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Nils Ruzicka (Remixeur)Interview Remixes - 2006

California

Onze ans après, le « Mega’Lo Mania Remix » de « California » résonne encore dans toutes les oreilles des amateurs de techno. Rencontre avec son auteur, artiste d’une gentillesse rare.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis Nils Ruzicka et je suis le producteur du projet « Mega’Lo Mania » pour « California ». Je suis dans la musique depuis 1994 et mon plus grand succès est mon remix du « Samba de Janeiro » de Bellini, qui était un projet de mon vieil ami et mentor Ramon Zenker, et pour lequel j’ai reçu un disque de platine et un disque d’or. Actuellement, je travaille avec des producteurs comme Mousse T. ou Jan Van des Torn sur différents projets et j’espère continuer tout ça jusqu’à ma mort ! On verra bien !

Vous avez remixé « California » en 1995. Savez-vous que votre remix est le préféré d’un grand nombre de fans ?
Oh, ça fait quelques années ! Non je ne savais pas qu’il plaisait autant, c’était mon tout premier remix pour une artiste internationale, et pour être franc, je ne savais pas grand-chose de Mylène à cette époque. Mais j’ai tout de suite adoré la chanson, et je me suis efforcé du mieux que j’ai pu de créer un bon remix techno du titre. Je suis vraiment flatté que les fans l’aiment autant !

Qui vous a demandé de remixer le titre ? Ramon Zenker est-il intervenu ?
En effet, c’est Ramon qui me l’a proposé. Il m’a appelé un jour pour me parler du remix. Je ne suis plus très sûr si c’était censé être un remix bonus pour un pack de remixes d’un même titre. Je n’ai jamais eu de contact avec quiconque de la maison de disques, mais je me souviens que j’étais en vacances à Paris lors de la sortie du single. J’ai vu le digipak au Virgin Mégastore, et je l’ai acheté dans l’instant, parce que c’était la toute première fois que je voyais mon nom sur un CD dans un magasin étranger. C’est le genre de choses qui rend très fier un jeune producteur, tu sais !

Vous aviez vingt-deux ans en 1995. Pensez-vous que ce remix était une belle opportunité pour quelqu’un de si jeune ?
Sans aucun doute ! En tant que producteur de musique techno, et tout particulièrement à cette époque où ce courant musical commençait à peine à émerger, on n’était pas considérés comme de vrais musiciens. Donc qu’on nous demande des remixes comme ceux-là a prouvé à tout le monde que ce courant techno commençait à être bien accepté par l’industrie, encore plus par les consommateurs.

« California » a été un des premiers titres à être confié à quelqu’un d’autre qu’à Laurent Boutonnat pour les remixes. Pensez-vous qu’ils étaient inquiets ?
Je ne sais pas. Je ne pense pas qu’ils aient été effrayés. Laurent faisait du bon travail sur ses remixes, mais ils étaient toujours axés dans la même direction. Peut-être la maison de disques voulait-elle des remixes plus formatés pour le marché international, ou des remixes qui permettraient de mieux vendre les maxi CD. Peut-être…

Comment décrire votre remix ? Selon moi, il est construit sur un gimmick hardtrance hypnotique fantastique ! Et il tourne quand même à 170 BPM (battements par minute) !
A cette époque, j’étais très branché « tempo ». J’adorais les sons hardtrance très speed (160-170 BPM) remplis de synthés. Mon but était de transformer complètement la chanson de Mylène, c’est pour ça qu’il est un peu à part. Je n’étais pas très doué par contre pour les arrangements vocaux, et je pense qu’ils sont ratés sur le remix ! Mais grâce à Dieu, personne ne m’a fait de réflexion !

Vous a-t-on imposé des contraintes ?
Non, j’étais complètement libre. Et c’est ce que je préfère. Je n’aime pas qu’on me dise : « Nous voudrions un remix qui ressemble à ceci » ou « Pouvez-vous y inclure des sons qui ressemblent à cela ». En tant que remixeur, vous devez vraiment être libre. A chaque fois qu’on m’a imposé des trucs, je n’ai pas été satisfait du résultat final.

Comment avez-vous reçu les voix ? CDr, DAT ? Sèches, mouillées ?
J’ai tout reçu sur DAT (ndlr : Digital Audio Tape, K7 numérique) avec une excellente qualité. J’ai eu les voix sèches et mouillées (ndlr : sèches sans effets, à opposer à mouillées, avec effets), ce qui m’a facilité la vie, étant donné que j’avais peu de matos en 1995.

Mylène est-elle la seule à décider su un remix est assez bon pour sortir ?
Je ne sais pas. En général, c’est un accord entre la maison de disques, l’artiste et son management.

Avez-vous fait plusieurs versions de « California » ? Avez-vous été rappelé par l’équipe de Mylène, pour « Remixes » par exemple ?
Je pense que je n’ai fait que celle-là. Il faudrait que je vérifie dans mes archives ! Mais je n’ai jamais eu l’occasion de remixer un autre titre.

Des anecdotes à propos de cette collaboration ?
Pas vraiment à propos du travail avec Mylène, mais je me souviens vraiment avec émotion de cette histoire de Virgin Mégastore ! Ce remix est tout particulier pour moi.

Mylène est une grande star en France. La connaissiez-vous avant « California » ? Et que pensez-vous de sa carrière ?
Non, je ne la connaissais pas, « California » a été mon premier contact avec elle ! Et des années plus tard, j’ai vu qu’elle était très populaire en France. Je me suis senti très embarrassé de ne pas l’avoir connue à l’époque. Je pense qu’elle fait du bon travail. C’est une chanteuse incroyable, avec tellement d’intensité. Et le produit « Mylène Farmer » est très bien géré par la maison de disques. Il y a tellement de choses en aval dont il faut être conscient… Par exemple, l’apparence d’une artiste est importante. Toujours sexy et adorable, mais sans tomber dans l’excès. Ne jamais perdre de vue sa musique. Donc si on a la combinaison d’une femme superbe, avec une belle voix et un charisme énorme, il est impossible que cela ne fonctionne pas !

C’est une des rares artistes françaises à sortir des CD maxi avec des remixes à chaque exploitation d’un single. Pensez-vous qu’elle aime vraiment la musique électronique ou est-ce juste un moyen de trouver un nouveau public sur les dancefloors ?
Ca pourrait être les deux. SI on regarde par exemple Goldfrapp ou qu’on se souvient de Kylie Minogue, on voit qu’on peut toucher un très large public avec de la musique électronique. Ca peut être le but pour un artiste ou pour un responsable de projets d’une maison de disques.

A quelle artiste internationale pourrait-on comparer Mylène ?
C’est difficile… Et pas seulement parce que je ne parle pas français ! Je pense juste qu’elle est unique.

Pensez-vous qu’une carrière internationale pourrait être envisageable pour Mylène ?
Pas sûr, non. Une carrière internationale sous-entend souvent chanter en anglais. Et il y a autre chose d’important à savoir en ce qui concerne le marché américain. Robbie Williams est un bon exemple : les médias américains veulent créer des superstars, et non pas promouvoir des gens déjà stars dans leur pays. C’est pour cela que Robbie ne perce pas là-bas. Coldplay a débuté pas trop mal en Europe, mais c’est après leur explosion aux Etats-Unis qu’ils ont acquis une renommée mondiale. Je pense que ce serait très difficile pour Mylène de tenter une carrière là-bas, et je pense d’ailleurs que ça ne doit pas être son but.

Connaissez-vous d’autres remixeurs qui voudraient vraiment travailler avec Mylène ?
Je connais des proches qui sont de grands fans, mais ce ne sont pas des musiciens. Je pense que de nombreux remixeurs voudraient avoir l’opportunité de faire un remix pour une artiste comme elle.

Qui sont vos modèles ? Et quels sont vos projets actuels ?
Depuis 2003, je suis dans un groupe qui s’appelle So Phat ! avec mon ami Stravros Ioannou. Nous faisons beaucoup de remixes et de productions dans beaucoup de styles différents. Nous avons remixé Missy Elliot, Tom Jones, Warren G., Zucchero, etc. et nous produisons des artistes comme Roachford, James Kakande, etc. Nous sommes très ouverts, et nous y prenons beaucoup de plaisir. Stravros vient de la scène rock, donc notre association est intéressante !

Que pensez-vous des remixeurs amateurs ? Avez-vous commencé de cette façon ?
J’aime beaucoup les remixeurs amateurs. Beaucoup de professionnels oublient leur passion, et pensent plus au marketing et d’autres choses encore moins importantes. Ils feraient mieux de laisser s’épanouir ce qu’ils ont en tête. Quand on commence dans le métier, on fait juste un remix de manière intuitive, et c’est tout ce qui compte. Quand j’ai commencé en 1994, j’étais un amateur, et parfois, j’aimerais tellement revenir quelques années en arrière !


Mylène Farmer et vous - 2006
    

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