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Jean-Pierre Varin (Dresseur d'animaux)Interview Giorgino - 2003


Ce dresseur d’animaux, dont l’équipe a également collaboré avec Mylène pour le clip Beyond my control en 1992, nous explique comment la scène finale de Giorgino a été conçue…

Quand la production m’a contacté, en septembre 1992, pour cette scène finale, avec des centaines de loups qui accouraient vers le cimetière, je n’y ai pas cru ! Dans le film, théoriquement ce sont des loups qui sont censés courir vers le cimetière où se trouvaient Mylène Farmer et Jeff Dahlgren, mais en fait, ce sont des chiens gris. Avec des loups c’était carrément irréalisable, parce que très dangereux. Les réalisateurs demandent souvent des choses, et dans le domaine des scènes avec des animaux, ils ne se rendent pas compte de ce que cela implique. Quand vous mettez vingt ou trente chiens ensemble, vous avez déjà des problèmes de hiérarchie, de mâle dominant, de bagarres, etc. Alors, rendez-vous compte, avec deux cents chiens !
Le premier problème a été de réunir un si grand nombre d’animaux. Tous ces chiens, il fallait bien que je les trouve quelque part ! Au départ, les éleveurs n’étaient pas très chauds pour me laisser leurs bêtes, qu’ils soignent en vue de gagner des concours ; en plus, les éleveurs sont concurrents entre eux et se détestent souvent. J’avais bien prévenu Laurent que ça allait coûter, et de l’aspect inhabituel de sa demande. J’ai donc mus deux mois et demi avant de trouver des gens qui étaient d’accord pour me prêter leurs animaux, dans toute la France. J’ai dû prendre des assurances énormes sur chaque chien, m’assurer qu’il y aurait des vétérinaires dans le convoi, etc. Le second problème, c’est qu’il a fallu que chaque éleveur qui acceptait de prêter ses bêtes accepte également d’assurer le dressage dans son propre centre, selon nos méthodes, puisque je ne pouvais pas prendre tous les chiens chez moi. Peu à peu, nous avons réuni chaque groupe de chiens par régions, pour finalement faire une grande répétition finale avec tous les animaux, en éliminant ceux qui étaient trop agressifs. Le dernier problème, c’est que notre départ a été retardé d’au moins un mois et demi, parce que le pauvre Laurent n’avait pas de neige sur place ! On a donc dû attendre, tout en continuant l’entraînement.
Nous sommes finalement partis de la France pour rejoindre la Slovaquie, en mars 1993, avec deux semi-remorques, qui transportaient en tout deux cents quatre chiens, sur trois étages de chenil. C’était assez impressionnant. Le voyage, qui s’étalait sur deux mille kilomètres, a duré trois jours. On a traversé l’Autriche, mais on ne pouvait pas traverser la Suisse, par exemple, parce que la législation sanitaire de ce pays l’interdit. Toutes les trois heures, les semi-remorques s’arrêtaient sur un parking d’autoroute. On construisait un chenil avec des grilles, et on faisait sortir les chiens, un camion après l’autre, pour qu’ils puissent boire, manger et faire leurs besoins. Heureusement, les chiens s’entendaient bien, et on a pu en mettre certains deux par cage.
Le tournage de cette scène finale a eu lieu dans le parc naturel des Tatras, en Slovaquie, qui était gardé par des types avec des fusils à lunettes. Tout chien qui foutait le camp était abattu ! Rendez-vous compte de l’ambiance ! Au départ, Laurent voulait que les chiens soient à huit cent mètres du cimetière, et qu’ils arrivent en ligne. Ce n’était pas possible avec ce nombre, car certains sont plus rapides que d’autres. On a donc décidé que les bêtes convergeraient à leur rythme vers le cimetière. Comme les chiens devaient se déplacer seuls dans la neige, on a construit une sorte de grillage tout autour du parc, hors caméra, afin qu’ils ne puissent pas s’échapper.
Pour que les animaux se déplacent vers le même endroit, on a utilisé des stimuli sonores, auxquels les chiens avaient été habitués pendant leur dressage en France. A l’appel de ces stimuli, ils avaient leur nourriture. Les gamelles étaient placées derrière les caméras. Donc, pour se replacer dans le contexte du film, les chiens avaient leur récompense une fois qu’ils avaient traversé le cimetière. Les deux cents chiens étaient répartis par groupes de trois, et on avait construit des grands panneaux devant eux. Au signal, les techniciens qui devaient déclencher les stimuli grâce à un mégaphone étaient enterrés dans la neige, et ils deviane tégalement faire tomber à distance ces grands panneaux, pour libérer les chiens. On a tourné la scène trois fois, et les chiens sont tous allés au bon endroit, sauf pour une scène où on a eu que deux groupe de chiens au lieu de trois, puisqu’un panneau n’était pas tombé ! La scène est coupée avant qu’on puisse s’aperçevoir que les chiens ne sont pas des loups. Au départ, il a été question de les teindre, mais là encore, teindre deux cents chiens, bonjour le travail !
Une fois la scène tournée, donc hors film, Mylène et Jeff se sont retrouvés entourés par les chiens, mais sans pouvoir les toucher, puisque les chiens voulaient manger après avoir été « stimulés ». Si Mylène les avait touchés, sa main aurait été pour eux un bout de viande… En tout cas, elle n’a pas du tout eu peur, car elle aime beaucoup les animaux. Tout s’est finalement passé sans problème, dans une très bonne ambiance.
Actuellement, ce type de scène n’existerait plus. On ferait ça avec vingt chiens, démultipliés par images de synthèse. Laurent Boutonnat est le seul à ma connaissance, avec Luc Besson, à vouloir du « vrai » pour ses films…

Instant-Mag - 2003
    

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