ConnexionAccueil0 Commentaire

Christophe Mourthé (Photographe)Interview Photographes - 2003

Comment avez-vous rencontré Mylène Farmer ?
C’était au début de sa carrière, en 1984. Je venais de créer, avec le maquilleur et coiffeur Denis Menendez, "Casanovas" : des images de personnages dans le style du XVIIIe siècle, dans des palais vénitiens. Bertrand Lepage, manageur de Mylène, m’a invité. Il voulait que je prenne une photo avec elle. Il pensait que mon monde visuel était assez cohérent avec le sien. J’ai donc rencontré Mylène. Elle était incroyable.

Et vous faites des photos ensemble ?
Pas tout de suite. Nous nous voyions, nous discutions de nos univers respectifs. Et, plus nous passions du temps ensemble, plus nous sentions l’un et l’autre que nous avions beaucoup de points communs, que nous nous comprenions d’un regard. Au bout de quelques mois, la relation est devenue très fusionnelle. Laurent Boutonnat était très occupé et, du coup, Mylène passait la majeure partie de son temps avec moi. Une véritable passion amoureuse a fini par naître. J’étais convaincu que Mylène était la femme de ma vie.

Cette passion était réciproque ?
Je crois. Nous vivions une romance sublime, avec quelque chose de très enfantin, sans bien savoir ni l’un ni l’autre les limites à ne pas dépasser. Le secret, l’obligation de cacher l’intensité de nos rapports nourrissaient aussi cette histoire. Je crois d’ailleurs que cette intimité absolue m’a permis d’obtenir des choses rares, uniques, lors de mes prises de vue avec elle.

Justement, comment se déroulaient vos séances de photos ?
Tout était simple, facile. Mylène était radieuse, riait. Elle se livrait totalement devant l’objectif. Nous nous amusions à commenter les clichés ratés. Je crois savoir qu’elle est beaucoup moins cool aujourd’hui, qu’elle exige la destruction des clichés qui ne lui plaisent pas. Je distribuais des dizaines d’images « libres de droits » pour illustrer des articles. Mylène me payait tout, les photos, les sorties, tout. Elle était aussi très exclusive dans notre collaboration.

C’est-à-dire ?
Elle acceptait mal que je travaille pour d’autres artistes. J’ai eu droit à une véritable crise le jour où elle a appris que Jakie Quartz souhaitait travailler avec moi. Quand Mylène a su que j’avais accepté, elle m’a demandé combien cette séance devait me rapporter et m’a fait un chèque du montant exact en me glissant : « Tu n’iras pas ! » J’étais amoureux, j’ai cédé.

Et quels étaient vos rapports avec Laurent Boutonnat ?
Je le voyais très peu, à la différence de Bertrand Lepage qui était très présent. Nous passions souvent des soirées entières, Mylène, Bertrand et moi. Des soirées largement arrosées de Dom Pérignon et d’autres choses. C’étaient les années 80 et, pour la plupart des gens du show-biz, c’était normal. Bertrand Lepage était un type brillant, génial, mais aussi très autodestructeur. C’était ça l’environnement de Mylène à l’époque. Seul Laurent Boutonnat était clean à ce moment.

Vos rapports privilégiés ont-ils eu une influence sur elle ?
J’ai vraiment apporté ma pierre à l’édifice. C’est en grande partie grâce à moi que Mylène a adopté la couleur rousse en s’inspirant de l’un de mes « Casanovas ». D’ailleurs, quand je regarde la star d’aujourd’hui, je n’ai pas l’impression d’un grand changement. Son photographe « officiel » n’a pas transformé cette image. Il l’a juste renforcée, mais Mylène est devenue plus aseptisée, une icône intouchable.

Pourquoi avoir cessé cette collaboration ?
Il y a eu un clash ou, plus exactement, une déchirure. Nous sommes partis en vacances ensemble. Laurent Boutonnat devait venir avec nous. Évidemment, je craignais le pire, vu l’intensité de mes relations avec Mylène. J’ai donc demandé à une amie de m’accompagner. Mais les rapports entre les deux filles sont très vite devenus explosifs. L’ambiance était très tendue. J’ai craqué et je suis allé finir mes vacances ailleurs avec mon amie. Mon histoire avec Mylène devait s’arrêter là.

Depuis, vous l’avez revue ?
Jamais ! Mylène m’a rappelé à la fin des vacances. Elle voulait continuer à travailler avec moi. J’avais accepté un rendez-vous auquel je ne suis pas allé. Quelque chose s’était cassé et il m’était impossible de devenir, auprès d’elle, un « simple » photographe. Cette rencontre m’a collé à la peau pendant des années. Ce fut une période de vrai bonheur et un moteur dans ma carrière. Mon seul regret : avoir laissé passer une femme.


VSD - 20/11/2003
    

Vos réactions

Attention, vous n'êtes pas connecté ! Connectez-vous en cliquant ici. Le retour sur cette page sera automatique.