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Rêver (Paroles)Inspirations de Mylène Farmer


Alfred de Vigny

Les Mont des Oliviers (III, Le Silence)

MF : Rêver

S'il est vrai qu'au Jardin sacré des Écritures,
Le Fils de l'Homme ait dit ce qu'on voit rapporté;
Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,
Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,
Le juste opposera le dédain à l'absence,
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la Divinité.

Les anges sont las de nous veiller
Nous laissent comme un monde avorté
Suspendu pour l'éternité
Le monde comme une pendule
Qui s'est arrêtée

Boris Vian

J'irai cracher sur vos tombes

MF : Rêver

Je reçus une lettre de Tom quelques jours plus tard. Il ne me disait pas grand-chose de ses affaires. Je crus comprendre qu'il avait trouvé un machin pas bien brillant dans une école de Harlem, et il me citait les Écritures, en me donnant la référence, parce qu'il se doutait que je n'étais pas très au courant de ces histoires-là. ça consistait en un passage du livre de Job et ça disait : "J'ai pris ma chair entre mes dents, j'ai mis mon âme dans ma main". Je crois que le type, selon Tom, voulait entendre par là qu'il avait joué sa dernière carte ou risqué le tout pour le tout, et je trouve que c'est une façon compliquée d'accommoder un plat aussi simple. Je vis donc que Tom n'avait pas changé de ce point de vue-là. Mais c'était un brave type quand même.

D'avoir mis son âme dans tes mains
Tu l'as froissé comme un chagrin
Et d'avoir condamné vos différences
Nous ne marcherons plus ensemble

Emily Dickinson

Poèmes (éditions Belin)

MF : Rêver

Je mourus pour la Beauté - mais à peine
Étais-je ajustée dans la Tombe
Qu'un être mort pour la Vérité, fut couché
Dans une Chambre adjacente -

"Pourquoi tombée ?" souffla-t-il
"Pour la Beauté", répondis-je -
"Et moi - pour la Vérité - Elles ne font qu'Un -
Frères nous sommes", dit-Il -

Alors, comme des Parents, réunis un Soir -
Nous causâmes de Chambre à Chambre -
Avant que la Mousse n'ait atteint nos lèvres -
Et recouvert - nos noms -

j’ai rêvé qu’on pouvait s’aimer
au souffle du vent
s’élevait l’âme, l’humanité
son manteau de sang
j’irai cracher sur vos tombeaux
n’est pas le vrai, n’est pas le beau
j’ai rêvé qu’on pouvait s’aimer

Pierre Reverdy

La Lucarne ovale

MF : Rêver

Toujours là

J'ai besoin de ne plus me voir et d'oublier
De parler à des gens que je ne connais pas
De crier sans être entendu
Pour rien tout seul
Je connais tout le monde et chacun de vos pas
Je voudrais raconter et personne n'écoute
Les têtes et les yeux se détournent de moi
Vers la nuit
Ma tête est une boule pleine et lourde
Qui roule sur la terre avec un peu de bruit

Loin
Rien derrière moi et rien devant
Dans le vide où je descends
Quelques vifs courants d'air
Vont autour de moi
Cruels et froids
Ce sont des portes mal fermées
Sur des souvenirs encore inoubliés
Le monde comme une pendule s'est arrêté
Les gens sont suspendus pour l'éternité

Un aviateur descend par un fil comme une araignée
Tout le monde danse allégé
Entre ciel et terre
Mais un rayon de lumière est venu
De la lampe que tu as oublié d'éteindre
Sur le palier
Ah ce n'est pas fini
L'oubli n'est pas complet
Et j'ai encore besoin d'apprendre à me connaître

Les anges sont las de nous veiller
Nous laissent comme un monde avorté
Suspendu pour l'éternité
Le monde comme une pendule
Qui s'est arrêtée
Esprit pesant

Il est allongé et il dort. C'est un corps mort. Un dernier rayon éclaire son visage calme où brillent des dents sans éclat. Les heures sonnent doucement autour de sa tête ;
il ne les entends pas. De temps en temps un rêve passe comme un nuage où se mêlent les gravures du fond.
A droite dansent quelques flammes qui n'iront pas plus haut, et si les bras se lèvent ils touchent le plafond.
Des hommes sans existence réelle soupirent dans les coins et tous les livres entr'ouverts sont tombés un à un sur le tapis déteint.
Le silence, le calme, le sommeil qui descendent aussi lentement que la nuit.

Sa vie ne bat plus que d'une aile
Dansent les flammes, les bras se lèvent
Là où il va il fait un froid mortel
Si l'homme ne change de ciel
Pourtant, j'ai rêvé
Dans le monde étranger

Je ne peux plus regarder ton visage
Où te caches-tu
La maison s'est évanouie parmi les nuages
Et tu as quitté la dernière fenêtre
Où tu m'apparaissais
Reviens que vais-je devenir
Tu me laisses seul et j'ai peur

Rappelle-toi le temps où nous allions ensemble
Nous marchions dans les rues entre les maisons
Et sur la route au milieu des buissons
Parfois le vent nous rendait muets
Parfois la pluie nous aveuglait
Tu chantais au soleil
Et la neige me rendait gai

Je suis seul je frotte mes paupières
Et j'ai presque envie de pleurer
Il faut marcher vers cette lumière dans l'ombre
C'est toute une histoire à raconter
La vie si simple et droite sans tous les petits à côté
Vers la froide lumière que l'on atteindra malgré tout
Ne te presse pas
Qui est-ce qui souffle
Quand je serai arrivé qui est-ce qui soufflera
Mais seul je n'ose plus avancer

Alors je me mis à dormir
Peut-être pour l'éternité
Sur le lit où l'amour m'a couché
Sans plus rien savoir de la vie
J'ai oublié tous mes amis
Mes parents et quelques maîtresses
J'ai dormi l'hiver et l'été
Et mon sommeil fut sans paresse

Mais pour toi qui m'as rappelé
Il va falloir que je me lève
Allons les beaux jours sont passés
Les longues nuits qui sont si brèves
Quand on s'endort entrelacés

Je me réveille au son lugubre et sourd
D'une voix qui n'est pas humaine
IL faut marcher et je traîne
Au son lugubre du tambour
Tout le monde rit de ma peine
Il faut marcher encore un jour

A la tâche jamais finie
Que le bourreau vienne et t'attelle
Ce soir les beaux jours sont finis
Une voix maussade t'appelle
Pour toi la terre est refroidie
De loin je revois ton visage
Mais je ne l'ai pas retrouvé
Disparaissant à mon passage
De la fenêtre refermée

Nous ne marcherons plus ensemble

D'avoir mis son âme dans tes mains
Tu l'as froissé comme un chagrin
Et d'avoir condamné vos différences
Nous ne marcherons plus ensemble

(...)

A quoi bon abattre des murs
Pour y dresser des sépultures
A force d'ignorer la tolérance
Nous ne marcherons plus ensemble

Les Ardoises du toit

MF : Rêver

Ronde nocturne

Le timbre vient de loin
Les mondes se rapprochent
Sur les bords du clocher des étoiles s'accrochent
Dans le coin des cheminées fument
Ce sont des bougies qui s'allument
Quelqu'un monte
Les cloches vont sonner
Un nuage en passant les a fait remuer
A présent on a l'habitude
Personne n'est plus étonné
Les yeux mesurent l'altitude
Où vous êtes placé
Un coeur libre s'est envolé
On peut encore choisir la place
Où l'on pourrait se reposer
Après avoir longtemps marché
Plus bas il reste une surface
Dans la nuit
On écoutait
Serait-ce lui
A l'horizon sans bruit quelqu'un montait au ciel
L'escalier craque
Il est artificiel
C'est une parabole ou une passerelle
L'heure qui s'échappait ne bat plus que d'une aile

Sa vie ne bat plus que d'une aile
Dansent les flammes, les bras se lèvent
Là où il va il fait un froid mortel
Si l'homme ne change de ciel
Pourtant, j'ai rêvé

Sources du vent

MF : Rêver

Poème

La neige tombe
Et le ciel gris
Sur ma tête où le toit est pris
La nuit
Où ira l'ombre qui me suit
A qui est-elle
Une étoile ou une hirondelle
Au coin de la fenêtre
La lune
Et une femme brune
C'est là
Quelqu'un passe et ne me voit pas
Je regarde tourner la grille
Et le feu presque éteint qui brille
Pour moi seul
Mais là où je m'en vais il fait un froid mortel

Sa vie ne bat plus que d'une aile
Dansent les flammes, les bras se lèvent
Là où il va il fait un froid mortel
Si l'homme ne change de ciel
Pourtant, j'ai rêvé
    

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