I. L'histoire
Lisa, une jeune fille
confrontée à un ennui et à une solitude insondables. Depuis que sa grand-mère
est morte, plus personne ne lui raconte d'histoire. Surgit alors Loup, un petit
garçon tout plat, muet et sourd, chargé de lui tenir compagnie. Tous deux se
rendent au cimetière. Alors qu'ils sont près de la tombe de la grand-mère de
Lisa, ils découvrent un homme triste "qui parle". Ils le suivent et parviennent
à une maison dans laquelle ils pénètrent pour y dormir. Au réveil, Lisa est
déçue : l'homme a quitté les lieux. Qu'à cela ne tienne, elle entreprend
l'exploration de la maison. L'un des livres de la bibliothèque interpelle Lisa.
Il s'agit d'une conte écrit par Damien : "l'homme qui parle" et qu'il a dédié à
Allan. Le livre contient une lettre écrite de la main de Damien : celui-ci
s'adresse à une certaine Lola, à qui il exprime une douleur immense, découlant
de la perte de son fils Allan. Depuis que ce dernier est mort, l'auteur de la
lettre a perdu le goût de la vie et a décidé de partir au loin afin de se perdre
en chemin. Lorsque la nuit survient, Lisa se fait appeler dans la bibliothèque
par des voix mystérieuses. Elle s'étale alors devant les personnages qu'elle a
délivré des livres par sa présence : lapin Martin, le lapin élancé, une araignée
gênée et Humphrey, le vers solitaire. Lisa apprend que l'homme "qui parle" aurait
voulu rejoindre son fils dans la mort s'il n'avait pas promis à sa soeur Camille
d'écarter de son esprit l'idée du suicide. Car, dans sa folie, le père de Camille et de Damien
s'était lui-même donné la mort. Cette promesse fut faite alors que Camille
rendait son dernier soupir.
Damien était effectivement conteur et racontait avec plaisir ses histoires à son
fils Allan. Les personnages devaient mimer les histoires au petit garçon mais sa
mort avait plongé l'homme et les personnages inventés dans une immense
tristesse.
Lisa et ses quatre amis se mettent alors en quête du conteur. En route ils
rencontrent : une cartomancienne, Madame One-X, Loulia (petite fille atteinte de
la maladie des os de verre)...
Lisa se retrouve en prison après avoir consommée dans un bar sans avoir de quoi
payer. Lisa doit parlementer afin d'être libérée. Elle en profite pour visiter
la prison. Elle rencontre un bouddhiste qui conseille à Lisa de suivre son
coeur. Elle quitte alors la prison et entame une réflexion sur la religion et la
Bible. Elle retrouve alors ses amis et découvre un âne près d'un église (l'âne
catin). A l'invitation de Lisa, l'âne entreprend le récit de contes mais ils
raconte si mal qu'ils finissent tous par la mort du héros. Lisa pénètre dans
l'église. Alors qu'elle s'attend à une présence divine, elle ressent une
influence démoniaque. Une voix lui parle : "Je suis à l'intérieur de toi Lisa".
Au comble du désespoir, la petite fille quitte l'église en pleurs. Elle vomit
alors une perle de sang qui se prénomme "l'ennui". Lisa ne sait quoi faire de
cet ennui et se tourne vers l'auteur du livre afin de lui demander de l'aide.
L'auteur s'exprime alors : "Comment veux-tu que je trouve la morale quand
moi-même suis atteinte par ce terrible mal? Je m'ennuie, je m'ennuie, je
m'ennuie. C'est pour ça que tu vis... C'est pour ça que j'écris." L'auteur a une
soudaine prise de conscience : elle a donné vie au personnage de Lisa, mais en
la chargeant de ses propres pulsions de mort. Lisa est malheureuse. Rien ne
semble la consoler... Dans sa tête sa grand-mère l'invite à reprendre confiance
en elle. Elle sourit. Loup disparaît alors. Une homme qu'elle aime s'approche
d'elle : la vie l'attend !
A partir de "La part d'Ombre".
Le roman se décompose en
plusieurs parties (comme des chapitres) :
Introduction (sans titre)
Le cimetière
Dans la maison
Dans la cuisine
Dans la bibliothèque
Le deuxième jour
Le troisième jour
Le quatrième jour
Madame Ône-X
L'hôpital
La prison
Épilogue
Découragement
II. L'univers de Mylène
a. Les paroles de ses chansons.
A plusieurs reprises, on peut remarquer des références aux chansons de Mylène :
- Je me sens si seul parfois : On est si seul parfois (L'autre, 1991).
- Pourtant quelles toiles de maîtres ! : De mon seul maître Egon Schiele (Je te
rends ton amour, 1999).
- Une véritable artiste l'araignée : Araignée maltèque, dépressive l'artiste
(Alice, 1995).
- Misonner comme dans... l'ab ?? plus X : C'est l'équation, l'ax+b qui fait tilt
(L'Instant X, 1995).
- Pardonnez-moi : Pardonne-moi (2001).
- Et le qu'en dira-t-on : Je me fous bien des qu'en dira-t-on (Sans contrefaçon,
1988)
- Je n'attends que toi pour me le dire tout bas que je suis ici pour Toi, et toi
c'est moi : Qu'il nous dit tout bas, je suis ici pour toi, et toi c'est moi
(L'autre, 1991).
- C'était troublant, pensait-elle : C'est troublant, dis? (L'amour naissant,
1999).
- Lisa broie du noir : Mais là, je broie du noir (Dessine-moi un mouton, 1999).
- Pas de contrefaçon : Sans contrefaçon (1988).
- Je fais fi de notre amitié : Je fais fi de tes "Je t'aime" (Optimistique-moi,
1999).
- C'est la déconfiture : Déconfiture (Dessine-moi un mouton, 1999)
- C'est comme ça la vie? Elle vous donne un sursis puis reprend tout sans répit?
: Et la vie, a tout donné, tout repris... (Et si vieillir m'était conté, 1999)
- On ne peut pas ignorer ce que les yeux ne voient pas ! : Quelle solitude,
d'ignorer ce que les yeux ne peuvent pas voir (Dessine-moi un mouton, 1999)
b. Les références artistiques
Dans Lisa-loup et le Conteur Mylène cite ou fait référence à plusieurs
personnages historiques, que l'on pouvait déjà retrouver dans l'oeuvre de Farmer/Boutonnat
:
- Edgar Allan Poe : Allan, c'est ainsi que se prénomme le petit-fils tant
aimé du Conteur. Lisa se trompe même en l'appelant Gaspard Alla Poe ! Voilà ce
qu'elle dit sur lui : "Il a écrit des fantastiques nouvelles qui font peur, et
moi j'adore ça !". Pour ceux qui l'ignorent, Edgar Allan Poe est, entre autre,
l'auteur de "Nouvelles histoires extraordinaires".
- Musiciens célèbres : Wagner (compositeur allemand), Chopin (pianiste et
compositeur polonais), Mahler (compositeur et chef d'orchestre autrichien).
- Grands poètes : Verlaine (poète français), Rimbaud (poète français),
Reverdy (poète français), Molière (auteur dramatique français).
- Petites références : "Les voyages de Gulliver" : "Il y a bien longtemps, elle avait vu au cirque Chpuck un tour unique : un LILLIPUTIEN (un peu martien) qui d'une note suraigüe, brisait des verres en cristal brut." - "Tom Sawyer" : "Elle se rappelait les aventures d'un certain TOM SAWYURE... (ou quelque chose comme ça !)" - Greta Garbo : "ET DE "GARBONISER" SON CHOIX : N'APPARAITRE QU'AUX ENDROITS OU ON NE L'ATTEND PAS."
- Peintres : Mais oui ! De Pablo Picasso ! Il est très connu et pas vraiment poillu !"
- Luc Dietrich : référence à "L'apprentissage de la ville" --> "(Après tout, L'APPRENTISSAGE DE LA VIE se fait lentement !(...))
- Référence historique : l'empereur romain Caligula : "Douce comptine Caliguline, Lisa se noie, l'humeur Caligula."
c. Le style
Les textes de Mylène ont toujours été reconnaissables entre tous, tant par leur
originalité textuelle que par le style de l'écriture.
- Elle manie à merveille les doubles sens et les jeux
de mots. Il y en a beaucoup dans ce roman, en voici quelques uns :
Lisa n'a pourtant aucun souvenirs des chagrins de sa grand-mère? Peut-être
était-elle un Dieu de la Mythologie. Mais non, Mamie est un mythe au logis.
Un lapine élancé, une araignée gênée et un ver solitaire.
- Mylène (rimes)
- Malgré l'ennui, la mort ou la tristesse qui planent sur le roman, il y a aussi
beaucoup, beaucoup d'humour dans cette oeuvre :
d. Les thèmes
On retrouve dans Lisa-Loup et le Conteur les mêmes thèmes qu'aborde
Mylène dans son univers :
- La mort : L'histoire commence à la mort de la grand-mère de Lisa. C'est
cette absence qui entraîne Lisa dans un ennui profond et qui la pousse à
imaginer tout ce qu'elle vit dans ce conte. Le conteur, Damien, que Lisa
rencontre dans un cimetière d'ailleurs, a lui perdu quelqu'un de très proche :
son fils, Allan. Finalement dans ce conte toute tristesse est causée par une
mort. Même l'âne catin semble obsédé par ça : les histoires qu'il raconte se
finissent tous dramatiquement et brutalement par la phrase "Elle est morte" ! (C'est
Blanche-Neige, elle est avec les sept nains. Elle a mordu dans la pomme, elle
est morte. / C'est un petit garçon, il met les pieds dans la forêt, ils
lui ont bouffé, il est mort.). Comme ces personnages sont issus de l'esprit
même de Lisa, on comprend que la mort de sa grand-mère l'a profondément marqué.
- L'ennui : Si Lisa décide de retrouver cet homme qu'elle a découvert au
cimetière, c'est pour tuer cet ennui qu'elle a en elle depuis la mort de sa
grand-mère. C'est aussi et surtout pour cela qu'elle imagine Loup, qui est le
fruit de son imagination débordante, comme chez tout enfant.
- L'amitié : Bien que Loup et les autres personnages de l'histoire ne
vivent que dans son esprit, Lisa lie une très forte amitié avec eux, ils
veillent sur elle et la protège. Et ils disparaissent quand elle n'a plus besoin
d'eux dans sa vie...
- La religion : Très évoquée, elle se manifeste notamment dans la
religion catholique, avec la présence du cimetière, de l'église... La grand-mère
de Lisa était très croyante, mais Lisa ne s'en ai jamais occupé. Autre religion
présente : le bouddhisme, représenté comme ce qui a permis à Lisa de se libérer
de la prison...
- La sexualité : Elle n'est pas clairement présente, mais on peut la
discerner un petit peu, notamment avec le prénom du personnage que Lisa découvre
sous son lit : Loup. Souvent, les enfants ont peur du loup, surtout quand il est
caché sous leur lit... Si ce rapprochement peut paraître trop facile, on peut
aussi noter la présence du "loup" dans les textes que Mylène a écrit pour Alizée
(Quand je rêve au loup, c'est Lola qui saigne. / Toi le loup des steppes, oh
loup y es-tu pour moi. / Loue moi Loup, toute entière...), et dans les clips les
plus sulfureux de Mylène (Libertine, Beyond my control).
- La dualité entre l'enfance et l'âge adulte : Lisa est une enfant qui se
retrouve face aux dures lois de la vie. Elle doit affronter, peut-être trop tôt,
la mort de quelqu'un qu'elle aime. On retrouve cette dualité enfant / adulte
dans nombre de chansons de Mylène : Maman a tort, Plus grandir, Chloé,
Dessine-moi un mouton...
III. La vie de Mylène
a. Les noms
- Lisa : Lisa est le nom d'une des nièces de Mylène.
- Loup : Mylène a un frère nommé Jean-Loup, décédé en 1996. (Père de Lisa ?)
- Allan : le nom du fils du conteur, Damien, est une référence évidente à Edgar Allan Poe, référence que le personnage de Lisa lui-même signale. On sait que Mylène apprécie énormément cet auteur, au point qu'elle a même écrit une chanson sur son univers. Ce prénom n'est donc pas anodin.
- Benoît : Mylène évoque brièvement un certain Benoît. Or Benoît est le prénom de son compagnon... Et il semblerait que
celui-ci soit partisan du fait que "L'avenir appartenait à ceux qui se levaient tôt !!!". Au passage, Benoît est qualifié de "plombier, somnambule et fort beau"...
- Madame Ône-X : on pense immédiatement ici à la chanson "L'instant X". Et pour que la coïncidence soit plus amusante encore, ce titre a été remixé par... One-T ! Quant à la photo qui illustre la pochette du single, elle est inspirée de l'affiche du film "Madame X".
- Royal Rîmpo : le nom du sage bouddhiste qui conseille Lisa lors de son passage en prison fait référence à Sogyal Rinpôché, auteur du "Livre tibétain de la vie et de la mort" qui a lui même beaucoup aidé et influence Mylène lors de son passage aux
États-Unis après l'échec de "Giorgino". Elle n'aura de cesse, lors de la promotion de l'album qui a suivi, "Anamorphosée", de citer cet auteur, bien qu'elle avouera par la suite que les pansements apportés par cette philosophie bouddhiste se sont envolés.
- L'Âne-Catin : Étrange référence à la chanson "Libertine".
b. Une histoire, son histoire
Au travers du texte, on peut noter de multiples références à ce que l'on sait de la vie de Mylène.
- La grand-mère décédée et le cimetière : le point de départ du récit est la solitude que ressent Lisa face à la perte de sa grand-mère. Plus personne ne pourra lui raconter d'histoires. Et tout au long du conte, les références à la Grand-mère sont particulièrement récurrentes. Même "au cimetière", elle reste une présence que Lisa porte éternellement en elle. Le lien avec le cimetière est d'ailleurs établi dès les premières lignes, ce qui n'est pas anodin quand on sait que lorsqu'elle était petite, la grand-mère de Mylène l'emmenait justement au cimetière le dimanche...
- La grille du cimetière : on peut voir ici une petite référence à la vie artistique, cette fois-ci, de Mylène : cette "très, très grande grille... très, très fermée aussi !" n'est pas sans
rappeler le décor de sa première tournée en 1989.
- La religion : elle est très présente tout au long du récit, et l'on peut éventuellement y voir le reflet du propre cheminement intérieur effectué par Mylène à ce sujet. Dans un premier temps, le personnage de Lisa ne se dit attiré par aucune religion : ""Moi je serais athée !" lui répondit Lisa qui n'aimait ni l'idée du haut ni même l'idée du bas." Or Mylène elle-même a souvent affirmé qu'elle se sentait athée. Mais plus loin dans le récit, Lisa fait la connaissance d'un sage, Royal Rinpô, et l'enseignement philosophique que Lisa va en retirer peut être mis en parallèle avec la propre réflexion et le propre apaisement que Mylène a éprouvé à une période de sa vie, comme nous l'avons évoqué plus haut. Cependant la suite du récit amène le personnage de Lisa à s'interroger grandement sur Jésus, la Bible et le sens de la religion, au point de ne plus vraiment savoir où se situent le Bien et le Mal. Comme Mylène l'a dit en évoquant sa propre vie, les pansements du bouddhisme se sont envolés pour Lisa aussi...
- L'hôpital : jeune fille, Mylène se rendait tous les dimanches à l'hôpital de Garches rendre visite à des enfants handicapés physiques et mentaux. Le passage de Lisa et ses amis y fait clairement référence. Loulia est une petite fille atteinte de la maladie des os de verre (fragilité extrême des os). Elle est sauvée par l'Araignée qui lui tisse aux dépens de sa propre vie un manteau d'organza. Mylène a régulièrement évoqué cette période de sa vie, et même lors d'une émission en 1987 cette maladie précisément.
Pour terminer, on remarquera que la
démarche de Mylène avec Lisa-Loup et le Conteur est semblable à celle
d'un grand auteur, Antoine de St Exupéry, que ce soit dans la forme du roman (le
texte est accompagné de dessins de l'auteur même), le graphisme (le personnage
de Lisa ressemble étrangement au Petit Prince !) ou l'histoire (un héros qui erre
à la recherche de quelque chose, à la recherche d'amis, d'un lieu meilleur),
même si la fin semble bien meilleure pour Lisa...
Par Mylenalizée, LKB et Ptitgénie.
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est ce que Ce "Voyage sonore dans l'imaginaire" va finira de composé de 13 mp3 un jour?
Un conte tout simplement merveilleux