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Paco Rabanne (Couturier)Interview Tour 96 - 1997

L’ancien fanzine MFIFC rencontre le célèbre créateur de mode, de parfums et de théories sur la fin du monde…

Monsieur Paco Rabanne, vous sentez-vous plus créateur dans la mode ou dans les parfums ?
Ayant commencé par la mode, celle-ci est pour moi essentielle. Mais le complément indispensable à tout couturier est d’envahir l’élément olfactif et donc d’avoir un parfum qui corresponde au style de sa mode, et c’est ce que j’ai essayé de faire depuis près d’une trentaine d’années.

Vous imposez-vous des limites ?
C’est très simple. Ma mère, qui adorait la mode, me disait toujours : « Mon fils, tu as toutes les libertés sauf une : celle d’attenter à la beauté d’une femme ». C’est très important. La femme est Merveille, la femme est Séduction. Un couturier n’a pas le droit de la ridiculiser. C’est un crime. Moi, j’ai toujours fait en sorte que, même en employant des métaux et des choses un peu bizarres, la femme soit belle, qu’elle soit une déesse, comme une extraterrestre, comme un rêve. C’est la seule limitation que je m’impose.

Comment s’est faite votre rencontre avec Mylène Farmer ?
Ah, c’était formidable ! C’est une fille que j’adore parce que j’aime bien ses chansons, sa novation, sa modernité. Nous lui avons présenté plusieurs possibilités, elle a choisi. Ce sont ses chansons, dans un crescendo d’apparitions sur scène, qui m’ont inspiré. Il y a quand même une mise en scène importante, il fallait que le vêtement corresponde à cette espèce d’augmentation d’intérêt à chaque tableau. C’était quelque chose un peu difficile, mais très agréable…

Comment s’est passée la création ? Vous a-t-elle donné les grandes lignes de ses attentes ou est-ce qu’elle vous a laissé une entière liberté ?
Elle nous a laissé une entière liberté quant au style, puisqu’elle voulait que ce soit du Rabanne. Donc on lui a présenté des choses, soit textiles pour des chansons très simples, soit entièrement métalliques pour des chansons plus ”violentes”. C’est comme ça que le travail s’est fait, on a fait à peu près 45 costumes !

Vous lui avez créé une robe toute en métal, une matière que l’on retrouve souvent dans vos collections. Pourquoi ce choix de matières ? Qu’est-ce que vous aimez dans son contact, son renvoi de lumière ?
J’aime la lumière, le reflet sur le vêtement. L’ère du Verseau qui arrive maintenant, et qui va remplacer l’ère du Poisson, va être une ère de lumière. Pour moi, le métal est aussi le symbole de cet âge de fer dont les indiens nous parlent, avant l’arrivée du ”millenium” de l’ère du Verseau, c’est-à-dire l’âge d’or. Nous sommes dans l’âge de fer, donc il fallait mettre du fer sur les femmes, surtout que dans les années ’70, le MLF (ndlr : Mouvement pour la Libération des Femmes) aller faire des femmes, des combattantes, elles revendiquaient leurs droits et c’est donc des guerrières que j’ai habillées… C’était, pour moi, une correspondance avec l’époque !

Avez-vous assisté au concert de Mylène Farmer ?
Oui, pour la première à Paris, c’était GENIAL ! La réaction des gens dans la salle m’a vraiment rendu heureux. […]

Vous êtes présent avec toujours un œil tourné vers le futur. Vous sentez-vous plus actuel ou futuriste ?
Si je regarde les matières d’aujourd’hui, je ne peux pas être futuriste. Je suis vraiment un homme d’aujourd’hui, mais je ne suis pas un passéiste. J’essaye d’être de mon époque et être de ce temps, c’est déjà assez difficile ! Ce n’est pas de ma faute si les gens ou certains créateurs ont cinquante ans de retard...


MFIFC - 1997
    

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