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Dominique Formhals (PDG Aquatic Show)Interview Avant que l'ombre... à Bercy - 2006

Rencontre avec le PDG de Aquatic Show, inventeur du désormais cultissime rideau d’eau de Bercy 2006.

Comment êtes-vous arrivé sur le dernier spectacle de Mylène Farmer ?
J’ai été contacté en juin 2005 par l’un des responsables techniques du spectacle, Michel Kintzig. Il s’avère que ce monsieur, qui a l’habitude de collaborer aux spectacles de Mylène Farmer, avait travaillé avec nous quelques temps plus tôt sur le lancement d’une voiture Renault. A cette époque, le rideau d’eau que vous avez vu à Bercy était en essai dans nos ateliers. Il a donc pu le voir et en aura parlé à Mylène Farmer et à son entourage.

C’est donc un total hasard si Mylène a fait appel à vous ?
Pas vraiment. Je crois qu’ils étaient à la recherche d’un visuel exceptionnel, un effet spécial hors du commun, jamais vu.

Et ils ont immédiatement été intéressés par le rideau d’eau écritures ?
Oui, mais le produit était à l’essai. On ne l’avait encore jamais utilisé. C’était une première mondiale. On s’est donc rencontré afin de voir ce qui était envisageable d’un point de vue technique. Et la décision finale a été prise par Mylène Farmer elle-même.

Qu’est-ce qui l’a décidée ?
Elle a demandé à avoir une démonstration pour se rendre compte de l’effet que ça pouvait donner en grandeur nature. Mais aussi pour avoir une idée du bruit que ça pouvait faire. C’était important. Tut le matériel a donc été emmené à Bercy.

C’était quand ?
Au début du mois de septembre.

Quelle a été l’étape suivante ?
Le pré-montage de l’ensemble du décor à Lyon, puis l’arrivée à Bercy dès la fin du mois de décembre.

A-t-il été question tout de suite d’un rideau d’eau dans lequel s’inscriraient des mots et sa silhouette ?
Non. Au départ, on a proposé uniquement des mots. La silhouette, c’est quelque chose qui s’est décidé quelques jours seulement avant le show, et même un peu par hasard.

C’est-à-dire ?
En fait, le garçon qui avait en charge de programmer les mots s’est amusé, pendant les répétitions, à prendre l’image de Mylène Farmer en couverture du programme de son concert et à la mettre dans le logiciel de programmation des écritures. Quand l’équipe a vu le résultat, ils ont décidé de garder l’effet.

Et pour ce qui est des mots à inscrire dans l’eau, le choix s’est-il porté immédiatement sur « Passé » ?
Non car à l’origine, le rideau n’était pas prévu pour le final, mais pour l’avant-dernière chanson. On devait donc écrire « Fuck them all ». C’est seulement cinq ou six jours avant la première représentation qu’ils ont décidé de mettre le rideau d’eau sur la dernière chanson.

Pourquoi ce revirement de dernière minute ?
Parce que, à la base, ils avaient prévu un final pyrotechnique sur « Avant que l’ombre… ». Mais lors des répétitions, après de nombreux essais, Mylène Farmer et son équipe n’ont pas trouvé cela satisfaisant.

Avez-vous du faire face à des contraintes particulières à Bercy ?
La proximité de centaines de projecteurs.

Vous êtes habitués à travailler en extérieur ?
On travaille aussi en indoor. Mais c’est vrai qu’on fait beaucoup d’évènements en plein air, beaucoup de fêtes nationales, un peu partout dans le monde – à Pékin, à Moscou.

C’est la première fois que vous collaboriez à un spectacle musical ?
On avait déjà travaillé une fois à Bercy pour un spectacle de Johnny Hallyday. C’était à la fin des années 80. Il passait dans une grande arche d’eau sur la chanson « L’envie ».

Était-ce une surprise pour vous qu’on fasse appel à vous pour un spectacle de chansons ?
Oui. Mais on connaît les shows de Mylène Farmer ; c’est toujours exceptionnel. Peu d’artistes français font de tels spectacles. J’ai été étonné par l’énormité du projet. Et pour avoir assisté au concert, je peux dire que j’ai été surpris aussi par le côté grand-messe des concerts de Mylène Farmer ; c’est le Pape la Basilique Saint-Pierre de Rome (sourire) !

Peut-on avoir un ordre d’idée du budget que représente votre prestation ?
Pour ma seule partie, on dépasse largement les cent mille euros.

Avez-vous eu des ennuis techniques sur l’ensemble des treize dates ?
On n’a pas eu de problème technique à proprement parler. Le seul souci auquel on a dû faire face au départ, c’était un problème d’éclaboussures sur la scène. En fait, on s’est rendu compte que la chaleur dégagée par la salle poussait l’eau vers la scène ; il est vrai que pendant les répétitions, la salle était vide donc on n’avait pas ce problème. Mais on a réglé ça assez rapidement.

Où tombait l’eau ?
Elle tombait de quinze mètres de haut pour atterrir dans un bassin placé sous la scène. Pour ce faire, il y avait une immense fente de deux mètres de large qui séparait la scène de l’avant-scène. Un certain nombre de petits ponts ont été placés pour que Mylène Farmer puisse traverser cette fosse. Il lui fallait un certain courage pour le faire car la moindre erreur pouvait la faire chuter dans le bassin.

L’eau était-elle chaude ?
Non, elle était à quatorze ou quinze degrés.

Elle fonctionnait en circuit fermé ?
Oui. L’eau tombait dans le bassin, puis remontait via des tuyaux qui encadraient la scène et qui étaient masqués par le décor. Au total, on jouait avec vingt mille litres d’eau. C’était la même eau pour les treize dates. Pour info, le bassin sous la scène mesurait vingt mètres de long sur deux mètres de large.

Pourquoi Mylène Farmer est-elle totalement absente de votre site Internet où vous présentez pourtant toutes vos créations ?
Mon contrat me l’interdit. C’est le cas pour tous les prestataires de service sur ce concert. On considère qu’une fois que le DVD sera sorti, on aura la possibilité de mettre une photo ou deux. Vous savez, jusqu’au premier concert, je n’avais pas le droit de parler aux journalistes.

Je me souviens pourtant que vous aviez donné l’info du rideau d’eau sur une grande radio nationale dès le début du mois de décembre…
Et ça m’a causé beaucoup de problème. L’équipe de Mylène Farmer était même à deux doigts d’annuler ma prestation de service. J’ai alors compris qu’ils n’aimaient pas qu’on parle à leur place.

Pourquoi avoir divulgué l’info ?
Je donnais une interview à un gars de France Info qui me demandait ce que serait ma prochaine grosse prestation, et je lui ai répondu tout bêtement qu’on préparait une première mondiale avec un rideau d’eau écritures pour Mylène Farmer. Ca ne me paraissait pas dramatique de balancer cette info. Pour un autre artiste, ça aurait été de la pub. Pas pour Mylène Farmer.

Vous avez senti un climat particulier autour d’elle ?
Disons qu’il y a des artistes, plus vous parlez d’eux, plus ils sont contents. Mylène Farmer, c’est tout l’inverse. Il y a une réelle volonté de tout garder secret. Je ne dis pas que c’est pas bien, mais je ne le savais tout simplement pas.

Vous avez eu beaucoup de demandes concernant ce rideau d’eau depuis janvier ?
Oui, énormément. Notamment pour des casinos à Las Vegas et à Macao.

Et d’autres chanteurs ou chanteuses ?
Peu d’artistes peuvent s’offrir ce genre de choses. Et je vois mal Johnny Hallyday ou un autre reprendre aujourd’hui ce rideau d’eau. Ca restera pour longtemps, sinon à jamais, « l’effet Mylène Farmer ».


IAO - 2006
    

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