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Bleu noir (Paroles)Inspirations de Mylène Farmer


Pierre Reverdy

Poèmes en prose

MF : Bleu noir

Le vent et l'esprit

C'est une étonnante chimère. La tête, plus haut que cet étage, se place entre les deux fils de fer et se cale et se tient ; rien ne bouge.
La tête inconnue parle et je ne comprends aucun mot, je n'entends aucun son - bas contre terre. Je suis toujours sur le trottoir d'en face et je regarde ; je regarde les mots qu'emporte le vent, les mots qu'il va jeter plus loin. La tête parle et je n'entends rien, le vent disperse tout.
Ô grand vent, moqueur ou lugubre, j'ai souhaité ta mort. Et je perds mon chapeau que tu m'as pris aussi. Je n'ai plus rien ; mais ma haine dure, hélas plus que toi-même.

La bataille est belle
Celle de l’amour
Disperse tout
La bataille est celle
De longs, longs jours
Mon amour
Les cornes du vent

Plus épais, il avait voulu le faire plus épais pour son fils que pour lui, Roi. Et, entre la canne et la corne où se balance son chapeau et la tête vide qui rit de sa position saugrenue, le jour se lève avec des menaces comiques, en une grimace. Holà, je te poursuis. Eh bien ! je suis plus fort et je t'aime, viendras-tu ?
Ensemble la route et le village moins longue moins loin nous arriverons et la nuit sera gaie.
Tout mon temps pour gagner cette estime de rien qu'on me refuse encore, je combats pour un autre état et la lutte s'éternise dans la fatigue.
Je te dédie ma mort, colle ton oeil à la serrure de cette chambre, vide et lugubre comme un drame, tu connaîtras l'homme qui l'habite. Les murs ont gardé son empreinte.
Après la fuite, après la peur, sauvé de la boue j'ai fini la poursuite sous la porte cochère. Pas une lumière pour éclairer cette scène et les rideaux de ma chambre courent sous d'autres mains. Qui est-ce ?

Et qui peut se mouvoir
Dans ce convoi de larmes
Je te dédie ma mort
Et je saigne, saigne encore
Mais…
Hôtels

Dans une singulière détresse d'or j'attends, passé minuit, que vienne l'heure propice à touts les défenses contre les éléments. Je vais passer devant l'ennemi, redoutable plus que la pluie, plus que le froid. Il dort et ma main tremble. Une petite arme me suffira, mais avec ce terrible bruit dans la serrure et de la porte, je vais être assailli d'horribles cauchemars.
Au matin nouveau, départ à pas de chat. C'est un autre soupir et la rue me devient moins hostile ; mais quand viendront, enfin, la délivrance et le repos tranquille ? Cependant je me souviens d'avoir dormi dans un lit plus doux dressé pour moi.
Il n'en reste plus que les rêves.

Je tombe en défaillance
Vienne ma délivrance
Me dis quand même qu’au fond de ma peine
Survit un coeur couleur vermeil
Qui bat… car
Une apparence médiocre

Le train siffle et repart dans la fumée qui se fond au ciel bas.
C'est un long convoi de larmes et sur chaque quai où l'on se sépare de nouveaux bras agitent des mouchoirs. Mais celui-là est seul et ses lunettes se ternissent des larmes des autres ou de la pluie qui fouette la vitre où il colle son nez. Il n'a quitté personne et nul ne l'attendra à la gare où il va descendre.
D'ailleurs il ne raconte pas ses voyages, il ne sait pas décrire les pays qu'il a vus. Il n'a rien vu peut-être, et quand on le regarde, de peut qu'on l'interroge, il baisse les yeux ou les lèvre vers le ciel où d'autres nuages se fondent. A l'arrivée, sans expression de joie ou d'impatience, il part, seul dans la nuit, et, sous les becs de gaz qui l'éclairent par intervalles, on le voit disparaître, sa petite valise à la main. Il est seul, on le croit seul. Pourtant quelque chose le suit ou peut-être quelqu'un dans la forme étrange de son ombre.

Et qui peut se mouvoir
Dans ce convoi de larmes
Je te dédie ma mort
Et je saigne, saigne encore
Mais…
    

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