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Yvan Cassar (Compositeur)Interview Divers - 2005

L'homme orchestre

Alors que Mylène est enfin sortie de l'ombre pour se fendre en télé d'une interprétation symphonique de Redonne-Moi. Yvan Cassar, son pianiste attitré et étonnant complément musical de Laurent Boutonnat depuis Giorgino, a accepté de nous rencontrer !


Si l'on devait vous définir, l'adjectif "éclectique" vous conviendrait-il ?
Probablement. J'ai eu la chance de faire du jazz, du classique et du rock, tout en rencontrant des artistes formidables. Je suis un enfant gâté. Vous comprendrez que je ne me plaigne pas ! J'espère que ça durera et qu'on ne se lassera pas de moi de sitôt (rires) ! On est vite vieux dans ce métier (rires) ! En tout cas, je mesure la chance de pouvoir me promener d'un univers musical à un autre sans perdre de légitimité.

En tant qu'ancien élève du Conservatoire de Paris, n'est-ce pas une forme de renoncement que de faire une carrière dans le monde de la pop ?
C'est le hasard de la vie qui m'a amené vers la chanson et très franchement, je n'y pensais pas du tout. Après mes années de conservatoire, je dévorais la musique classique, le jazz et les bandes originales. Les circonstances ont fait que j'ai commencé par être accompagnateur et que j'ai aimé ça. J'ai rencontré le chanteur breton Melaine Favennec à Rennes (ndlr: en 1989 au festival des "Tombées de la nuit", puis sur les albums "La Chambre" et "Présent Exil"). A ce moment-là, c'était le renouveau des cordes dans l'univers de la pop en France. J'ai écrit quelques arrangements et je ne me suis retrouvé aux côtés de Lynda Lemay, Serge Lama, Claude Nougaro, Johhny Hallyday puis Mylène Farmer. L'aventure était passionnante. Depuis, j'ai continué dans cette voie...

On raconte que c'est Thieery Rogen qui vous a présenté à Laurent Boutonnat. Ça fait partie de la légende ? (Ndlr: Pour ceux qui l'ignorent, Thierry a été pendant longtemps l'ingénieur du son du tandem Boutonnat/Farmer. Il a quitté l'aventure en 1995 avec Anamorphosée, mais a continué certaines collaborations ponctuelles avec Mylène, notamment sur La poupée qui fait non en duo avec Khaled).
Non, c'est absolument exact. Je travaillais au studio Méga (ndlr: le studio appartenant à Thierry Rogen) sur mon premier album en tant qu'arrangeur avec Réjane Perry (ndlr: décédée aujourd'hui, Réjane a été la remplaçante de Maurane sur la seconde version de Starmania mise en scène par Michel Berger, et avait participé récemment à la comédie musicale Roméo et Juliette). Thierry mixait son album. A l'époque, la majorité des disques étaient électroniques et j'avais arrangé une chanson en piano/cordes. Thierry était fan de musique américaine et de cordes, il n'avait lui-même jamais vraiment enregistré une grande formation dans son studio. Il a donc découvert mon travail et s'est demandé qui était ce garçon qui traînait par là et qu'il ne connaissait pas... Il travaillait avec Laurent qui pensait à son premier film. Il lui a parlé de moi, nous avons travaillé ensemble sur la musique de Giorgino et ce n'est qu'ensuite que j'ai travaillé avec Mylène, dont la personnalité m'avait plu dès notre première rencontre.

Finalement, peut-on dire que d'un moment de studio, sont nées toutes les collaborations qui vont ont construit une carrière et une réputation ?
De manière très amusante, ma carrière personnelle est très liée à ce moment précis, car Vangelis était en train d’enregistrer dans le studio voisin une musique pour Cousteau. Je l'ai rencontré à ce moment-là et j'ai ensuite travaillé sur nombre de ses projets en Grèce.

Le tournage de Giorgino a été difficile pour l'équipe et le succès n'a pas été au rendez-vous. Est-ce que le travail sur la bande originale a lui aussi été compliqué ?
Pas du tout, j'en garde un très bon souvenir. Ce fut plutôt facile et inspirant...

Vous êtes actuellement sur la route avec l'orchestre de Prague pour le spectacle Baryton de Florent Pagny. Des retrouvailles avec l'orchestre que vous aviez justement dirigé pour Giorgino ?
C'est en effet quasiment la même formation. Ça ne me rajeunit pas tout ça, dîtes-moi !(rires)

Cette bande originale est probablement le plus beau témoignage de votre entente artistique avec Laurent Boutonnat. Regrettez-vous qu'elle ne soit plus commercialisée ?
Elle l'a été. En revanche, vous m'apprenez qu'il est difficile aujourd'hui de la trouver. C'est un disque très réussi qui a été fondamental. Le souvenir que je garde de Giorgino, c'est ma découverte du doudouk, un hautbois arménien fait en bois de mûrier qui a un son très grave. Un vrai choc ! L'essentiel des thèmes était joué par l'arménien qui vit à Marseille, Levon Minassian. Ensuite, j'en ai mis partout, notamment dans L'odyssée de l'espèce.


Levon Minassian a beaucoup tourné avec Peter Gabriel, une référence que vous avez en commun avec Mylène (ndlr : dans les années 80, la chanteuse parlait beaucoup de son admiration pour Peter)...
Je suis un passionné de musiques du monde depuis la nuit des temps ! Je suis arrivé du classique à la pop en passant par Peter Gabriel et la world music. J'adore mélanger les sons ethniques et classiques, autant dans des projets qui s'y prêtent comme L'odyssée de l'espèce que dans des arrangements live tels que Mylenium.

Des artistes comme Johnny Hallyday ont à leur actif beaucoup de tubes entendus, réentendus, arrangés et réarrangés. Comment arrive-ton à se renouveler au fur et à mesure des tournées ?
Il faut réfléchir et trouver un angle particulier. Cela passe par un nouvel effectif, un nouvel instrument, une cassure de rythme, une chanson oubliée....Un titre comme Gabrielle évolue en permanence entre la version du dernier live et son riff très rock et la version Tarantino du Stade de France. Quant à Mylène, on commence à bien se connaître, et je sais jusqu'où je peux aller. Il y a une confiance mutuelle qui s'installe au fur et à mesure des années et qui permet de voir naître quelques trouvailles. Je pense à la version jazzy de California durant le Mylenium Tour qui dénote avec celle de 1996. Les gens qui me font l'amitié de me reconnaître dans la rue, sont toujours sensibles à ces détails. On fait de la haute couture !

Quelle est la marge de manœuvre pour un directeur musical dans des shows de ce type ?
Mon rôle est de donner une âme musicale au spectacle en étant attentif à l'organisation et au choix des chansons. Je propose des idées et j'essaie d'argumenter quand je pense qu'il est bon de m'écouter. Le principal étant qu'on adhère ensemble à un projet commun. Selon les sensibilités, le travail avec chaque artiste est quelque chose de très spécifique. Mylène est une grande professionnelle qui propose des spectacles inédits et à chaque fois hauts en couleurs . Avec Johnny, on vit des aventures vocales époustouflantes. Avec Florent Pagny, c'est un challenge rare auquel il m'a invité à participer avec le projet Baryton.

On retrouve Abraham Laboriel Jr et Brian Ray sur les tournées d'Hallyday et de Farmer. Avez-vous la responsabilité du choix des musiciens ?
Oui, ils sont devenus des amis. Abraham est entré aujourd'hui dans le top 3 des meilleurs batteurs mondiaux. Je l'avais casté avec Laurent Boutonnat à Los Angeles pour la première tournée que nous avons faite ensemble. Il avait tout juste 20 ans et n'avait quasiment rien fait encore. Puis, je l'ai proposé à Johnny qui évidemment l'a adoré . Normal, ce gars est un génie absolu ! Lors de l'audition, il est arrivé après dix batteurs et nous n'avons pas compris ce qui nous arrivait. A l'inverse, nous avons casté le guitariste Brian Ray pour Johnny et il n'a rejoint qu'ensuite le staff de Mylène.

Que penser du fait qu'ils sont aujourd’hui en contrat avec Paul McCartney ?
Que nous ne nous sommes pas trompés et qu'on sait reconnaître de bons musiciens ! Ça rassure (rires) ! Des musiciens de ce niveau-là, tellement hors normes...il faudrait être fou pour les laisser s'échapper lors qu'ils se présentent à une audition !

Feront-ils partie de la distribution de spectacle Avant que l'ombre... ?
Je ne peux évidemment rien vous dire sur ce spectacle car Mylène désire garder la surprise intacte pour ses fans mais je vous confirme qu'Abraham sera bien présent à la batterie !

La dernière fous que nous vous avons croisé auprès de Mylène, c'était pour une version piano/voix de Rêver, à Cannes, à l'occasion des NRJ Music Awards 2003...
Comme tous les grands performers, il ne faut pas oublier que Mylène est avant tout une chanteuse. C'est une autre façon d'émouvoir les gens, mais je prends autant de plaisir à l'accompagner au piano sur des chansons peu orchestrés que sur les versions pop en spectacles.


Elle a donné il y a quelques mois la première conférence de presse de sa carrière à l'initiative de Thierry Suc. Quels rapports entretenez-vous avez lui ?
Thierry Suc est un producteur que j'adore et avec lequel j'ai réalisé de nombreux projets. Cette collaboration m'a permis de travailler sur d'autres aventures qui le concernaient comme récemment, où j'ai pu diriger en Chine et à Paris le Carmina Burana monté par la danseuse chinoise Jin Xing. Quand Thierry l' rencontrée, il a tout de suite pensé à moi pour diriger l'orchestre et m'a fait un cadeau fantastique...

Vous êtes pianiste sur Et pourtant et sur Ange, parle-moi sur Avant que l'ombre... Cela augurerait-il d'une collaboration prochaine plus poussée avec Mylène en studio ?
Je ne sais pas encore... Pour le moment, je termine ma tournée avec Florent Pagny. Je réfléchis déjà aux prochains spectacles de Johnny Hallyday et aux Bercy de janvier pour Mylène, avec toujours les mêmes impératifs pour chacun : l'exigence de qualité, la prise de risque et le goût du challenge inédit. De plus, j'ai deux gros projets d'albums studio dont je ne peux pas encore parler. Mais ce sera pour bientôt, on en reparle !


Mylène Farmer et vous - 11/2005
    

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