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Diabolique mon ange (Paroles)Inspirations de Mylène Farmer


Pierre Reverdy

Poèmes en prose

MF : Diabolique mon ange

Le vent et l'esprit

C'est une étonnante chimère. La tête, plus haut que cet étage, se place entre les deux fils de fer et se cale et se tient ; rien ne bouge.
La tête inconnue parle et je ne comprends aucun mot, je n'entends aucun son - bas contre terre. Je suis toujours sur le trottoir d'en face et je regarde ; je regarde les mots qu'emporte le vent, les mots qu'il va jeter plus loin. La tête parle et je n'entends rien, le vent disperse tout.
Ô grand vent, moqueur ou lugubre, j'ai souhaité ta mort. Et je perds mon chapeau que tu m'as pris aussi. Je n'ai plus rien ; mais ma haine dure, hélas plus que toi-même.

Ne reste que les rêves
Étonnante chimère
Qui garde son empreinte
A fuit dans son étreinte

(...)

Vent ! J’ai souhaité ta mort
Temps j’ai maudit ton corps
Plus loin que là

A la petite fenêtre, sous les tuiles, regarde. Et les lignes de mes yeux et les lignes des siens se croisent. J'aurai l'avantage de la hauteur, se dit-elle. Mais en face on pousse les volets et l'attention gênante se fixe. J'ai l'avantage des boutiques à regarder. Mais enfin il faudrait monter ou il vaut mieux descendre et, bras dessus bras dessous, allons ailleurs où plus personne ne regarde.

Allons ailleurs si tu veux
Conduis-moi où tu es mieux
Et plus jamais la même…
Le vent fait sourde oreille
Marche forcée

Sur son pied droit brille une très ancienne boucle et sur l'autre, en l'air, la menace. N'approche pas de son domaine où dort tout le passé désagréable. Qui est-tu ? Sans prévoir ce qui devait être, un grand changement s'est produit !
Pour tout le reste, la morale d'autrefois serait un crime, et ne pas y penser une injustice. Jamais désirable, cette âme t'a conduit où tu es mieux, où tu es mal, ce que tu seras toujours avec les mêmes fatigues de toi même, en arrière. C'est ton avance, ce qui te pousse et garde-toi de t'arrêter jamais.
Cependant, chaque jour qui te désespère te soutient. Mais va, le mouvement, le mouvement et pour le repos ta fatigue.

Allons ailleurs si tu veux
Conduis-moi où tu es mieux
Et plus jamais la même…
Le vent fait sourde oreille
Les cornes du vent

Plus épais, il avait voulu le faire plus épais pour son fils que pour lui, Roi. Et, entre la canne et la corne où se balance son chapeau et la tête vide qui rit de sa position saugrenue, le jour se lève avec des menaces comiques, en une grimace. Holà, je te poursuis. Eh bien ! je suis plus fort et je t'aime, viendras-tu ?
Ensemble la route et le village moins longue moins loin nous arriverons et la nuit sera gaie.
Tout mon temps pour gagner cette estime de rien qu'on me refuse encore, je combats pour un autre état et la lutte s'éternise dans la fatigue.
Je te dédie ma mort, colle ton oeil à la serrure de cette chambre, vide et lugubre comme un drame, tu connaîtras l'homme qui l'habite. Les murs ont gardé son empreinte.
Après la fuite, après la peur, sauvé de la boue j'ai fini la poursuite sous la porte cochère. Pas une lumière pour éclairer cette scène et les rideaux de ma chambre courent sous d'autres mains. Qui est-ce ?

Ne reste que les rêves
Étonnante chimère
Qui garde son empreinte
A fuit dans son étreinte
Hôtels

Dans une singulière détresse d'or j'attends, passé minuit, que vienne l'heure propice à touts les défenses contre les éléments. Je vais passer devant l'ennemi, redoutable plus que la pluie, plus que le froid. Il dort et ma main tremble. Une petite arme me suffira, mais avec ce terrible bruit dans la serrure et de la porte, je vais être assailli d'horribles cauchemars.
Au matin nouveau, départ à pas de chat. C'est un autre soupir et la rue me devient moins hostile ; mais quand viendront, enfin, la délivrance et le repos tranquille ? Cependant je me souviens d'avoir dormi dans un lit plus doux dressé pour moi.
Il n'en reste plus que les rêves.

Repos tranquille
Heure inutile
Dans cette chambre
La main qui tremble

Ne reste que les rêves
Étonnante chimère
Qui garde son empreinte
A fuit dans son étreinte
Traits et figures

Une éclaircie avec du bleu dans le ciel ; dans la forêt des clairières toutes vertes ; mais dans la ville où le dessin nous emprisonne, l'arc de cercle du porche, les carrés des fenêtres, les losanges des toits.
Des lignes, rien que des lignes, pour la commodité des bâtisses humaines.
Dans ma tête des lignes, rien que des lignes ; si je pouvais y mettre un peu d'ordre seulement.

Dans ma tête un désordre
Y remettre un peu d’ordre
N’a jamais vu ma fièvre
N’a jamais dit je t’aime
    

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