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Au LecteurChanson de Mylène Farmer (2018)

Paroles : Charles Baudelaire - Musique : Feder
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Paroles de Au Lecteur

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine
Occupent nos esprits et travaillent nos corps
Et nous alimentons nos aimables remords
Comme les mendiants nourrissent leur vermine

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches

Sur l’oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d'un pas
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme
Une vieille orange

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie
N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins
C'est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents
Les monstres glapissants, hurlants, grognants
Rampants
Dans la ménagerie infâme de nos vices

II en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C'est l’Ennui ! L’œil chargé d'un pleur involontaire
II rêve d'échafauds en fumant son houka
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !

TO THE READER

Folly, error, sin, avarice
Occupy our minds and labor our bodies,
And we feed our pleasant remorse
As beggars nourish their vermin.

Our sins are obstinate, our repentance is faint;
We exact a high price for our confessions,
And we gaily return to the miry path,
Believing that base tears wash away all our stains.

On the pillow of evil Satan, Trismegist,
Incessantly lulls our enchanted minds,
And the noble metal of our will
Is wholly vaporized by this wise alchemist.

The Devil holds the strings which move us!
In repugnant things we discover charms;
Every day we descend a step further toward Hell,
Without horror, through gloom that stinks.

Like a penniless rake who with kisses and bites
Tortures the breast of an old prostitute,
We steal as we pass by a clandestine pleasure
That we squeeze very hard like a dried up orange.

Serried, swarming, like a million maggots,
A legion of Demons carouses in our brains,
And when we breathe, Death, that unseen river,
Descends into our lungs with muffled wails.

If rape, poison, daggers, arson
Have not yet embroidered with their pleasing designs
The banal canvas of our pitiable lives,
It is because our souls have not enough boldness.

But among the jackals, the panthers, the bitch hounds,
The apes, the scorpions, the vultures, the serpents,
The yelping, howling, growling, crawling monsters,
In the filthy menagerie of our vices,

There is one more ugly, more wicked, more filthy!
Although he makes neither great gestures nor great cries,
He would willingly make of the earth a shambles
And, in a yawn, swallow the world;

He is Ennui! — His eye watery as though with tears,
He dreams of scaffolds as he smokes his hookah pipe.
You know him reader, that refined monster,
— Hypocritish reader, — my fellow, — my brother!

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