Un clip, une histoire

Rester enfant

   Le jour se lève à peine. Un vent d’automne disperse des feuilles mortes dans les sombres allées d’un cimetière. Son souffle est le seul son qui trouble le repos éternel des âmes ici enterrées. Jusqu’à ce qu’une mystérieuse, ténébreuse jeune femme, toute de noir vêtue, les mains gantées, apparaisse parmi les stèles, promenant un landau au milieu des mégalithes. Un landau vide.
   La femme semble presque lasse, son regard est vide, elle secoue sa crinière brune et bouclée et pousse lentement son landau. Au détour d’une allée, une tombe, surmontée d’un petit ange de pierre, attire son attention. Elle s’en approche lentement. La jeune femme est troublée par le nom... Serait-ce le sien ? La sensation lui est visiblement désagréable.

   Dans un autre espace-temps, au milieu d’une pièce mystérieuse, évoquant un château abandonné : les toiles d’araignée recouvrent tout ce qu’elles peuvent, les rideaux sont en lambeaux, les vitres brisées, les murs sombres, tout semble sorti d’un autre temps. Dans ce décors lugubre, une adolescente en pyjama de soie rouge est recroquevillée sur elle-même, au bout de son lit, serrant sa poupée dans ses bras. Elle découvre avec horreur une blessure sur ses lèvres. Elle entre alors dans une colère folle, se saisit violemment de sa poupée, la secoue dans tous les sens comme si quelque chose était de sa faute, et tente enfin de la noyer dans le bassin qui lui sert de baignoire.
   En larmes, la jeune fille décide de prier aux pieds d'une petite statue de la Vierge Marie, un cierge à la main. Elle ne veut pas grandir, pour ne pas souffrir, ne pas mourir… Peut-être que le ciel entendra son souhait ? Pendant qu'elle est à genoux, la poupée, qui se trouve alors posée sur un fauteuil d'enfant, tourne la tête vers elle pour l'épier.

   Alors que la nuit s’abat sur la demeure, un éclair zèbre la pièce où dort paisiblement l'enfant, un rat tapi sur son épaule. Une main surgit derrière la porte de sa chambre, et un homme ténébreux pénètre dans la pièce. Il se jette sur la jeune fille qui n’a pas le temps de s’échapper. Il commence à la déshabiller en ouvrant le haut de son pyjama rouge. La fille se débat encore… La statue de la Vierge Marie s’anime et prend vie pour voiler ses yeux avec ses mains et ainsi se détourner du spectacle. L’homme viole l'adolescente, ses mains parcourent son corps... Petit à petit, l'adolescente oppose moins de résistance, puis se laisse aller au plaisir.
Pendant ce temps, deux nonnes tapies dans l’ombre épient la scène sans venir au secours de la jeune femme. Elles restent choquées par les gestes provocateurs de l'enfant face à l'homme.
   Lorsque l’homme la délaisse, ayant terminé ce pour quoi il était venu en pleine nuit, les nonnes viennent alors punir l'enfant, et la poursuivent pour lui donner son châtiment. Entre deux coups de pieds et de canne, la Bible à la main, elles lui infligent une malédiction : la jeune femme qui ne voulait tellement pas grandir se voit condamnée à vieillir immédiatement et inexorablement dans cette chambre, dans la solitude la plus totale, si ce n'est les rats.
Comme pour extérioriser sa rage, la jeune femme s’en prend à nouveau à sa poupée, qui la regarde d'un air moqueur. Après avoir tenté de la noyer, elle lui tranche maintenant un bras qui s’envole dans les airs. Libérée de cette poupée maléfique, elle tourbillonne dans un élan de folie au milieu des rideaux en lambeaux, et ses traits deviennent très rapidement ceux d’une très vieille femme.
Assise à sa fenêtre, le regard désabusé, cette vieille femme regarde une colombe s’envoler devant elle dans le ciel, seul signe de vie encore présent qui lui échappe maintenant.

   Retour dans le cimetière. Devant la tombe, la jeune femme au landau accorde un dernier regard à l’inscription qui y est gravée, puis y jette le bouquet de fleurs qu’elle tenait à la main. Et elle s’en va lentement, comme elle est venu.
   La poupée mutilée, noyée et estropiée, observe la femme s'éloigner, perchée au sommet d'une sépulture, le sourire malin…

LKB & PtitGénie

 

L'Ennui - Partie 1 : la journée

   Près d'un arbre mort que le vent déshabille de son souffle feuille après feuille, un petit mouton attend.
L'animal veut lui aussi être soufflé. Son souhait est exhaussé : il est emporté dans les airs avec les feuilles par une tempête. Le vent leur ouvre alors la fenêtre d'une pièce, dans laquelle s'immiscent l'une des feuilles, suivi du mouton.
Une journée commence pour une jeune fille aux cheveux roux, affalée sur son lit, dans une chambre bien triste : seule la fenêtre fermée habille le mur, accompagnée d'un petit tableau représentant un crucifix.
Lui aussi sur le matelas, le mouton tente de lui donner envie de se lever : il danse et sautille avec frénésie sur le lit de la jeune fille.
C'en est assez pour elle, et elle le rejette d'un coup sec avec ses jambes !
C'est alors qu'un drôle de personnage passe près de son lit... Elle penche la tête pour être sûr de ne pas rêver : oui, c'est bien un rat, écharpe au coup et bonnet sur la tête, qui conduit une petite voiture ! C'est bien la peine de ranger ses jouets, si les rats se mettent à tout déballer...
   Direction la salle de bain, il est temps de se réveiller. Dans sa baignoire, la rouquine continue de broyer du noir, tandis que le mouton, son compagnon d'infortune, se tient près d'elle. Idées noires, dépressives, araignées d'un soir... Gloups, un mouton et de l'eau savonnée, ça ne fait pas bon ménage... L'animal s'envole, enfermé dans une bulle de savon ! Mais cela ne fait pas rire la demoiselle, qui prend peur et cache sa tête sous l'eau. Plouf ! Son nouvel ami tombe dans l'eau !
   Bon, cette journée commence mal. Le repas va peut-être remonter le moral de la jeune fille ? Mais non, elle s'ennuie, regardant les heures s'écouler, assise sur son réfrigérateur, balançant ses jambes tel un métronome comptant les secondes. Le petit personnage sur l'aimant accroché à la porte du frigo n'est pas là pour l'aider : un poisson mort, c'est pas gai tout ça...
Tout d'un coup, notre héroïne retrouve presque le sourire ! Est-ce le mouton complètement congelé sortant du frigo qui lui dessine ce léger sourire, ou bien la danse des instruments de cuisine qui se balancent en rythme avec ses jambes ?
   Le soir arrive déjà. Impossible de dormir... C'est l'insomnie ! Ce n'est pas le cas de l'amical animal, qui dort déjà comme une masse au pied du lit, tel un animal de compagnie. Enfin, presque : tout d'un coup, le mouton se réveille, revenant tout juste d'un sombre rêve. L'ennui de la rouquine serait-il contagieux ? L'araignée qui hantait l'esprit de la jeune fille vient maintenant troubler celui du mouton !
Mais la jeune fille semble prendre les choses différemment : elle s'amuse avec cette araignée, comme d'un yoyo qui la distrait.
Cela n'aide pas : toujours impossible de fermer l'oeil. Allez, si un mouton ne suffit pas à briser la morosité, trois devraient y arriver. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Et voici le mouton à présent multiplié. La jeune fille ne prête pas plus attention à cette troupe d'amuseurs, et préfère s'approcher de son grand miroir qui habille un peu plus sa triste chambre.
   Son regard est attiré par un reflet qui n'est pas le sien... Et pourtant, celui-ci bouge comme elle ! C'est un petit enfant, roux aussi, qu'elle voit derrière cette glace. Ce dernier l'invite à le rejoindre. Le miroir vient alors jusqu'à elle, réduisant à néant la frontière qui la séparait du petit garçon. Elle se retrouve dans un monde qui n'est pas inconnu au mouton, puisque se trouve là l'arbre mort près duquel il attendait son coup de vent. Le petit pointe l'horizon du doigt, et la demoiselle se baisse pour s'approcher de l'enfant et voir ce qu'il tente de lui montrer. Ce dernier a un sourire immense, il dégage une joie de vivre intense et semble vouloir la partager. Chose qui arriva : notre héroïne s'offre un sourire à son tour. Il était temps !
L'enfant s'envole alors dans le ciel, emporté par le ballon de baudruche rouge qu'il tient à la main. Il monde plus haut, toujours plus haut, regardant la jeune fille heureuse au loin s'éloigner de son champ de vision.
L'enfant n'arrive pas à retenir longtemps le ballon qui veut s'élever toujours plus haut... Il lâche prise et retombe à terre, se relevant un peu étourdi par cette chute !
Mais finalement le ballon rouge n'est pas allé bien loin : il s'est accroché dans une des branches de l'arbre mort, près de la jeune rousse. Le petit garçon joue encore, encore et encore, sautant, faisant des roues, jouant à saute-mouton avec les feuilles qui virevoltent, mais aussi avec... les moutons !
   Tout s'accélère alors : tandis que la jeune fille s'éloigne toujours plus dans ce monde irréel, l'arbre et le ballon à ses cotés, une nouvelle tempête se lève et emporte avec elle l'enfant, le mouton, les feuilles et le petit rat dans sa voiture... Les personnages de cet imaginaire se retrouvent projetés dans tous les sens.
   Le soleil se couche, cette journée s'achève enfin. Retour dans la chambre, dans le monde réél. L'enfant a pris place dans le lit de la jeune fille. Le mouton se place à ses côtés, et tous deux vont ainsi s'endormir.
A suivre...

PtitGénie & LKB


L'Ennui - Partie 2 : la nuit

   La jeune femme rousse dort paisiblement dans son immense lit, la tête reposée sur de larges coussins.
De légères plumes viennent tomber du ciel sur les draps, et l'une de ces plumes vient la sortir de son sommeil en frôlant son doux visage.
Elle se réveille, s'étire, émerveillée par les milliers de plumes arrivant de nul part, le regard dirigé vers le plafond.
Tel un félin très coquin, la demoiselle s'approche du bout de son lit et y découvre un voile qui semble recouvrir une sphère.
Elle retire d'un geste sec le tissu, laissant apparaître devant elle une boule noire. Elle parcours délicatement l'objet de ses doigts, puis le prend dans ses mains pour le rapprocher de ses yeux et ainsi mieux observer cette boule de cristal...
Ouh ! Ce qu'elle y voit ne semble pas très réjouissant ! Elle prend peur, s'empresse de redéposer la chose sur le lit, prend un gros coussin blanc et le place rapidement sur la sombre sphère. Elle appuie bien fort, puis soulève d'un grand geste le pillow : la boule noire s'est alors transformée en un tas d'autres plumes qui s'échappent dans les airs.
   La jeune se retrouve propulsée en automne. Toujours sur son grand lit, c'est à présent une pluie de feuilles mortes qui lui tombent dessus. Elle s'amuse avec ces tonnes de feuilles, plonge dedans, les relance en l'air, éclate de rire...¨toute seule.
   D'un coup d'un seul, la voilà maintenant en hiver. La neige a recouvert l'ensemble du lit, et la rouquine s'est réfugiée sous ses draps. Elle balance ses pieds, qui dépassent du bout du lit, au rythme des secondes, comme mourant d'impatience.
Les feuilles mortes déposées sur le lit sont complètement glacées pour la neige qui tombent. Sous cette petite tempête, la jeune femme garde tout de même le sourire ! Malgré ces intempéries, elle continue de s'amuser, comme pour faire passer le temps, que ce soit avec un coussin qu'elle a recousu (et qui se retrouve tout suturé) ou avec sa paire de chaussure qu'elle tente difficilement de réparer aidée d'un petit marteau et de clous.
   Place au printemps ! Aussi tôt dit, aussi tôt venu : voici que des pétales de roses viennent s'ajouter aux plumes, aux feuilles et à la neige sur le lit. Il n'en faut pas moins pour offrir à la rousse une nouvelle séance de jeux : galipètes, petits sauts, bataille de neige... le tout encore et toujours toute seule. Mais elle ne désespère pas de voir arriver quelqu'un pour s'amuser avec elle !
   L'orage gronde à présent. Notre héroïne ouvre un grand parapluie noire : il ne manquerait plus que la pluie commence à tomber ! Ainsi protégée, elle attend encore et toujours. Près d'elle se trouve un vieux téléphone noir. Elle attend un coup de fil qui ne semble pas venir... Alors que tout semble perdu, la demoiselle entend enfin le combiné sonner. Elle s'empresse de décrocher, reste quelques secondes en ligne, puis dépose un baiser au combiné avant raccrocher. Mais ce qu'elle y a entendu lui fige le visage. Elle semble tout d'un coup réaliser quelque chose d'horrible, ou tout du moins d'avoir enfin eu une réponse, aussi triste pouvait-elle être. Et si cette réponse était qu'il n'y avait personne au bout du fil ? Uniquement le silence... Dans tous les cas, l'appel tant attendu est arrivé. Et maintenant que c'est fait, que faire ?!
   A peine le temps de prendre vraiment conscience de ce qu'il venait de lui tomber dessus, que tout s'efface autour d'elle. La jeune femme remonte le temps en quelques secondes, voyant défiler devant elle toutes les images de son horrible attente.
La voilà de retour dans son immense lit, les yeux fermés, reposant comme un bébé. Lorsqu'une plume vient frôler son visage, elle affiche un petit sourire au coin des lèvres. Ouf ! Tout ça n'était qu'un rêve...

PtitGénie

 

Sans logique

   Un terrain vague, perdu au milieu de nul part. Le ciel est chargé, gris, nuageux. Il n’y a pas un bruit. Tout est terne, rien ne semble vivre. Et pourtant, une petite fille vient par ici. Ses vêtements laissent supposer qu’elle ne vient pas d’un milieu très riche. Dans une mare d’eau croupie, elle ramasse une statue de Jésus, les bras en croix. De la boue macule son visage minuscule. Troublée, elle l’essuie avec son doigt…

   Un peu plus loin, sur une petite colline, deux amants s’étreignent et échangent leur passion. L’homme, brun, ténébreux, hispanique, est vêtu à la mode des sombreros. La femme, entièrement vêtue de noir, a une chevelure de feu. D’un couteau, ils s’entaillent tous les deux la main, le sang perle. Ils serrent leurs mains tailladées l’une contre l’autre, scellant leur amour par un pacte sanglant.

   Une bande de vieillards approchent. Vêtus de noir, le visage cabossé, ils avancent lentement vers une clairière désertique. Les femmes portent de longs voiles noirs sur le visage, les hommes ont recouvert leur tête d’un chapeau : ils ont tous « leurs habits du dimanche ». Tandis qu’une troupe de jeunes arrivent, les vieillards s’assoient, et ôtent leurs couvres-chefs et voiles. Le spectacle peut débuter. A la tête du groupe de jeunes gens, les deux amants : le ténébreux espagnol et la jeune fille rousse. Elle est coiffée de son costume de scène : une couronne composée de deux grandes cornes d’acier, paraissant aiguisées comme une lame de rasoir. Son partenaire tient le rôle du toréador dans la pièce qui va se jouer. Il se déleste de sa veste et se saisit d’une épée.

   La représentation commence. La jeune femme s’élance tête baissée vers son toréador qui écarte sa veste au dernier moment. La mise en scène amuse autant le public que les acteurs qui prennent goût à interpréter la scène. Les vieillards sont très réactifs et éclatent de rire face à cette parodie du célèbre sport espagnol. La femme-taureau s’élance une nouvelle fois vers son amant entouré des autres acteurs, et blesse au passage la main de l’un d’entre eux. Ce dernier lèche allégrement le sang qui s’en écoule. Les vieillards exultent, se cachent les yeux derrière leurs mains tellement la scène est percutante. Ils en veulent encore ! Les deux amants se refont face, se regardent avec un sourire complice. Transcendée par le public qui se déchaîne, la femme s’élance encore… Mais cette fois, le bel espagnol lui assène un coup : il plonge sa tige de métal dans le dos de celle qu’il aime. Cette dernière semble alors souffrir. Une souffrance qui lui fait perdre la tête… Alors que le jeune toréador ne prend pas garde, trop occupé à recevoir les acclamations et les jets de pièces du public qui n’a jamais vu un spectacle aussi réaliste, le Malin prend possession de la femme. Ses yeux se révulsent, et elle s’élance vers le toréador. Celui-ci se retourne au dernier moment, trop tard. L’acier tranchant des cornes lui déchire le ventre. Il s’effondre, en même temps que le taureau.

   L’amante reprend ses esprits. Ses yeux constatent avec horreur le carnage. Une pluie salvatrice se met alors à tomber, et lave le sang qui coule sur la terre asséchée. La femme regarde impuissante son compagnon agonisant au sol. La pluie chasse les vieillards qui s’en vont sans un mot. Les autres membres de la troupe ramassent leur gain de la soirée : le spectacle est terminé pour aujourd’hui. Une larme de sang s’écoule lentement le long de la joue de la veuve.

   « FIN ».

LKB & PtitGénie



   Une place perdue au milieu de nulle part, baignée d'une brume épaisse, comme pour la séparer du reste du monde. A quelle époque sommes-nous ? Nul ne le sait, et peu importe après tout. Au milieu de cet océan de brouillard nacré, un improbable tramway apparaît, glissant lentement. Un homme vêtu de noir en descend, portant à la main un bouquet d'œillets rouges sang. Il se dirige vers une entrée, à travers deux hautes grilles de métal. De hautes murailles entourent le lieu qu'elles referment, comme une frontière avec le monde extérieur. En ces lieux, la neige recouvre tout de son manteau apaisant, et la végétation florissante, bien que dépourvue de ses feuilles, montre que la Nature a depuis longtemps repris ses droits ici. Le silence est presque total. Tout ici semble retenir son souffle, les éléments sont présents, mais tout en retenue, comme s'ils avaient la pudeur de ne pas se manifester plus fortement. Tout est paisible, tout est immaculé. L'homme s'aventure lentement à travers les stèles, dalles imperturbables et immuables. Déjà, il sent la présence de sa bien-aimée, celle qu'il vient retrouver ici. Elle marche en même temps que lui, presque à côté de lui.

   Il attend, impatient, assis sur un monolithe de pierre, contemplant son bouquet. Deux mains se posent lentement sur ses yeux, et un sourire éclaire son visage. Pas n'importe quel sourire... Comme s'il n'y croyait pas. Il se retourne, une femme est là. Ils se prennent dans les bras. Leurs rires se mêlent tandis que les deux amants se retrouvent pour un moment de passion, intense, partagé en ce lieu de paix et de repos. Au détour de leurs vagabondages, ils croisent une biche qui les observe, gardien improbable des environs. L'homme offre le bouquet d'œillets à sa compagne, qui pose sa tête sur l'épaule de celui qu'elle aime. Le temps paraît s'être suspendu, les lieux eux-mêmes semblaient attendre ce moment, ce rendez-vous de deux amants. Ils se prennent dans les bras l'un de l'autre, se sourient, s'étreignent... Comme pour un ultime moment ensemble, pour en rattraper un autre qu'ils auraient laissé s'échapper.

   Mais déjà, la femme prend la décision d'achever ces retrouvailles, il est temps pour elle de repartir. Si tout se taisait déjà jusqu'à présent, le silence est maintenant assourdissant, pesant. Les deux amants se regardent longuement, une dernière fois. Un long regard profond, pénétrant. Un léger sourire se dessine sur le visage de la femme, elle veut rassurer son compagnon et lui éviter de la peine. C'est ainsi, elle doit se séparer de lui, et il est impossible d'y remédier. Alors à quoi bon les ressentiments... Elle se retourne, et court, disparaissant dans la brume, comme pour écourter au plus vite le moment des adieux, toujours trop douloureux. Où va-t-elle ? L'homme, lui, ne sourit plus. Il se dirige lentement vers la sortie, hagard. Plus rien ne semble vivre autour de lui. Il traverse une nouvelle fois les imposantes grilles qui referment les lieux, puis remonte dans le tramway, le bouquet de fleurs à la main. Il quitte là ce lieu de rendez-vous avec un amour perdu, ce cimetière qu'il ne connaît que trop bien.

LKB & PtitGénie


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