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François Hanss (Réalisateur)Interview Timeless 2013 - 2014

Tout d’abord, peux-tu nous raconter ta rencontre avec la caméra ?
Il y a un film qui m’a vraiment fait prendre conscience qu’il y avait quelqu’un derrière la caméra et c’est Duel, le film de Steven Spielberg. Quand je l’ai vu, j’avais l’impression que ça me parlait au plus profond de moi-même. Le pouvoir de l’image avec quasiment pas de dialogues, ça, ça me parle. Impact très fort d’une dramaturgie, narration visuelle, montage, efficacité, suspense, rapport du champ contre-champ, tout ça faisait que j’avais l’impression tout à coup de découvrir quelque chose de majeur. Et j’ai pris conscience qu’il y avait quelqu’un derrière tout ça, qui avait organisé et mis en scène. Ça c’est pour l’aspect cinéphilie.
Ensuite, et c’est peu de le dire, j’avais piqué la caméra 8mm de mon père et je m’étais amusé à bouger avec en faisant des petits travellings en marchant dans une allée ou une forêt pour faire comme si, en découvrant le rapport du subjectif. Après, comme je n’ai pas fini mes études, je me suis glissé tout de suite dans une école des Beaux Arts qui était spécialisée dans l’image avec tout ce que ça comportait de photographie et de vidéo. J’ai donc pris très vite en mains des caméras pour travailler l’image. Depuis, la caméra est vraiment le truc qui fait que je suis heureux le matin quand j’arrive sur un plateau. Je la salue, je suis content de la voir, quelle qu’elle soit, je ne suis pas snob, ça peut aussi bien être une Alexa comme sur Timeless ou une petite caméra ou même une GoPro… cadrer, c’est un truc essentiel, j’adore ça.

Comment as-tu été mis en contact avec Mylène Farmer, Laurent Boutonnat et leur univers ?
Sur mon premier film comme assistant stagiaire réalisateur quand je suis arrivé à Paris, car je venais de la Province, il y avait un jeune gars qui était à la régie, avec qui je suis resté en contact, et ce gars était en fait Jérôme Dahan qui a co-écrit « Maman à tort » avec Laurent Boutonnat. Au fil du temps, il a vu dans quel univers j’étais et me disait que j’avais les mêmes compositeurs de prédilections qu’un ami avec qui il travaillait et c’est comme ça que j’ai rencontré Laurent. On s’est bien entendu, on est resté en contact et j’ai rencontré Mylène au moment du casting de « Maman à tort ». Voilà comment j’ai croisé l’univers de Laurent sans pour autant travailler avec lui, on est resté comme deux potes.
Moi de mon côté j’officiais pas mal en tant qu’assistant réalisateur sur pas mal de courts métrages, de films pour la télé, films institutionnels et autres. Puis Laurent a ressenti le besoin de fidéliser un assistant réalisateur et m’a demandé si je voulais le suivre. J’ai alors découvert le clip de « Plus grandir » au Kino-Panorama en Scope et je me suis dit que ce type était génial, qu’il faisait des clips plus longs que la durée des chansons, en Scope, avec de la musique avant et après et ça m’a tapé dans la tête. Et mon vrai premier travail avec Laurent et Mylène a été sur « Libertine » où j’ai utilisé les ressorts de l’assistant court métrage, débroussailleur, cherchant des idées et des décors pour pas cher, car c’était encore une industrie qui n’en n’était pas une. Du coup on a fait ce clip comme des parias, c’est à dire qu’on est partis dans l’idée de repousser les limites, de trouver un château, de faire ça sur plusieurs jours, de le jouer vraiment comme un court métrage.

Comment s’est fait le passage à la réalisation pour « Je te rends ton amour », ton premier clip pour Mylène ?
Bien qu’étant assistant, et j’adore ce job, j’avais envie de faire de la réalisation, et bien que proche de Laurent et Mylène, je n’ai jamais demandé à réaliser quoique ce soit, parce que nos rapports sont ainsi faits que ça doit partir d’un désir. J’ai donc navigué de mon côté comme réalisateur, indépendamment de cet univers, dans le court métrage, l’institutionnel et c’est vraiment avec le court métrage « Le trou de la corneille » que je me suis affranchit de l’activité d’assistant, ce qui a rompu les amarres avec des gens avec qui j’avais plaisir à travailler, y compris Laurent. Bien plus tard, Mylène m’a demandé directement de faire le clip de « Je te rends ton amour », avec tout ce que ça comporte comme trac et stress. Rien n’est plus difficile que d’honorer une proposition venant d’une personne qui te respecte, qui est ton amie et qui est de plus quelqu’un que tu vois monter en puissance au fil des années.

Comment est née l’idée d’aborder les concerts de Mylène comme des films ?
Ca s’est fait déjà sur le premier en 89 puisque je l’ai réalisé avec Laurent. D’emblée, j’avais envie de jouer la carte de la notion d’un prologue, d’un sas entre le moment où des gens se retrouvent dans une salle pour vivre un spectacle et le moment où les lumières commencent à descendre et faire place à une scène qui devient une sorte de process musical et lumière avec une artiste. L’idée de faire ça comme un film, avec Laurent en 89, on ne s’est même pas posé la question, on a choisit la pellicule plutôt que la vidéo et on a favorisé l’idée de le monter ce qui tout d’un coup distingue ce travail d’une simple captation.

Je te sais attaché à Steven Spielberg, Stanley Kubrick ou encore David Lean, ont-ils une influence sur ta manière d’aborder un tournage, est-ce que tu leur piques des « trucs » ?
Je ne sais, ça doit être inconscient. D’abord, je n’ai pas la prétention d’arriver à leur niveau, mais par contre, il y a des obsessions. Voir et revoir un film ne te donne pas la clé pour trouver la solution sur un plateau, moi par exemple mon cauchemar, c’est de ne pas savoir où et comment poser la caméra, ce n’est pas simple, ça peut même me réveiller la nuit. Éprouver, nourrir et cultiver de l’admiration pour un cinéaste n’en fait pas pour autant un moyen de trouver des clés, je ne me demande pas comment ferait Spielberg. Mais j’aimerai bien voir une captation de concert par Spielberg (rires)…

Après plusieurs clips et concerts, as-tu des envie de documentaire ou de portrait sur la carrière de Mylène ou même un film de cinéma avec elle ?
Oui, oui, oui ! (rires) L’idée, l’envie, bien évidemment est là, peut-être plus encore aujourd’hui que jamais. Après, je ne sais pas ce qu’elle peut avoir comme envie de son côté, elle a eu des propositions, des projets ont été annoncés puis avortés, l’après Giorgino n’a pas été simple non plus. Documentaire, je ne sais pas, on n’en n’est pas là, mais il y aurait sûrement des choses à faire en télévision par exemple avec une émission de variétés à inventer en sortant des plateaux de télé et faire quelque chose de totalement inédit avec Mylène. J’adorerai faire ça.

Revenons un peu à Timeless 2013 et ses aspects techniques. Est-ce qu’une captation sonore au format 7.1 a été envisagé ?
Non pas vraiment, parce que du côté home-cinéma l’équipement ne semble pas être suffisant au regard de l’investissement financier et matériel. Et pour le cinéma, le mixage du film a été entamé avant la prise de décision d’une diffusion en salles. À cette occasion j’ai rêvé à un mixage en Dolby Atmos, mais c’était un coût important et ça reste un regret car c’eut été une belle opportunité pour les salles. Au final, nous avons privilégié la définition du mixage DTS-HD 5.1, mais le 7.1 sera peut-être pour la prochaine fois…

Un tournage en 3D a-t-il été envisagé ?
Oui, même à l’époque du Stade de France, mais entre la lourdeur du matériel nécessaire et le coût très élevé de ce matériel et de celui nécessaire pour la post-production, ça n’est pas encore viable face au faible taux d’équipement des spectateurs.

Est-il prévu de remastériser les clips et concerts déjà sortis en DVD pour des éditions Blu-ray ?
Sur les clips, il faudrait et c’est envisagé théoriquement, mais il y a des problèmes de droits et la maison de disque à forcément son mot à dire. Est-ce qu’une maison de disque aujourd’hui a envie de se lancer dans un travail de remastérisation de tous les clips avec des supports qui sont très nombreux et variés ? C’est un travail titanesque ! Idéalement, mais je ne suis pas décisionnaire de quoi que ce soit, il faut espérer qu’il y aura une remastérisation, y compris les clips de « Music video II » qui ont été encodés en 4/3. Il y a des choses à faire avec les négatifs originaux, repartir sur certains télécinémas… Laurent l’avait fait sur ses clips pour le volume 1. Mais le travail est conséquent. Je suis prêt à superviser ça, si on me le demande.

Que devient le concert de 1989 ? (NDLR : sorti uniquement en VHS et LaserDisc)
Je regrette qu’il ne soit pas disponible en DVD. Mais je ne sais pas la raison, c’est une énigme. Il faudrait lui aussi le remastériser, je suis prêt à le faire comme un bon soldat si on me le demande, mais ce n’est pas mon crédo de forcer la main.

Qu’en est-il des clips toujours inédits en DVD ou Blu-ray ? (NDLR : aucun clip des 3 derniers albums n’est disponible officiellement en DVD ou Blu-ray)
Je n’en n’ai aucune idée. Ca fait partie des aberrations. Ce sera sûrement envisagé, je ne vois pas comment ils pourraient passer à côté de ça, mais il faudrait idéalement tout reprendre dans l’esprit de sortir une intégrale.


Propos recueillis par Stéphane Leblanc le 15 mai 2014 pour DVDFR.com - 16/05/2014
    

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