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Jean Paul Gaultier (Couturier)Interview Tournée 2009 - 2010

Ce qu’il y a d’assez formidable, c’est le désir de sentir à la fois que mon désir de faire ses costumes a été partagé avec le sien que je les lui fasse.
Quand même, c’est toujours des shows absolument extraordinaires, qui peuvent laisser libre-cours a une grande imagination. Donc ça c’est absolument génial, c’est pas du tout comme faire des collections de Prêt-à-Porter, là c’est liberté ouverte, et avec elle ça déménage quand même assez incroyablement (rires).
Son univers, on le connait déjà un petit peu, parce qu’elle a quand même un style particulier, un univers particulier, elle-même émane des choses particulières, donc c’est déjà… Une chose que je lui avais dit d’ailleurs, que je trouvais vraiment très, très bien, c’est que… A son concert précédent – parce que même si j’avais pas fait les costumes, j’allais voir quand même ses spectacles que j’adore, c’est vraiment des grands moments de joie, d’exaltation et de créativité, c’est vraiment très enrichissant d’aller voir ses spectacles – quelque chose qui reflétait déjà un petit peu le fait qu’elle a déjà une ambiance, c’est que je me souviens que le spectacle d’avant, on entrait dans une lumière rouge, avec une musique qui avait été choisie… C’était dans son univers à elle, un peu gothique et très particulier.
La première entrevue, ça a été de parler un petit peu du show, des idées qu’elle avait un peu en tête, comment elle le voyait… Déjà avec quand même des idées, elle m’a montré un bouquin, des choses comme ça qu’elle aimait bien pour que je me fasse un peu à vers où elle allait. Et c’était plutôt intéressant parce que déjà, automatiquement, j’avais des idées qui venaient et des choses auxquelles j’avais pensé. Rien que la parole peut évoquer – et sa parole peut évoquer – des idées et des images et des couleurs et des mouvements. Donc au départ c’est assez nébuleux quoi, c’est en ouverture d’esprit de propositions, de suggestions, et après de réalisation.
Il y a eu d’abord, parler des différentes séquences, en gros, qui étaient déjà un petit structurées, après j’ai fait des croquis, après ça, et j’ai proposé plusieurs interprétations. Puis après chaque séquence quoi, plusieurs suggestions. Puis après il y a eu des nécessités, donc on a commencé quand même à se mettre d’accord sur certaines choses, d’après les croquis, et après il y a eu des suggestions de matières, des suggestions de brillance, des possiblités après aussi, en même temps, des accessoires, des bottes, pas de bottes, des bottes jusqu’à quelle hauteur, quelle longueur… La stabilité de la botte pour pouvoir danser et tout, la cuissarde, la cuissarde rouge… Tout ça fait qu’on est toujours en train de chercher le mieux, toujours ce souci de perfection entre guillemets.
Est-ce que j’ai pensé dès le départ pour les écorchés ? Je ne suis pas sûr… En tout les cas elle a adoré tout de suite l’idée.
J’aime bien le travail par rapport aux tatouages, les choses comme ça, mais là, le fait qu’il y avait les squelettes - parce que le squelette, ça avait été choisi dès le départ par Boutonnat et Mylène, donc je savais qu’il y aurait les squelettes – ayant ça en tête, je pense qu’à un moment c’est arrivé… Evidemment j’allais pas lui faire un squelette. Y a eu réunion technique aussi pour l’arrivée, parce qu’il avait cette espèce de descente, plus exactement qui devait se faire, donc toutes les choses techniques. C’était un petit peu l’idée de la carcasse qui la recouvre dès le départ, cette espèce de squelette comme ça, d’on ne sait pas trop quoi, une espèce d’alien, c’était un petit peu dans l’idée, en effet, d’un squelette, son squelette à elle-même… En fin de compte l’idée d’écorchée est venue plus loin que le squelette, et là l’irréel c’est rentrer dans le réel, puisqu’en fin de compte les écorchés, cet imprimé d’écorché, c’est devenu l’intérieur à l’extérieur. Y a ça aussi, l’intérieur avec toutes les veines, le cœur, le sang ! Le sang et le rouge, que j’associe beaucoup avec Mylène. C’est le noir et le rouge aussi.
Donc si vous voulez le thème est là, c’est tout, c’est une écorchée vive ! Donc voilà ! (rires) L’écorchée un peu sublimée. Et jusqu’aux dernières répétitions, il y a eu des changements. Faut peut-être changer de longueur, faut peut-être changer de matière, faut peut-être changer de tout. Oui, il y a des choses comme ça. Et ça, ce que je trouve assez génial, j’aime bien avoir d’une part cette liberté-là, et puis que elle aussi elle l’ait, ce qui est normal. Il y avait une espèce de remise en question à chaque fois, pas de tout, mais simplement, disons toujours cette ouverture pour aller vers mieux, et faire le mieux possible. Evidemment on doit pouvoir faire des extensions, des mouvements exagérés, et donc il y a une espèce du corps qu’il faut suivre par une élasticité aussi, une certaine élasticité ou souplesse du vêtement. Et là où ça n’allait pas, et bah on a corrigé. Ce qui compte c’est le résultat final.
Tout intervient quoi. Quelquefois c’est à cause de la chanson, quelquefois c’est grâce à un effet scénique un peu envisagé… Y avait le côté, bah toujours par rapport à un côté gothique, on va dire un peu religieux, mystique, et donc mystérieux, donc cette robe qui fait comme une espèce de croix, enfin… noire comme ça, avec le corps en transparence, le body, et on entraperçoit ses très belles jambes. Il est sûr que les effets et tout ce qui est visuel, tout est en relation quoi. Aussi bien elle, tenir compte évidemment de sa couleur de cheveux, que la couleur de sa peau, que son effet elle en tant que vêtement, par rapport au décor, par rapport aux danseurs, tout est un effet de rapport, d’harmonie, de désharmonie, de contrastes.
« Sans contrefaçon, je suis un garçon », c’était évident qu’il fallait jouer avec le côté masculin-féminin, donc il y a cet espèce de costume hybride qui a été… tout de suite en dessin, ça lui a plu tout de suite, c’était très elle, et très moi en même temps. Le mélange masculin féminin, la rayure féminine avec cette chemise blanche qui devient en même temps une espèce de tutu, et puis les danseurs aussi, ah oui j’oubliais, y a aussi les danseurs ! Donc ça, ça a été très rapide et très clair. C’était presque une évidence quoi, qu’il fallait que je fasse ce mélange-là, de choses qui s’enlevaient et elle se transformait, peut-être plus féminine. Sa féminité c’est elle avant tout.
Quelqu’un qui, tout en étant charmante et adorable et un amour, quelqu’un qui sait ce qu’elle veut, sait ce qu’elle ne veut pas aussi. Pour la première chose, savoir ce qu’on ne veut pas c’est déjà savoir ce qu’on veut. Sachant à la fois ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas, et se laissant quand même la liberté créative, en en ayant elle-même. En cela elle a justement cette générosité en même temps. Une générosité et une créativité qui font que c’est un vrai dialogue et une vraie collaboration. En ça c’est passionnant. Je suis là aussi pour la servir en même temps. Qu’elle se sente bien, qu’elle soit elle-même, et qu’elle soit bien dans les mouvements et qu’elle aime ses vêtements.
Ce qu’il y a de fou, c’était de la voir elle-même par rapport à la réaction du public quoi, qui était vraiment… qui devenait Mylène Farmer. On sentait une espèce de connexion totale qui est très émouvante et très étonnante quand même, que ce soit à un point aussi fort, comme une vraie relation amoureuse quoi.


Bonus du DVD "MF au Stade de France" - 04/2010
    

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