ConnexionAccueil2 Commentaires


Thierry Demaizière (Journaliste)Interview Médias - 2006

C’est un véritable événement : interviewer Mylène Farmer, c’est quasiment mission impossible. La star se fait rare à la télévision, elle n’avait pas accordé d’interview depuis dix ans. Eh bien, Thierry Demaizière a eu la chance de rencontrer et d’interviewer Mylène Farmer, un document que l’on pourra suivre dans « Sept à Huit » dimanche, à 18H50 sur TF1. Thierry Demaizière, bonjour.
Bonjour.

Merci beaucoup d’être en direct avec nous sur Europe 1. Comment avez-vous réussi à convaincre Mylène Farmer ?
Je suis pas sûr que… En fait, c’est très simple, en fait, c’est que… Moi j’ai parlé avec son agent il y a un an et demi, en disant que c’était mon rêve, et il m’a dit : « Mylène, c’est quand elle veut… ». C’est quand elle veut, quoi. Donc il faut attendre. En gros j’avais oublié, quoi. Et puis Bercy est arrivé, et quatre semaines avant Bercy, il m’appelle, il me dit : « Je crois que c’est le moment ». Et on a fait ça cinq jours après.

Est-ce que vous savez pourquoi elle a accepté ?
Alors, elle a accepté pour… Je devine la deuxième question. Elle a accepté parce qu’elle n’a rien à vendre, dit-elle, c’est que, effectivement Bercy, ses treize dates c’est remplie, le disque est sorti il y a six mois. Elle a accepté parce que le spectacle est intransportable et qu’elle sait qu’avec treize dates, la province ne pourra pas venir la voir, et que c’est tellement énorme, qu’elle fait quelque chose tous les dix ans, elle se dit qu’elle se doit, ne serait-ce que par rapport aux gens qui ont participé à cet énorme show, de rendre compte de leur boulot. L’autre hypothèse, c’est qu’elle a dû entendre aussi que ce silence assourdissant depuis des années peut agacer ; la presse en particulier, qui demande des interviews sans arrêt, et qu’elle refuse ; les fans, qui ne comprennent pas qu’elle parle peut et si rarement, donc à mon avis ce sont les deux raisons.

Alors… Ce silence de Mylène Farmer, vous avez le sentiment que c’est parce que vraiment parce que c’est quelqu’un de timide, de renfermé, de réservé, ou alors c’est une immense opération marketing ?
Moi, en gros, c’était ma grosse question journalistique. Je suis allé vérifier le silence en fait. Et je l’ai vérifié presque avant l’interview, c’est quand je l’ai vue arriver avec… Presque tremblante, quoi, demandant une pièce pour aller fumer une dernière cigarette avant la guillotine, j’ai compris que c’était plus qu’angoissant pour elle, et vous le verrez dans le témoignage qui sera diffusé donc dimanche soir, c’est qu’au bout de quatre minutes, elle me dit « Je n’ai pas dormi depuis une semaine, et je vous dois un ulcère, et ce sera sûrement la dernière interview ». C’est pas qu’elle déteste, c’est que c’est au-delà de ses forces que de devoir parler d’elle.

Mais pourquoi, parce qu’elle a peur de certaines questions ?
Elle a… Elle dit que même ses amis lui reprochent, c’est qu’elle a une incapacité absolue à parler d’elle, et que ça lui coûte énormément, qu’elle ne sait pas, elle ne veut pas, elle ne se regarde jamais après, donc je pense qu’elle a peur de pas trouver les mots juste et, vous le verrez, elle les trouve les mots. Donc c’est un peu un gâchis qu’elle nous donne des interviews tous les dix ans, parce que c’est quelqu’un d’assez rare et assez exceptionnel lorsqu’elle parle.

Est-ce qu’elle a eu des exigences particulières ?
Euh… Oui, mais… Assez mignonnes… Des fraises Tagada (rires), et…

Jusque là, à TF1, vous avez pu payer, vous avez pu suivre (rires)…
Oui, voilà… Et puis bon, des axes de caméra, c’est qu’il faut prendre le profil gauche, mais c’est pas la seule à demander ça. Et l’autre exigence qui m’a parue énorme lorsque Thierry Suc, le manager, m’a dit « On va faire l’interview », il m’a dit « Tu ne pourras aborder aucune question privée ». Donc, je…

C’est-à-dire ne pas parler de sa vie privée du tout ?
Du tout, du tout. Mais tout ça est paradoxal… C’est que, le privé elle ne veut pas, et l’intime elle veut. Et comme le privé c’est pas une chose qui ma passionne finalement dans une interview, on a pu parler de l’intime. A savoir la sexualité, la mort, les fans, le temps qui passe, le rapport au public, ses peurs, enfin voilà…

Et qu’est-ce qu’elle appelle le privé alors ?
Le privé, c’est avec qui elle vit, avec qui elle mange, voilà…

Ah d’accord… Ce qu’on se demande parfois quand on écoute les chansons de Mylène Farmer, même quand on est fan – comme moi – on se demande, quand même, si elle est très équilibrée, Mylène Farmer… Est-ce que vous avez eu, vous, le sentiment que c’était une femme équilibrée ?
Alors… Moi, comme on ne sait rien d’elle, je me suis servi des chansons comme biographie officielle. Effectivement je me suis posé la question de savoir si c’est quelqu’un de… On va dire un peu névrosé. Elle dit les choses très simplement, c’est que si elle n’avait pas fait ce métier, elle ne serait pas là. Elle serait... Je sais pas où elle serait, mais elle serait peut-être… Et je pense que c’est quelqu’un d’extrêmement angoissé qui, grâce à ce métier, grâce au temps qui passe, elle le dit à la fin de l’interview, c’est presque la conclusion, a réussi à surmonter ses peurs. Et je pense que ses peurs étaient… Ses angoisses étaient assez terribles. C’est quelqu’un qui dit dans l’interview qu’elle n’a aucun souvenir de sa vie avant l’âge de douze ans, et que… Moi j’ai l’impression que ses peurs sont plutôt maîtrisées, ce qui lui donne d’ailleurs cette espèce de force complètement paradoxale, c’est qu’elle est fragile, très inquiète, très angoissée, et bête de scène en même temps. Et elle dit qu’elle a été tellement angoissée et tellement tétanisée par ses peurs qu’elle a décidé de dominer et que plus personne lui fera peur. Une des raisons pourquoi elle envoie balader tout le monde lorsqu’on lui demande une interview, ou on lui dit qu’elle en fait pas assez, ou… Voilà.

Plus personne lui fera peur à part les journalistes !
Oui mais même les journalistes, c’est étonnant parce que… Moi, j’ai démarré l’interview en me disant : « Il faut que je la rassure, elle est toute tremblante, mon Dieu est-ce qu’elle va tenir ?! », et elle est d’une force absolument incroyable quoi, elle a la force des... Peut-être… Il n’y a pas de grands artistes sans grandes peurs et elle fait partie de ceux-là quoi.

Bon, merci beaucoup Thierry Demaizière, et félicitations donc pour cette interview qui vient à la suite de beaucoup d’autres : Madonna, Johnny Hallyday, beaucoup d’événements grâce à vous sur « Sept à Huit ». Merci d’avoir été en direct avec nous. « Sept à Huit » c’est dimanche, c’est à 18h50 sur TF1.


Europe 1 - 2006
    

Vos réactions

Attention, vous n'êtes pas connecté ! Connectez-vous en cliquant ici. Le retour sur cette page sera automatique.