garde pas l'esprit ouvert.



Le désert
Ce désert semble être l'échapatoir de la petite fille (ou même de la Mylène adulte), qui veut être n'importe où tant que ce n'est pas dans cette salle de danse !
Souvenez-vous, dans le clip "C'est une belle journée" en 2001, l'héroïne rousse s'ennuie à mourir et s'invente donc un autre monde, à travers un miroir. Ici, cet autre monde est un désert, où va naître nombre de folies et d'incohérences, et où se matérialisent les peurs qui naissent dans son esprit. Mylène, habillée de noir, déambule dans ce monde imaginaire.
- Tout d'abord, on trouve dans ce désert des machines à UV ! Totalement surréaliste et incongru. Un homme âgé (ils sont trois au total) y entrera et en sortira rajeunit. On retrouve là une peur bien connue chez Mylène : la peur de vieillir, l'envie de pouvoir imaginer qu'il est possible d'être éternellement jeune. A noter que la lumière du soleil (UV) semble être la force "magique" qui fait rajeunir ("Faire de la mort une immortelle...").
A noter que sur un plan, de loin, un des trois hommes évoque clairement David Lynch, le maître du surréalisme au cinéma.
- Un marchand de glace ambulant en offre une à un petit garçon. Le camion à glaces est argenté. On se trouve bien dans un esprit enfantin. En effet, c'est tout à fait typique pour un enfant d'imaginer dans un monde parfait d'avoir un marchand de glace rien que pour soi ! Ce coté enfantin cohabite ici étrangement avec la peur de vieillir qui se matérialise par les machines à rajeunir, qui est davantage un rêve de femme que de petite fille.
- Dans ce désert, on trouve aussi trois vieilles femmes qui bronzent (ce qu'elles tiennent permet au visage de bronzer uniformément). Elles font écho aux trois hommes qui redeviennent jeunes grâce aux machines à UV. Là encore, la lumière du soleil semble être très prisée. Tentent-elles, elles aussi, de regagner un peu de jeunesse par ce moyen ? Cela semble être le cas, puisque quelques instants plus tard elles arrêteront de bronzer et mangeront des fraises, tels des enfants.
- La Mylène habillée de noir croise dans l'étendue désertique un cocon argenté. Celui-ci devient un dromadaire lui aussi argenté, tiré par un chamelier. Un beau jeune homme, tout ce dont rêve une femme !



Quelqu'un va relier tous ces événements : une danseuse. En effet, une des danseuses navigue entre ces scènes, en courant en arrière plan des machines à UV, puis derrière les femmes âgées...
Elle semble fuir, courant encore et encore, devant des dunes colorées, ou encore devant une mine de sel.



Le changement
Une fois tout ce petit monde imaginaire présenté, un événement se produit : le ciel du désert s'assombrit.
La vieille femme qui bronzait lève les yeux pour voir venir ces nuages. Preuve que tous ces personnages ne sont des facettes que d'une seule personne : le petit garçon va lui aussi lever les yeux au ciel pour voir les nuages noirs progresser, puis c'est au tour de la petite danseuse solitaire de lever les yeux.
Même les danseuses blanches voient se matérialiser cet événement : elles dansent à présent alors que des plumes noires tombent autour d'elles.


A partir de là tout se transforme, dans un sens plus négatif, plus sombre. Une manière d'imager l'expression "redescendre sur Terre", ou le passage à l'âge adulte :
- la glace du petit garçon a totalement fondu ;
- la danseuse qui courait se jette d'une falaise (on ne verra plus les danseuses blanches à partir de ce moment) ;
- les néons qui éclairaient les danseuses roses tombent et éclatent au sol ;
- le dromadaire perd sa couleur argentée pour ne redevenir qu'un simple animal comme les autres ;
- les femmes âgées n'ont plus de soleil pour bronzer.




Tout se termine avec la chute d'une danseuse blanche (celle qui se jetait d'une falaise ?) qui se brise en mille morceaux en touchant le sol. Mylène continue, elle, d'évoluer dans ce désert à présent vide et sombre. Parce que la réalité c'est bien ça : un désert, c'est désertique.

Encore une fois, l'artiste nous présente sa vision assez négative de la vie. Tout est joyeux avec un peu d'imagination, mais tout est vain face à une réalité cruelle et sombre. Et où on évolue toujours... seul ("Lonely").



PtitGénie (02/06/2011)
    

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