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Esther Donbong'Na Essienne (Choriste)Interview Avant que l'ombre... à Bercy - 2006

Bassiste, chanteuse, productrice, auteur… Esther Donbong’Na Essienne multiplie les visages artistiques. Sur disque ou en concert, elle s’est illustrée chez Manu Dibango, Claude Nougaro, Michael Bolton ou Mariah Carey.

Le prendriez-vous mal si l’on vous disait que la musique est un peu dans vos gènes ?
Absolument pas, car je suis née dans une famille de mélomanes. Mon père jouait de la guitare et nous a fait écouter très tôt de la musique. Je suis entrée au Conservatoire à cinq ans. J’étais une bonne élève et j’ai rapidement obtenu des prix du piano. J’ai appris la guitare en autodidacte et écrit mes premières compositions vers douze ans. Après le collège, je faisais des escapades dans un complexe de salles de répétitions. J’y ai croisé des musiciens célèbres comme Kamil Rustam qui a joué depuis avec toute la variété française et internationale, et qui vit aujourd’hui à Los Angeles où il accompagne Jessica Simpson ou Jennifer Lopez.

Vous étiez une musicienne pour le moins précoce. Quand avez-vous découvert le chant ?
Je chantonnais naturellement, mais je n’avais jamais étudié le chant. En revanche, j’ai fréquenté très jeune ce milieu infréquentable et j’écoutais tout, jazz, soul, folk, pop et rock. Je me suis découvert une passion pour la basse, un instrument sensuel et rythmique. Depuis, je m’accompagne à la basse en concert. On a créé, avec mes sœurs, une formation reggae, les Blackheart Daughters, où je chantais et jouais de la guitare et de la batterie. Ma sœur Princess Erika a fait son chemin et nous nous sommes retrouvées après l’enregistrement de « Trop de blabla » en 1988. Je me suis fait remarquer lors de séances de voix en studio en créant des chœurs. Des artistes m’ont sollicitée, comme le violoniste Jean-Luc Ponty (ndlr : Tchokolo en 1991 et le Festival de Montreux), et j’ai su que je ne me trompais pas quand j’ai commencé à faire des télés avec ceux qui avaient bercé ma jeunesse comme Le Forestier ou Sylvie Vartan.

Où en étiez-vous quand vous avez été engagée par Mylène Farmer en 1996 pour la deuxième tournée de sa carrière ?
J’avais décliné l’offre de Jean-Luc Ponty qui me proposait une tournée américaine car je venais de signer un contrat en solo. J’avais fait une pub pour Gini qui m’avait ouvert des portes. J’ai enregistré deux singles assez power pop qui ont eu du succès en Angleterre. On m’a d’abord signé chez Polydor UK, puis dans le label IRS Record du groupe Police (ndlr : qui abritait en son sein REM, excusez du peu !) où j’ai sorti une ballade plus classique, « Homeland ». Le projet a atterri chez Chrysalis où il est passé aux oubliettes. Je suis partie, comme Mylène à l’époque, aux Etats-Unis et quand je suis revenue, j’ai été sollicitée par elle.

Votre réputation de choriste studio vous avait-elle précédée ?
Oui, car j’ai reçu un coup de fil de Thierry Rogen. Laurent Boutonnat voulait avoir mes coordonnées afin d’écouter mon travail et pour dire la vérité, je ne savais pas de quoi il s’agissait. Les médias ne parlaient pas encore du retour de Mylène Farmer. Bien vite, j’ai compris qu’il s’agirait d’un évènement de grande ampleur. J’ai envoyé une photo et une cassette audio avec quelques-unes de mes compositions. Nous avons organisé un rendez-vous avec Mylène, on a parlé musique longuement, de son dernier album mais aussi de ma propre expérience. A la fin de la discussion, on a décidé de travailler ensemble.

Étiez-vous attirée par l’univers musical construit par Mylène et Laurent Boutonnat ?
Je connaissais le travail de Mylène depuis longtemps et j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait. Je suis toujours très fan des albums qu’elle propose. Ce qu’elle fait est sublime et en plus, c’est une personne particulièrement attachante. Elle est entière et j’ai un plaisir non dissimulé à travailler avec elle. J’étais très attentive aux chœurs qu’on me proposait, car je voulais travailler avec des artistes de qualité. Je suis évidemment très bien tombée.

Votre duettiste sur cette tournée 1996, Carole Rowley, avait un CV très étoffé et avait travaillé pour Real Word Record, le label de Peter Gabriel, que Mylène admire…
J’ai eu la chance de rencontrer deux camarades géniales durant ces tournées. Je me souviens de bons moments passés à Los Angeles avec Carole et les fous rires que nos avons souvent avec Johanna Manchec. En 1999, je n’étais pas allée aux Etats-Unis, j’avais rencontré Johanna à Paris et j’ai rejoint l’équipe directement aux répétitions à Marseille. Avec Johanna, on s’entend très bien et on rigole beaucoup. C’est une excellente danseuse et une très bonne chanteuse. Encore quelqu’un qui a une belle personnalité. J’apprécie Eric Chevalier, Yvan Cassar et Paul Bushnell, le bassiste d’Avant que l’ombre… à Bercy, à qui je rendrais forcément visite si je suis de passage en Californie.

Quel est le show auquel vous êtes le plus attachée ?
Chaque spectacle avait ses particularités. La première tournée était une découverte. Il y avait une fraîcheur dans mes rapports avec le staff, on riait beaucoup, notamment avec les danseurs. Le Mylenium Tour était bien plus recueilli, tant en coulisses que sur scène. Il n’y avait pas de retenue, mais probablement plus d’intériorité. Quant aux concerts de janvier dernier, j’étais totalement en confiance. J’ai senti pour ce Bercy une sorte d’accomplissement et d’aisance… Une consécration logique. Mylène était beaucoup plus à l’aise malgré le défi que représentaient ces treize dates.

Avez-vous constaté les progrès vocaux de Mylène sur Avant que l’ombre… à Bercy ?
Pour ma part, j’estime que Mylène n’a pas de « progrès » à faire. Quand on est une artiste comme elle, sa voix est une couleur et un parti pris. Je la trouve très juste. Elle chante comme elle est profondément. L’important n’est pas de vocaliser comme Whitney Houston, c’est d’être soi-même. Prenez Mick Jagger, il est loin de la perfection, mais il a sa griffe vocale !

Quelles sont justement les chansons du répertoire Farmer qui vous ressemblent le plus ?
Sur Avant que l’ombre… à Bercy, j’aimais bien l’intro « Peut-être toi » et surtout « C’est une belle journée » que je trouve très réussie. J’appréciais aussi les parties où l’orchestre jouait seul. Mais ma chanson préférée est « L’autre… ». Elle me fait craquer systématiquement. D’ailleurs, sur la première tournée, à chaque fois qu’elle la chantait, je me mettais à pleurer. C’est une des chansons qui me touchent le plus, et j’aimerais bien la reprendre…

Quels sont vos souvenirs les plus poignants parmi ces trois spectacles ?
Sur Avant que l’ombre… à Bercy, nous étions plus de deux cents hommes et femmes à travailler. Quand on part en tournée, on est en moyenne quatre-vingts personnes dans une ambiance familiale, avec des liens qui se créent. Il y a toujours des émotions particulières. Durant le Mylenium Tour, je me souviens du bonheur que nous avons ressenti quand on a appris vers la fin de la première partie de la tournée que nous partions en Russie. Le pays sortait d’années difficiles. L’émotion est venue plus du public que de nous. Et sur la première tournée, quand Mylène a eu son accident à Lyon, on a été interrompu pendant quelques mois. On était tellement heureux de repartir ensuite sur la route avec elle et de reprogrammer des Bercy !

Après dix ans de bons et loyaux services, s’il fallait définir Mylène en quelques mots ?
Je ne suis pas très bonne au jeu des définitions. Je dirai qu’elle rayonne de l’intérieur et qu’elle donne tout d’elle-même. En peu de mots, c’est dire beaucoup sur sa personnalité.

Autre femme de poigne à forte personnalité : Marianne James, pour qui vous avez enregistré récemment des chœurs sur « Corps et âme » pour son premier album…
Marianne connaissait la famille car ma plus jeune sœur était assistante de production de L’ultime récital. Jacques Ehrhart, son réalisateur, m’a appelée pour un arrangement de voix gospel. J’ai entendu un guitare/voix. Marianne m’a parlé de l’ambiance qu’elle désirait. Je lui ai fait écouter quelques maquettes et j’ai enregistré toutes les voix de ce gospel.

Où verra-t-on votre nom ces prochains mois ?
D’abord sur scène… Et sur la pochette de mon album solo. Depuis que j’ai un site Internet, je suis même sollicitée par des rappeurs américains en Floride ! Je crois qu’il est difficile d’avoir au même moment une carrière solo et une carrière de choriste. Il faut choisir, se faire violence et se donner une discipline de principes pour mener ses projets à bien. J’ai donc décidé de me concentrer sur mes chansons. Je voudrais enregistrer le plus vite possible et sans vous en dire trop… Une partie de l’album devra être réalisée avec un producteur de Las Vegas. Je garderai toutefois le contrôle de la production artistique. Ce sera un travail de longue haleine sous le signe du métissage. Je suis née à Paris, d’origine camerounaise, avec des influences que je qualifie de « cosmiques » : jazz, reggae, soul, classique, musique africaine, musique sacrée et rock. Il y aura tout ça dans cet album !


Mylène Farmer et vous - 2006
    

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