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Fred Peveri (Concepteur lumière)Interview Avant que l'ombre... à Bercy - 2006

Avant tout, expliquez-nous en quoi consiste votre métier.
En qualité de concepteur lumière et scénographe, j’imagine et je crée des visuels et des climats dans un espace scénique ou ailleurs. Concernant la scène, je me sers de mes lumières pour habiller les textes ou les musiques des différents artistes avec lesquels je collabore. Par mes couleurs, ou par mes rythmes de graphismes, j’essaie d’emmener les spectateurs dans un monde en adéquation avec les œuvres jouées.

Vous étiez l’assistant de Jacques Rouveyrollis sur la première tournée de Mylène en 1989. Puis seul maître à bord sur les deux suivantes, et sur les derniers concerts de cette année. Comment cela se fait-il ?
Il y a dans la vie des moments où vous ne savez pas exactement ce qui se passe ou, en tout cas, vous n’y aviez pas songé. Après un entretien poussé avec Mylène et Laurent, c’est ce qui s’est passé. Depuis, j’ai réalisé les lumières de tous les spectacles de Mylène.

Cet entretien ayant lieu avant le début des concerts « Avant que l’ombre… », accepterez-vous de nous en parler ?
Non. Un spectacle doit rester une surprise. Je ne pourrais que vous dire que j’ai hâte que ça commence et que ça va être très beau…

Comment définiriez-vous les premières tournées de Mylène, en ce qui concerne votre partie ?
Le Tour 89, c’est la découverte d’un monde nouveau, un travail de lumière riche, en adéquation avec les costumes, le décor, à l’image de Mylène. Le Tour 96 constitue une grande nervosité et une grande tension pour moi car il s’agit d’un espace scénique important, riche et rempli de contraintes techniques (la vidéo étant un facteur important dans ce concert), mais aussi des chorégraphies, des effets, des musiques très diversifiées. Du vrai spectacle ! Le Mylenium Tour propose une autre facette de Mylène. Un monde plus intimiste, et donc une lumière plus subtile, plus près de l’artiste et du public, plus tamisée, plus légère. Un décor noir, somptueux et impressionnant, mais difficile en terme de travail pour moi.

Quelles sont les « instructions », le postulat de départ pour chacune d’entre elles ?
En 1989, on découvre l’artiste, on se fond et on accompagne son visuel. Un « cimetière », une ambiance incroyable ! En 1996, tout est permis : la joie, le beau, la fête, la magie des images. En 1999, il faut faire vivre ou faire oublier le décor à la demande et en fonction des climats proposés.

Qui sont vos interlocuteurs lorsque vous travaillez un spectacle de Mylène ?
Concernant l’artistique, Mylène et Laurent. Thierry Suc, à qui je dois beaucoup (il m’a permis de travailler avec Mylène), il est toujours présent lors de nos réunions et y participe toujours activement.

Avez-vous des directives ou avez-vous totale liberté ?
Des directives, il peut y en avoir, mais ce sont surtout des discussions entre nous ; on parle des costumes, du décor, des musiques, de ce que l’on ressent naturellement en les évoquant. Après, moi, je fais mes lumières avec mon ressenti et mes émotions, étant bien entendu toujours à l’écoute de Mylène et de Laurent pour essayer de transmettre au mieux ce qu’ils ont envie de voir. Mais j’ai à chaque fois une grande liberté d’expression dans mon domaine. Nous travaillons en confiance.

Comment travaillez-vous (dessins, maquettes…) ?
Tous les plans lumières sont effectués par ordinateur, en 2D ou en 3D pour les simulations. Il arrive parfois de travailler avec des maquettes. C’est une approche d’ailleurs très sympathique, mais qui n’exclut pas le travail sur ordinateur. Je ne me sers pas d’application de simulation de lumière sur ordinateur car je n’y retrouve pas la magie et la subtilité de la lumière dans son élément naturel, l’espace !

De quoi êtes-vous tributaire pour les lumières ?
La lumière est présente sur une scène pour « sublimer » l’œuvre. Il est donc évident que, plus que quiconque, on est tributaire de tout ce qui fait l’œuvre (décor, costumes, chorégraphies…). Je pense que les concepteurs lumière doivent avoir « ce » regard général sur tout ce qui fait un spectacle. Ils sont les yeux de l’artiste vis-à-vis des spectateurs. Ils sont le garant de la bonne présentation d’un spectacle.

Y a-t-il des changements de lumières au fil d’une tournée ?
Des changements, oui ! C’est d’ailleurs une marque de fabrique chez moi. J’ai besoin de retravailler les climats de lumière au fil de la tournée. Il peut m’arriver de changer entièrement la structure et les couleurs d’une chanson d’un concert à l’autre ; c’est la magie de la lumière par rapport au son, on peut faire passer les émotions de différentes façons.

Vous mettez Mylène au courant ?
Elle sait toujours quand je change des effets lumière.

Vous devez donc être présent à chaque concert ?
Avec Mylène, j’ai toujours été présent sur toutes les dates.

Quelle tournée vous a demandé le plus de travail ?
Chacune est différente, et chacune me demande 100 %. Mais « Avant que l’ombre… » est à l’évidence un cran au-dessus des autres !

Avez-vous le souvenir d’une demande particulièrement fantaisiste de la part de Mylène en termes de lumières, d’un réel défi à relever, quelque chose que vous n’ayez jamais fait avant ?
En 1996, je devais associer écran géant et lumières, tout en créant des atmosphères. C’était un vrai défi ! En 1999, il fallait retranscrire les éléments en lumière, ce qui n’est pas forcément aisé.

Au fil des années, avez-vous perçu un changements dans votre collaboration avec Mylène ?
Nous avons appris à mieux nous connaître et à vraiment nous respecter et, je crois, nous apprécier mutuellement. Les exigences de Mylène me permettent d’aller toujours plus loin.

Comparativement à ce que vous avez fait par ailleurs, estimez-vous que Mylène attache beaucoup d’importance et accorde beaucoup de moyens à ses lumières ?
Je pense que Mylène considère la scène comme un monde qui doit faire rêver le public. Nous créons à chaque fois un spectacle avec tout ce que comporte ce mot. Les lumières en font partie, donc elle me donne les moyens de m’exprimer.

Est-il particulièrement valorisant de travailler pour Mylène ?
Je ne cherche en aucun cas la valorisation. Le fait de travailler avec Mylène est simplement riche. Riche d’émotions. Riche de défis. Riche de bousculer ses a priori. Elle est clairement à part.

Est-elle plus exigeante ?
Pourquoi « plus » ? Par rapport à quoi ? Au passé ? Aux autres ? Mylène a toujours été exigeante, et je dirais plutôt professionnelle. Elle l’a été et le reste. Elle est totalement investie dans ce qu’elle fait.

Quelle est la tournée de Mylène dont vous êtes le plus fier, quant à votre partie bien entendu ?
(Silence). Que vous dire ?! Je participe à chaque fois à une très belle aventure, exigeante, prenante et tellement intéressante que je ne peux pas réellement choisir une tournée plutôt qu’une autre. (Silence). La première a sans doute une place à part puisque c’est celle qui m’a permis de découvrir Mylène.

Pourquoi ne jamais avoir travaillé sur ses clips ?
Cela ne s’est pas présenté, mais j’aimerais bien. J’ai simplement collaboré à une vidéo d’Alizée.

Laquelle ?
« J’ai pas vingt ans ».

Quelles sont les différences majeures entre votre travail sur un clip et celui pour un concert ?
Il s’agit d’un tout autre domaine en terme de lumière. Concernant les clips, il y a certes les atmosphères, mais surtout un travail énorme sur la justesse de la lumière, au niveau par exemple du visage, et un travail d’accord avec le chef opérateur qui règle les caméras. Quant à un concert, ça relève davantage de la technicité : deux heures de show, près de vingt chansons avec des climats divers, environ cinq cents effets de lumière et une disponibilité constante (une tournée peut durer plus d’un an). Ce sont deux domaines assez différents, mais tout aussi prenants l’un que l’autre.

Voyez-vous Mylène en dehors des tournées ?
Je suis souvent en déplacement. Mylène aussi. Il nous est donc difficile de nous rencontrer en dehors de ses productions. Mais je sais que je peux toujours la contacter si le besoin ou l’envie s’en font sentir.


IAO - 2006
    

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