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Boutonnat : l'homme de l'ombreArticle de LKB

Boutonnat : l'homme de l'ombre


Depuis 1984, il est l'homme de l'ombre de Mylène Farmer. Avare de paroles, l'homme laisse peu de choses échapper sur sa vie. Voici ce que nous savons de lui...

Laurent Boutonnat naît le 14 juin 1961 dans le 14ème arrondissement de Paris. Son père, Pierre-Louis Boutonnat, est un grand chef d'entreprises. Sa mère, Marielle Brunher, élève Laurent et ses frères et sœurs.
C'est donc dans un cadre très aisé que Laurent évolue. Il fait ses études chez les jésuites, où il ne se plait pas. Ses passions à lui, ce sont la musique – il prend des cours d'harmonie et de piano dès l'âge de cinq ans, et surtout le cinéma. Dès le plus jeune âge, Laurent réalise de petits films avec le caméscope familial. On sait notamment qu'à l'âge dix ans, il a réalisé une retranscription de l'histoire de Bambi chez les humains.
A l'âge de quinze ans, il met fin à ses études pour se concentrer à sa passion. Il étudie chez lui, avec un professeur particulier, la philosophie et la littérature. Parallèlement à cela, il abandonne également l'apprentissage du piano et se consacre au théâtre.
Alors qu'un certain projet, nommé « Giorgino », fait son apparition dans son esprit, Laurent réalise un premier moyen-métrage, « La ballade de la féconductrice ». Tourné avec peu de moyens (près de 50 000 francs) entre les plages d'Etretat et Paris, avec des camarades de classe et son petit frère, ce film choc sera présenté au Festival de Cannes en 1980 et connaîtra quelques déboires… Il se fera par la suite interdire aux moins de dix-huit ans. Rappelons qu'à l'époque, Laurent en avait dix-sept… (Retrouvez la retranscription du synopsis du film sur le site). Le film restera seulement deux semaines à l'affiche à Paris, mais Laurent n'abandonne pas pour autant ses ambitions cinématographiques. Il fait ses armes en accompagnant pendant un an le grand reporter Jean-François Chauvel dans une série de reportages sur les énergies nucléaires. C'est là qu'il apprend le savoir-faire et la maîtrise de l'outil cinématographique.
Par la suite, Laurent s'attelle à un projet d'écriture ayant pour sujet l'infanticide. Ce projet ne verra finalement jamais le jour. C'est à cette époque qu'il écrit le premier jet de scénario pour « Giorgino », première ébauche qui, de son aveu, n'a pas grand chose à voir avec le film tel qu'il sera réalisé quelques dix années plus tard. Parallèlement, Laurent tourne quelques publicités, en France et à l'étranger, ainsi qu'une sorte de reportage commandé par sa maman, prônant les valeurs éducatives et la morale.

Avec un ami, Jérôme Dahan, il co-écrit une petite comptine aux paroles ambiguës. Son titre : « Maman à tort ». Jérôme Dahan accompagne le texte d'une petite musique enfantine. Le résultat est efficace et détonne dans le paysage musical français de l'époque. Les deux amis se mettent alors à la recherche d'une interprète. Ils pensent avoir trouvé la perfection en la personne d'une jeune fille de quinze ans, mais le projet n'aboutit pas, l'âge de la jeune fille posant trop de problèmes juridiques. Un casting est alors organisé, et parmi les dizaines de filles se présente une amie de Jérôme, un drôle de petit bout de femme aux cheveux bruns. Son nom : Mylène Gautier. Lorsqu'il la voit, Laurent décide que ce sera elle, et personne d'autre, avant même de l'entendre chanter, de son propre aveu.
Le single sort, Mylène Gautier devient Mylène Farmer, et après quelques débuts timides, « Maman à tort » fait son petit bout de chemin durant l'été 1984 et s'écoule finalement à environ 100 000 exemplaires.
C'est le début d'une collaboration plus que fructueuse, c'est même une complémentarité, une fusion parfaite entre Laurent et Mylène. Jérôme Dahan quitte assez rapidement le groupe, et un autre personnage important fait son apparition : Bertrand Le Page, qui sera manager de la chanteuse jusqu'en 1989. Mylène, Laurent et Bertrand forment un trio unique qui va bâtir un personnage, la légende de ce qu'est Mylène Farmer, encore aujourd'hui.
Laurent offre à sa muse des musiques toujours plus originales, toujours plus efficaces, avec un univers à part, un univers particulier que viennent appuyer les mots de Mylène, si justes, si poétiques. Laurent et Mylène font dès le départ le choix d'accorder une importance fondamentale à l'image. Cela permet à Laurent de se rapprocher un peu de son rêve en offrant au public de sublimes mises en image de leurs chansons. Les clips qu'il a réalisé pour Mylène Farmer sont une légende à eux tous seuls…
En 1989, Mylène part pour la première fois en tournée et, dans la continuité de ce qu'il a réalisé pour ses clips, Laurent réalise un véritable film du concert, capturant celui-ci dans la salle vide du Forest National de Bruxelles. Ces plans sont mêlés à d'autres réalisés lors de captations live en public.
Devant le succès de Mylène, Laurent peut enfin s'atteler réellement au projet qui lui tient tant à cœur, certainement le projet de sa vie. C'est avec Gilles Laurent qu'il réécrit le scénario de « Giorgino ». Il entame la pré-production en 1992, après avoir effectué l'année précédente quelques premiers repérages en Hongrie, à l'occasion des tournages de « Désenchantée » et de « Regrets » pour Mylène Farmer. C'est finalement en Slovaquie que le premier coup de manivelle est donné, dès janvier 1993. Le tournage dure cinq longs mois, dans des conditions très difficiles. Outre le froid, l'équipe, et Mylène en particulier, doit faire face à « une machine de guerre », comme le dira Laurent en parlant de lui. Il confesse que, dans un moment pareil, on ne pense plus à soi, ni aux autres, mais uniquement au film. C'est donc à un Laurent exigeant que Mylène doit faire face.

Après le tournage, Laurent s'attaque à l'enregistrement de la musique – qu'il compose évidemment lui-même, et à la pré-production. Le montage s'éternise pendant près d'un an. Il faut dire que Laurent a tourné près de quatre-vingts heures de film… Lorsque le film sort finalement le 05 octobre 1994, il dure près de trois heures, et a déjà été raccourci plusieurs fois. La critique est impitoyable, le public n'est pas au rendez-vous, le film est un échec. Laurent est blessé, meurtri… Il rachète tous les droits du film et le range dans un tiroir, ne veut plus jamais en entendre parler…
Il trouve cependant la force de rejoindre Mylène aux Etats-Unis pour enregistrer son quatrième album. Peut-être par envie, ou besoin de passer à autre chose, peut-être parce qu'ils sentent qu'ils doivent rebondir, l'un comme l'autre offre quelque chose qui tranche fortement, du moins au premier abord, avec tout ce qu'ils proposaient par le passé. Du côté de Mylène, une certaine forme d'optimisme, d'apaisement, transparaît dans ses textes, même si le côté sombre est toujours présent en filigrane. Du côté de la musique, donc du domaine de Laurent, les boîtes à rythme et les synthés sont quelques peu mis de côté au profit d'instruments acoustiques. L'ambiance musicale d'ensemble est plus rock, plus dans l'air du temps. D'autre part, le fait que Laurent ne réalise plus les clips de Mylène scelle cette rupture qui s'effectue avec cet album.
En 1997, après avoir réalisé le film de la seconde tournée de Mylène, Laurent fait une infidélité de taille à Mylène. Il remet au goût du jour l'hymne révolutionnaire cubain « Hasta Siempre », et recherche donc une interprète sachant chanter en français et en espagnol. Ce sera Nathalie Cardone, et le titre sera un des tubes de l'année. Laurent lui compose alors plusieurs chansons, et réalise la plupart des clips du premier album de la chanteuse, lequel ne rencontre cependant pas le succès escompté.
Laurent retrouve sa complice de toujours en 1998 pour enregistrer le cinquième album de la chanteuse, « Innamoramento », qui sort l'année suivante. En 2000, les deux acolytes créent un tube absolument imparable, une chanson pop intitulée « Moi… Lolita », en référence à Nabokov. Alors qu'ils cherchent une jeune interprète, ils tombent sur l'émission Graines de stars, dans laquelle une certaine Alizée, alors âgée de quinze ans, gagne l'émission en reprenant « Ma prière » d'Axelle Red. Ils lui créent un album entier, « Gourmandises », sorti en octobre 2000, et Laurent réalise deux des quatre clips des singles extraits de l'album. L'entreprise est un énorme succès.

Pour Mylène, Laurent revient enfin à la caméra en 2001, pour réaliser le clip d'une chanson inédite extraite de son premier best-of, « Les mots ». Il lui réalise également, l'année suivante, le très esthétique « Pardonne-moi ».
Par la suite, Laurent réalise avec Mylène le second album d'Alizée, ainsi que la tournée de cette dernière.
L'année 2005 est une année très chargée pour Laurent. D'une part, il participe avec Mylène à la conception de ses treize concerts exceptionnels et intransportables à Paris-Bercy. D'autre part, et c'est le plus important, il s'attelle à la réalisation de son deuxième long-métrage, « Jacquou le croquant ».
C'est en revoyant les épisodes de la célèbre série télévisée des années 60 que Laurent se décide de se replonger dans le roman d'Eugène Le Roy. Il se rend alors compte qu'il y a là matière a faire un film formidable. Il adapte donc l'histoire épique du jeune paysan au cinéma, avec Gaspard Ulliel dans le rôle-titre. Le film sort le 17 janvier 2007 et connaît heureusement un succès bien plus large que « Giorgino », puisqu'il atteint les 900 000 entrées. Le DVD du film, qui sort dix mois plus tard, atteint la troisième place des ventes à sa sortie.
Le succès retrouvé, Laurent se décide alors a faire l'impensable, à combler ses fans. Il accepte la sortie en DVD de son premier long-métrage ! « Giorgino », le film maudit, sort le 05 décembre 2007, soit treize années après sa sortie, dans une édition double DVD dans laquelle est inclus un DVD de bonus comprenant un making-of du film !

Laurent est un immense artiste, complet, passionné et donc passionnant. Souhaitons-lui encore de mener à bout les projets qui lui tiennent à cœur et de continuer à nous combler…

Article rédigé par LKB le mercredi 16 janvier 2008 (édité le 23/11/2015). Le contenu de l'article n'engage que son auteur (LKB).
    

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