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by Stik.
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Interview Mylènium Tour : H.R. Giger (Concepteur du décor)

H. R. Giger entra à Hollywood par la grande porte en réalisant le design du monstre « Alien », dans le film de Ridley Scott. Artiste suisse possédant un musée exceptionnel dans la région de Gruyère, il eut la gentillesse de nous accorder cette interview, un beau jour de mars. Voici donc pour vous les coulisses de la création du décor du « Mylenium Tour ».

Votre enfance, qui fut heureuse, fut toutefois marquée par un évènement assez troublant. Lequel ?
Lorsque j’étais un petit bonhomme de cinq ans, j’ai tenu dans mes mains un vrai crâne de mort et je dois dire que c’était assez excitant. J’ai dû beaucoup prendre sur moi pour aller « toucher la Mort » de cette manière.

Votre père était pharmacien, pourquoi ne pas avoir suivi cette voie vous aussi ?
Je n’étais pas fait pour l’école et les études étaient bien trop ennuyeuses pour moi.

Quel regard portez-vous sur vos premières œuvres, telles « Les enfants atomiques » ?
Mes premiers dessins des « Enfants atomiques » datent de 1962-1963 et étaient à l’époque très engagés car en ce temps-là, la Suisse était sur le point de devenir un nouvel état nucléaire.

Vous possédez un splendide musée dans la région de Gruyère (Suisse). Était-ce un rêve d’enfant que de posséder ce château ou est-ce un aboutissement professionnel ?
Mon musée-château H. R. Giger était une réelle passion. Parfois, des rêves importants deviennent réalité. Avec ce château, le mien l’est devenu.

En quoi l’histoire et la culture égyptienne vous intéressent-elles tant ?
Je crois que tout le monde aime l’Egypte Antique. Leur art était toujours présenté soit de front, soit de profil, mais jamais de trois-quarts et c’est grâce à cela que les sculptures et les reliefs égyptiens demeureront à jamais présents dans nos esprits. Mon amour pour les égyptiens est né lorsque j’étais enfant. Souvent, les dimanches matin, je visitais le musée ferroviaire R. H. B. à Coire. Dans une galerie souterraine, on pouvait admirer des sarcophages ainsi que des momies et, dans une vitrine en verre, il y avait une tête, des mains et des pieds coupés. Souvent, je me retrouvais seul dans cette cave funeste, imaginant les forçats de ce monde reprenant un jour le pouvoir.

Après un projet avorté pour le film « Dune », on peut dire que Ridley Scott vous a fait entrer par la grande porte à Hollywood, grâce à son film « Alien ». Racontez-nous comment s’est déroulée cette aventure.
Après ma collaboration sur « Dune », Dan O’Bannon a donné à Ridley Scott mon adresse, mon nouveau livre qui sortait alors, « Giger’s Necronomicon », ainsi que le scénario du film « Alien ». Ridley Scott, feuilletant le livre, vit les images « Necronom IV » et « Necronom V ». Il a dit « That’s it ! » et je fus engagé !

Où trône l’Oscar qu’Hollywood vous a décerné pour votre travail ?
Avant, je l’avais posé sur une étagère « magique », avec tous les autres présents que l’on m’avait alors offert. Maintenant, il se trouve au château Saint Germain, à Gruyère, au premier étage.

Mylène Farmer apprécie véritablement votre travail depuis qu’elle a vu un de vos livres à New York. « The Spell » a sa préférence, pouvez-vous nous en dire plus sur ce travail ?
« The Spell » est composé de quatre tableaux réalisés entre 1967 et 1972. C’est, je crois, mon plus grand chef-d’œuvre ! Il est empli de magie et il est né sans que je n’aie fait le moindre croquis. Durant toute cette période de création, j’ai énormément lu de grands auteurs de divers courants… J’ai dû exprimer mon art dans la tourmente. En ce temps-là, ma bien-aimée Li s’était ôtée la vie d’un coup de revolver. On ressent cette passion, entre amour et mort, dans mon travail…

Comment Mylène Farmer s’est-elle fait connaître de vous ?
Sur mon site (http://www.hrgiger.com). On m’a contacté pour participer à la réalisation d’un décor de scène pour une certaine Mylène Farmer.

Connaissiez-vous son travail avant ce premier contact ?
Je n’avais jamais entendu parler d’elle auparavant et j’ai demandé à mes amis et à mes connaissances, mais personne ne la connaissait. C’était, je l’avoue, assez gênant de ne pas savoir qui elle était… Ici, en Suisse allemande, les stars et les chanteurs qui n’ont qu’un public francophone sont inconnus, à cause de la barrière des langues. Mais, à la première écoute d’un de ses albums, j’ai tout de suite vu à quelle femme exceptionnelle j’avais affaire, et je me réjouissais de sa visite à mon musée. Je me suis aperçu, lors de sa venue, que son équipe avait plus besoin de mes œuvres que de ma personne. Mais j’avais totalement confiance en Mylène, car la première écoute de son travail m’a vraiment enthousiasmé.

Pourriez-vous nous raconter votre deuxième rencontre qui, je crois, a été assez marquante ?
Oui, lors de sa deuxième venue dans mon atelier à Zurich, Mylène était accompagnée par son manager Thierry Suc et par le designer Guy-Claude François, qui travaille pour l’Opéra de Paris. Ce dernier avait pris avec lui des dessins réalisés selon les désirs de Mylène : une statue de onze mètres de haut, dont certaines parties bougeaient, prenant toute la place sur scène et à laquelle Mylène offrirait sa voix. Aussitôt après avoir vu ces dessins, j’étais convaincu que quelque chose de grand allait se passer.

A vous entendre, c’était une véritable fascination ?
Oui. J’ai également essayé d’esquisser des dessins de Mylène, mais malheureusement, cela n’a pas été concluant. Les belles femmes présentent rarement toutes leurs facettes, et quand elles le font, la beauté devient difficile à saisir… Lorsque je rencontre des stars, je suis comme tout fan, nerveux et gauche. J’ai également une certaine peine avec les langues étrangères, donc dès que je suis ému, je reste sans voix !

Comment avez-vous choisi, avec Mylène, l’image qui servirait à la création de la statue ?
Mylène avait dans l’idée de faire construire une statue colossale, que l’on verrait durant pratiquement tout le show.

Vous êtes-vous beaucoup impliqué dans ce projet ?
Non… Un jour arriva où le contrat fut conclu et ce n’est que le 11 février, six jours après mon anniversaire, que je reçus une invitation pour voir Mylène Farmer à Lausanne, ce que je fis. Ma visite fut extrêmement bien organisée et par la suite je me suis assis au milieu de la Halle en compagnie d’amis. Nos sièges étaient réservés dans la zone VIP, nous en étions assez fiers ! Mais, dans un autre sens, cela me poussait à croire que nos réactions seraient épiées, en toute gentillesse bien évidemment.

Et comment avez-vous trouvé le show qu’offre Mylène Farmer à son public ?
Nous n’avons pas eu à jouer la comédie, ce fut réellement renversant et nous étions complètement enthousiasmés.

Que représente Mylène pour vous ?
Mylène Farmer est une femme exceptionnelle, qui a une forte présence sur scène. Elle peut amener une salle entière à verser mille larmes. Si je connaissais mieux le français, j’aurais pleuré aussi… A ce que je sais, le film qu’elle a tourné n’a pas rempli les salles, dommage… Cela viendra peut-être ! Mylène a une idée précise sur son show et doit très certainement souffrir si ses collaborateurs n’arrivent pas à donner vie exactement à ses idées. Elle a tout de suite remarqué que j’étais moi aussi une forte tête, c’est pour ça qu’elle n’a pas désiré trop travailler avec moi. Elle a eu raison, de toute façon, car le résultat est probant ! Mylène, vous êtes merveilleuse, merci !

Qu’avez-vous pensé de la statue ?
J’ai surtout beaucoup aimé son illumination raffinée, qui était vraiment comme je l’avais imaginée, ce fut un immense cadeau de la voir ainsi, trônant sur scène. Merci Mylène pour ce magnifique présent ! Ce fut un choc, mais un choc comme on aimerait en avoir plus souvent !


Mylène Farmer Magazine - 2000

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