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Nicolas Montazaud (Percussionniste)Interview Avant que l'ombre... à Bercy - 2006

Nicolas Montazaud est un camarade fidèle d’Yvan Cassar. Cet instrumentiste de talent dissimule un réalisateur subtil. Il a donné une couleur ethnique et énergique aux titres d’Avant que l’ombre… à Bercy.

Sur le dernier spectacle à Bercy de Mylène, vous avez été engagé comme percussionniste. D’où vous vient cette spécialisation dans les percussions ?
J’ai commencé par le piano à huit ans et trois ans après, j’ai voulu faire de la batterie. Je me suis retrouvé dans la classe des percussions classiques : xylophones, marimbas, grosse caisse, timbales, etc. J’ai passé mon prix de Conservatoire à vingt-trois ans à Paris mais au même moment, je travaillais la batterie avec un professeur dans le Nord. J’ai abandonné les études après ce prix, n’ai passé aucun concert d’orchestre et j’ai gagné ma vie en me cachetonnant à l’Opéra. Je voulais que ça groove ! La grande musique ? Je l’écoutais plus que je n’aimais la jouer.

C’est le cas quand vous jouiez par exemple dans des quatuors de jazz. Avec Mylène Farmer, a-t-on la crainte d’être noyé dans une grosse machinerie ?
J’ai conscience qu’il n’est pas sûr qu’on m’entende. Nous nous entendons parfaitement avec le système des ear monitors mais on n’a aucune idée de ce qu’entend le public. Pour Mylène à Bercy, tous les titres, excepté deux, étaient au click. Les percussions ne sont pas fondamentales dans Avant que l’ombre… à Bercy, où l’essentiel tourne autour des synthés, basse et batterie. J’aime simplement qu’il y ait du feeling dans un concert. Cela me suffit de faire un shaker si je sens que ça joue derrière moi, et que je peux prendre du plaisir !

Se rend-on compte de la masse de public présente à Bercy ?
J’ai joué pour le Pape il y a quelques années et il y avait un million de personnes, une marée humaine, une autoroute de têtes mais des gens recueillis. Le public de Mylène était hystérique et renvoyait une grande énergie. Jamais je n’avais vu ça. Pourtant j’avais fait le Stade avec Hallyday et même si je ne faisais que trois titres à l’époque, ça m’avait impressionné ! A Bercy, c’était très beau. L’endroit où nous étions placés pour jouer avec Yvan était en hauteur et c’était un lieu réellement privilégié où l’on pouvait profiter des lumières et de la mise en scène d’un angle particulier.

Est-ce Yvan qui vous a proposé pour ce dernier spectacle de Mylène Farmer ?
Oui, c’est mon meilleur agent ! Quand il a besoin – et que je suis la personne qu’il faut… - il sait être persuasif. Cependant, cela reste une bagarre. Il y a des musiciens incroyables aux Etats-Unis, en Angleterre et en France, mais il y a aussi des tendances. C’est plus compliqué aujourd’hui de s’imposer quand on est français. Je fais partie aujourd’hui des concerts de Johnny Hallyday et je sais qu’il a fallu qu’Yvan insiste.

Certains passages du concert échappent au tandem Boutonnat/Farmer pour n’appartenir qu’à Yvan : les instrumentaux, la partie de doudouk ou l’acoustique en milieu de spectacle…
Oui, on l’appelle pour apporter son talent, son univers et sa personnalité. Tant mieux qu’on reconnaisse sa patte sur Farmer, sur L’odyssée de l’espèce ou Massaï… Il y avait eu beaucoup de boulot sur ces deux films. Avec Yvan, nous avons des projets que je ne pourrais faire avec personne d’autre. Jamais je n’avais enregistré une semaine de percussions pour une bande originale ! D’habitude, tout est bouclé en quelques heures alors que là, nous avions le temps de chercher et donc de trouver.

Il n’y a eu que treize concerts à Bercy. Que ressent-on quand il n’y a pas de tournée en suivant ?
Evidemment on est sur des œufs ! On joue moins à l’aise qu’en tournée. J’ai aimé ce sentiment de l’instant et le défi basique de l’instrumentiste de bien jouer sa partie, même si on est encore fragile. Or dans cette fragilité, on trouve toujours des choses… On avait bien répété et bien rodé le spectacle. C’est comme si nous avions fait sept ou huit concerts avant d’attaquer le premier car, lors de chaque répétition, on filait et il y avait des générales chaque soir une semaine avant la première. C’était surtout nécessaire pour les gars de la technique !

On sentait que les premiers soirs étaient quelque peu hésitants…
C’était un gros challenge, mais nous n’avions pas à rajouter l’enregistrement de la vidéo et du disque live en un unique soir. On a enregistré chaque soir car la technique le permettait. C’est un gros travail pour tout écouter mais au moins durant le concert, on joue sans la pression de se savoir enregistré et de devoir être brillant. Sur les treize dates, il y a eu des soirs magiques et jamais nous n’avons connu la routine !

Yvan Cassar avait-il écrit vos parties pour Bercy ?
A Bercy, j’avais des parties écrites que je n’ai pas réellement cherché à changer. Certaines parties ont évolué naturellement. Yvan est un grand chef d’orchestre, un meneur d’hommes, le commandant de bord. Il a une formidable énergie de rassembleur. Il donne envie de donner le meilleur. Il a envie d’entendre des sons, nous choisissons les instruments qu’il faut et je suis assez libre. Chacun est son propre maître d’œuvre. Je propose et il dispose. Quand c’est à propos, il ne dit rien. Quand il n’est pas convaincu, il fait comprendre qu’il faut changer !

Quels étaient les rapports entre les membres de cette joyeuse troupe ?
J’ai le sentiment qu’on a réussi à bien s’entendre. J’étais heureux de retrouver Eric Chevalier. Abraham connaissait bien Yvan et Mylène. Il était déjà intégré. Les guitaristes aussi étaient parfaits dans leur rôle de musiciens de pop anglo-saxonne. Nous nous estimions beaucoup les uns les autres, on a beaucoup rigolé et j’ai l’impression qu’il y avait un ange sur cet évènement. On nous estimait. Thierry Suc est un producteur formidable qui sait faire de gros shows et prendre des risques sur des projets de développement d’artistes ou sur des projets qui n’ont rien à voir avec la variété. Pour un projet aussi énorme, les répétitions auraient pu être très tendues mais en fait, pas du tout ! Yvan a pu être tendu car il avait une bonne partie du spectacle sur ses épaules mais moi, j’avais le plaisir de ne rien diriger.

Quel a été le véritable rôle de Mylène Farmer dans ce spectacle pharaonique ?
Elle est à la base de tout, elle contrôle tout et sait exactement ce qu’elle veut renvoyer. Cependant, j’ai été très marqué par la femme plus que par l’artiste. Je l’ai sentie dans cette bulle du spectacle. Je ne peux pas dire que je la connais, loin de là, car j’ai très peu parlé avec elle, mais j’ai senti une femme mystérieuse, surtout fragile, et profondément touchante de par cette fragilité.

Aviez-vous des a priori ?
Franchement, je croyais que ce mystère était feint et que cette fragilité était purement marketing, je me trompais. J’ai été bluffé et touché. Son chant, son personnage m’ont touché. Elle était très souriante, affectueuse, douce, humble et timide. Elle a participé beaucoup au fait que tout soit bien. Cependant, je la vois plus comme un ange que comme une artiste avec laquelle j’ai travaillé. Le plus extraordinaire était le show en lui-même. Mylène, Laurent et les techniciens avaient une vraie pression. C’était agréable de travailler dans un concert où chacun est au top de son métier. Il y avait beaucoup de responsabilité, mais aussi beaucoup d’assurance, à la fois une force tranquille et une énergie grisante pour un concert exceptionnel. On faisait partie d’un moment magique, presque hors du temps.

Avez-vous un projet qui vous tient particulièrement à cœur ?
Oui, j’écris un album personnel où je suis totalement libre. Ne pas avoir de cahier des charges m’oblige à m’en faire un. Par exemple, j’ai décidé que je ne ferais que des morceaux à trois temps. Je veux une musique frontière qui ne se met dans aucune case, une musique illustrative. Je me suis donné l’objectif d’aller au bout, tout seul ! Et il y a aussi mon jardin secret… Sur lequel je travaille avec l’aide de l’IRCAM : un spectacle de percussions autour d’un percussionniste qui fait un rêve, un voyage poétique et ancestral.

Vous avez également réalisé l’album de duos de Serge Lama, Pluri-elles…
Mon plus beau souvenir a été d’enregistrer Annie Girardot chez moi pour cet album. Elle était assise devant moi. Elle a chanté, presque parlé, pour réaliser des maquettes. L’émotion qu’il y avait eu ce jour-là chez moi, nous ne l’avons jamais retrouvée en studio. Là, j’ai compris qu’il était nécessaire de garder les premières prises en studio. S’il y a de l’émotion, il y a des défauts. On ne vit pas la musique dans la perfection, mais dans l’honnêteté.

C’est un peu ce qui s’est passé avec Mylène en janvier dernier. Elle semble avoir compris sur ce Bercy que les erreurs avaient du charme et du coup, en assumant totalement sa voix et ses imperfections, elle a gagné en justesse…
Complètement ! Nous sentions qu’elle prenait du plaisir et nous aussi. C’était le mot d’ordre de ces soirées. L’image que je garde d’elle est celle d’un ombre tendre sur ce spectacle et de beaucoup de fragilité. Avant que l’ombre… à Bercy était un moment magique et je considère ce spectacle comme une parenthèse, une suspension dans le temps !


Mylène Farmer et vous - 2006
    

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