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Ira Israël (Traducteur)Interview Divers - 2006

My soul is slashed et Giorgino

Ira Israël est l’auteur de la version anglaise de « Que mon cœur lâche », « My soul is slashed », et a travaillé sur « Giorgino ». En plus d’être un homme passionnant, il livre plein d’anecdotes fort sympathiques sur Mylène et Laurent.

Pour ceux qui vous découvriraient, pourriez-vous résumer votre prolifique carrière ?
Après ma première maîtrise de philosophie, j’ai déménagé à New York, où j’ai travaillé avec le musicien Paul Simon et produit un disque avec Russel Donnellon qui s’appelle « Ursa Minor ». En 1991, après avoir écrit un livre, je suis venu habiter Paris et avant que j’aie même appris à parler français, j’ai rencontré une fille qui travaillait avec Luc Besson. Je lui ai dit que j’étais un écrivain de New York et quelques mois plus tard, elle m’a appelé pour travailler avec Luc sur le scénario de son film « Léon ». J’ai travaillé avec Luc sur « Léon », « Le cinquième élément » et plusieurs autres projets et puis je suis revenu à New York pour réaliser mon propre court-métrage. A un festival de films, j’ai rencontré Jean-Pierre Marois et on a décidé d’écrire « Live Virgin » ensemble – un film qui était produit par les trois hommes qui ont fait « La vérité si je mens ».

Comment avez-vous rencontré Mylène ?
Un jour, Luc m’a donné le scénario de « Giorgino » et m’a demandé ce que j’en pensais. Et puis il m’a présenté à Laurent Boutonnat et on s’est bien entendu. Laurent est un homme très raffiné, très civilisé – un vrai artiste, un vrai « gentleman ». On a beaucoup discuté de son scénario, un peu long et difficile à comprendre pour les américains, qui préfèrent lire des scénarios rédigés comme des recettes de pain, et non pas comme un livre de Proust ou de Flaubert ! Un mois plus tard, Laurent m’a invité à travailler avec Mylène. Il m’a fait écouter « Que mon cœur lâche » dans la voiture, sur la route du studio. Le lendemain, j’ai rencontré Mylène dans le bureau de Laurent et on a passé trois jours formidables ensemble.

Connaissiez-vous le statut de star dont elle disposait alors en France ?
Pas vraiment. Je crois qu’elle a deux ou trois ans de plus que moi et je l’ai trouvée intelligente, sophistiquée, et sexy, mais je ne savais pas qu’elle était une vedette.

Comment s’est déroulée votre collaboration sur « Que mon cœur lâche », « My soul is slashed » en anglais ?
Le premier matin, Mylène m’a expliqué ce qu’elle voulait dire avec les paroles et puis je suis rentré chez moi pour écrire une première version. Le deuxième jour, je lui ai présenté mon travail et elle l’a détesté ! Donc on a décidé de travailler ensemble mot à mot. Elle était très exigeante : la sonorité de chaque mot, le rythme, le sens, le feeling – tout était hyper important. Chaque fois que je pensais que j’avais trouvé quelque chose d’intéressant, elle disait « non, ça ne marche pas ». Mais quand même, on s’est beaucoup amusé !

Le texte français a été mal perçu par certains médias, qui y voyaient une apologie de l’amour sans préservatifs. Que pensez-vous de cette incompréhension ?
Ce n’est pas une incompréhension. La première fois, Mylène m’a expliqué ce qu’elle voulait dire. Je n’en croyais pas mes oreilles ! On en a beaucoup discuté. Je ne suis pas timide : je lui ai dit tout de suite que je trouvais son idée un peu irresponsable. Je n’hésitais pas à m’exprimer.

La version anglaise est un peu plus violente que la version française, pourquoi ce petit changement ?
Je préfère la musique de la version française et j’espérais que Laurent garderait la même que celle-ci. La maison de production a voulu ajouter un « rap » mais ça n’a pas marché.

Saviez-vous pour quel marché cette version était prévue ?
Je croyais que c’était pour les États-Unis mais le disque marchait mieux en Europe – même en Angleterre. Ca a fait un carton dans les boîtes de nuit des pays nordiques.

La rumeur dit que Mylène vous aurait fait traduite en anglais les textes de son album « L’autre… », est-ce vrai ?
Si « My soul is slashed » avait mieux marché aux États-Unis, on aurait traduit le disque, mais ça ne s’est jamais passé.

Avez-vous vu « Giorgino » ?
Laurent m’a donné une vidéocassette du film et je l’ai adoré, surtout la musique, les décors et le mystère.

Luc Besson et Laurent Boutonnat sont amis et vous avez travaillé avec ces deux réalisateurs. Quelles ressemblances voyez-vous entre leurs œuvres et leurs façons de travailler ?
Les deux sont complètement différents : Laurent est un artiste qui a envie de dire quelque chose (d’habitude quelque chose de sombre et d’un peu noir) et Luc connaît bien l’esprit des adolescents et il produit des films pour les amuser. Laurent est plutôt comme un professeur d’anglais et Luc n’est pas du tout comme ça.

Avez-vous gardé contact avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat depuis « Giorgino » ? Et si oui, où en est votre collaboration ?
Ils m’ont invité à dîner chez eux ici à Los Angeles il y a quelques années et c’était très drôle, parce que Laurent était en peignoir avec un mal de dos et Mylène était habillée comme une dame ! Le repas m’a davantage rappelé un dîner chez mes parents qu’avec des « rock stars » - c’était très calme, très « en famille » - pas de drogues, pas d’alcool, pas de musique de fond… Juste très sympa. Et puis il y a un an, j’étais à l’hôtel Montalembert dans le 7ème avec Annie Lennox et dans le hall j’ai croisé Mylène. J’ai essayé de les présenter l’une à l’autre mais les deux étaient trop timides ! C’était trop drôle. Et puis j’ai appelé Laurent et on a discuté bouquins, scénarios et films.

Quels sont vos projets actuels ?
De temps en temps, j’adapte les scénarios du français à l’anglais, ou je « ghostwrite » les scénarios pour des réalisateurs français. J’ai passé une deuxième maîtrise sur l’hindouisme et le bouddhisme, et je suis en train d’en passer une troisième sur la psychologie. J’écris aussi un livre sur le sens de la vie qui s’appelle « Tools for Leading a Meaningful Life » (ndlr : « Les Clés pour Mener une Vie qui a du Sens »).


Mylène Farmer et vous - 2006
    

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