ConnexionAccueil0 Commentaire

La musique de Laurent BoutonnatArticle de LKB

La musique de Laurent Boutonnat


Le « son » de Mylène Farmer est reconnaissable entre mille. Et si dès les premières notes, on reconnaît ses chansons, c’est bien grâce au talent et à l’inventivité si particulière de son compositeur attitré, Laurent Boutonnat. Petite analyse sans prétention de la musique de Laurent Boutonnat.

  Le propos n’est pas ici d’analyser l’aspect mélodique de la musique de Laurent Boutonnat. Vous ne trouverez donc pas d’informations concernant la tonalité de telle chanson ou les accords de telle autre. Cette analyse se limitera à ce qu’un auditeur lambda peut remarquer dans la musique de Laurent Boutonnat.
On pourrait résumer celle-ci à un mélange d’efficacité et d’originalité. Pour commencer, il est important de remarquer que la musique de Laurent laisse principalement la part aux synthés, ils sont même l’essentiel de sa production. Cela donne lieu à des sons de synthé particuliers qui deviennent immédiatement reconnaissables, comme le synthé qui introduit « Sans contrefaçon », ou encore celui qui introduit « C’est une belle journée », mais aussi « Sans logique », « Regrets »… Dans le même ordre d’idée, la batterie est souvent synthétique chez Laurent Boutonnat. Dans les années 80, c’est bien sûr la batterie électronique qui prime, comme il se devait à l’époque. Par la suite, la véritable batterie a fait son apparition sur l’album « Anamorphosée » et primera alors sur les albums de Mylène. Mais certains titres bénéficient tout de même de percussions électroniques, comme « California », « Eaunanisme », « L’âme stram gram », « Optimistique-moi », « L’histoire d’une fée, c’est… », « C’est une belle journée », « Dans les rues de Londres », « Aime », « Nobody knows » et bien d’autres… Ces dernières années, les compositions de Laurent sont d’ailleurs le plus souvent un savant mélange d’instruments réels et synthétiques.
A ceci, on peut ajouter que Laurent Boutonnat semble avoir une passion pour les samples les plus divers et variés. Chœurs religieux ou grégoriens, vagissements, cris de femmes ou d’hommes, bêlements de mouton, miaulements de chats et autres bruits d’animaux, rires de Mylène, répliques de Greta Garbo, bruits de C.B. de police américaine, « This is a blank formated disket », réplique du film « Elephant Man », et la voix de Mylène, trifouillée et trafiquée dans tous les sens, accélérée, ralentie, plus grave, plus aiguë, doublée, triplée et plus encore. Bref, Laurent a un goût pour les sons étranges, bizarroïdes, qu’il couple a d’autres sons plus inquiétants. Chez Laurent, on retrouve souvent des nappes de synthé dans des tons très graves, qui donnent une dimension mystique et installent une atmosphère plus inquiétante dans ses compositions.

  Penchons-nous maintenant sur la structure d’une chanson de Laurent Boutonnat. La plupart suivent le format radio de base, à savoir intro, premier couplet, refrain, deuxième couplet, refrain, pont, refrain ad libito (répété encore et encore), et éventuellement outro (conclusion intrumentale). On note que les intros de Laurent sont souvent très fortes, et que dès les premières notes, la chanson qui suit est reconnaissable. Laurent, qui a le sens du gimmick entêtant, se révèle particulièrement doué pour offrir des intros absolument géniales. Parmi les plus efficaces, on gardera évidemment celle de « Sans contrefaçon », et des autres grands tubes comme « Désenchantée » ou « Pourvu qu’elles soient douces ». D’autres comme celles de « Sans logique », « C’est une belle journée », « Vertige », « Je te rends ton amour », « Je t’aime mélancolie », « Fuck them all », et tant d’autres qu’il faudrait citer sont particulièrement réussies. Le premier couplet qui suit résulte souvent d’une sorte de cassure qui le sépare de l’intro en lançant le rythme de la chanson. Pour illustrer cette phrase un peu obscure, prenons quelques exemples. L’intro de « Désenchantée » commence assez calmement avec ces accords de piano si bien connus, puis brusquement, les notes s’emballent et le premier couplet commence, accompagné de la batterie. On retrouve ce procédé avec des chansons comme « A quoi je sers » ou encore « Que mon cœur lâche ». Durant ce premier couplet, la basse est généralement croissante jusqu’au refrain.

  Là encore, Laurent Boutonnat excelle dans l’art de créer des refrains diablement entêtants. Cela tient certainement au fait que la plupart des mélodies se limitent à seulement quelques notes qui s’enchaînent pour former un ensemble marquant et difficile à se retirer de la tête. Le deuxième couplet reprend, le refrain est répété, puis vient le pont, encore un des points forts de Laurent. Il introduit généralement dans cette partie instrumentale au milieu d’un morceau un nouveau gimmick instrumental, ultra entêtant donc ultra efficace, qui sera répété en boucle jusqu’à la fin de la chanson. Parmi les ponts les plus magistraux de Laurent, on notera le synthé de « Sans contrefaçon », les fausses trompettes de « Désenchantée », la guitare de « California », la fausse flute d’« Innamoramento », le clavier de « Je t’aime mélancolie », les guitares électriques de « Que mon cœur lâche »... Beaucoup de ponts bénéficient également de chœurs, de Mylène ou d’autres, comme sur « L’amour naissant » et ses chœurs africains. Pour Mylène, on retiendra les ponts de « Sans logique », « Optimistique-moi », « L’amour n’est rien… » et beaucoup d’autres.
Après ce pont, les refrains reprennent, répétés en boucle avec ce fameux gimmick musical. La chanson se termine éventuellement par une fin instrumentale, appelée outro, comme « Avant que l’ombre… », « Innamoramento », « L’histoire d’une fée, c’est… », « Ainsi soit je… »…

  Tout cela est diablement efficace donc. Mais la musique de Laurent ne se limite heureusement pas à cet aspect commercial et plus formaté. Il lui arrive parfois de se lâcher totalement et d’offrir de véritables bijoux, originaux, décalés, de véritables OVNI dans la production française. Chaque album dispose d’au moins un titre de ce genre. « Chloé », « La ronde triste », « Psychiatric », « Alice », « Mylenium », « Porno Graphique », mais encore « Vieux bouc », « The Farmer’s conclusion », « Nobody knows ». Beaucoup de faces B inédites sont des titres de cette teneur, comme « L’annonciation », « Mylène is calling » ou « Effets secondaires ». Ces titres n’obéissent à aucune règle, sont un festival expérimental de sons étranges, de voix déformées, de samples… Ainsi les couplets d’« Alice » sont chuchotés, la voix de Mylène déformée rythme toute la chanson « Psychiatric », « Mylene is calling » réutilise – selon la légende – un message que Mylène aurait laissé sur le répondeur de Laurent… Ces titres, méconnus du grand public, sont des merveilles d’originalité.

  Le véritable talent de Laurent Boutonnat réside dans l’âme qu’il apporte à ses compositions grâce à son originalité. Espérons qu’il continue encore longtemps à offrir ce talent à Mylène, des compositions originales et diablement efficaces, tantôt rapides, tantôt pleines d’émotion….

Article rédigé par LKB le mardi 15 janvier 2008 (édité le 23/11/2015). Le contenu de l'article n'engage que son auteur (LKB).
    

Vos réactions

Attention, vous n'êtes pas connecté ! Connectez-vous en cliquant ici. Le retour sur cette page sera automatique.