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Paul Amar (Animateur)Interview Médias - 2003


Quelques jours avant son grand retour sur la scène de Bercy, Mylène crée l’événement en accordant une longue interview à Paul Amar sur Paris Première. L’entretien est courtois et intelligent, un des plus intéressants dans la petite histoire farmerienne.

Comment avez-vous réussi à persuader Mylène Farmer d’accepter une interview télé aussi longue ?
Je ne sais pas ce qui l’a conduite à accepter, mais je sais que j’en ai été très honoré et flatté car c’est quelqu’un qui se faisait, et qui se fait toujours, très rare à la télévision.

A la fin de l’entretien, elle vous a dit que c’était la dernière fois qu’elle se prêterait à ce jeu de l’interview fleuve. Comment avez-vous reçu cette remarque ?
Très bien. Je crois qu’elle a bien aimé faire cette émission, mais ce genre d’exercice lui coûte beaucoup. C’est une véritable épreuve pour elle !

A de nombreuses reprises pendant l’émission, vous semblez surpris par la femme que vous avez en face de vous. Vous dites plusieurs fois : « Je vous découvre ». Vous attendiez-vous à trouver quelqu’un d’autre ? Que connaissiez-vous de Mylène Farmer ?
J’étais assez néophyte en la matière, je le concède. Je la savais discrète et mystérieuse, et je ne connaissais d’elle que ses chansons les plus célèbres. Mais j’aimais cette différence qu’elle avait, et qu’elle a toujours, et le côté subversif de ses textes. J’avoue que je l’ai trouvée bien plus grave que ce que j’imaginais. Il y a chez elle une blessure, j’oserais dire une fêlure. J’ai d’ailleurs retrouvé cela dans son livre, « Lisa-Loup et le conteur », que j’ai lu avec grand intérêt.

J’ai le sentiment que vous vous attendiez à interviewer une starlette écervelée et que vous avez découvert une femme cultivée…
Non, ce n’est pas exact. Je savais qu’elle écrivait elle-même ses textes, donc je n’ai pas été surpris par sa culture. J’ai en revanche été impressionné par son propos que j’ai trouvé très construit. Elle est complètement ailleurs, mais en même temps très au fait des choses, avec une vision très claire du monde qui l’entoure.

A-t-elle participé au choix des sujets abordés ?
Non. J’ai pour principe de ne jamais rencontrer mes invités afin de conserver toute la spontanéité de notre échange et de me maintenir en danger. C’est pourquoi, dans le cas de Mylène Farmer, j’avais préparé une émission dans un registre très sombre alors que, sur le plateau, j’ai découvert quelqu’un de bien plus lumineux et de très souriant. Je crois que, à cette époque, elle allait beaucoup mieux que par le passé. Elle m’a dit d’ailleurs qu’elle avait enfin trouvé la lumière, même si elle gardait sa part d’ombre.

Est-ce que son management ou sa maison de disques vous ont adressé des exigences, des recommandations ou des conditions pour cette interview ?
Je n’en impose aucune à mes invités donc je veux la même liberté. S’il y a eu des négociations quelconques, je n’y ai pas été mêlé. Je peux simplement dire qu’on a tourné très tard le soir, vers minuit, mais je ne sais pas si c’était une exigence de sa part.

Ce n’était pas votre habitude de tourner à cette heure-là ?
En fait, d’ordinaire, on tournait deux émissions à la suite, deux soirs par semaine, le lundi et le mercredi. Une en direct à vingt heures, et l’autre plus tard dans la soirée. Mais là, c’était particulièrement tard.

Cela n’a pas empêché le public de venir nombreux contre la vitrine du plateau (l’émission ayant pignon sur rue). Vous vous en étonnez d’ailleurs plusieurs fois pendant l’interview…
Oui c’est vrai.

Mylène savait-elle qu’il y aurait un public si près d’elle ? Comment se comportait-elle avec ses fans ?
Je ne sais pas si elle était au courant. Je l’ai trouvée à la fois distante et chaleureuse avec le public. J’ai d’ailleurs trouvé ses fans très respectueux. Ils n’ont en aucune manière perturbé la bonne tenue de l’émission, et j’ai beaucoup apprécié cela.

Certains ont pris des photos à travers la vitrine. Mylène a-t-elle montré de l’agacement par rapport à cela ?
Je n’ai pas remarqué que ces clichés volés l’embêtaient plus que ça.

A-t-elle eu un droit de regard quant au rendu final de l’émission ?
Non, je refuse systématiquement. C’est un principe. D’autant qu’il n’y a quasiment pas eu de montage. C’était tourné dans les conditions du direct. Et puis nous n’avions pas trop les moyens de faire un montage de toute façon.

Vous avez diffusé un sujet sur les coulisses de notre magazine qui, à l’époque (en 1996), s’appelait le « Mylène Farmer fanzine », après quoi vous lui avez posé des questions sur son rapport avec les fans et elle était embarrassée. Comment expliquez-vous cela ?
Je crois qu’elle est très prudente par rapport à cela. Notamment à cause du drame survenu dans sa maison de disques quelques années auparavant. Je pense qu’elle accepte d’être aimée – elle fait même sans doute ce métier pour cela – mais refuse d’être vampirisée.

Votre entretien était ponctué de longs silences pendant lesquels vous regardiez Mylène fixement. Dans quel état étiez-vous alors : surpris, hypnotisé, dubitatif, inquiet ?
D’une manière générale, j’aime beaucoup les silences dans une interview. Ils ont souvent beaucoup de sens. Pour ce qui est de mon regard fixe sur Mylène Farmer, j’étais simplement très intéressé par elle. Je sentais que j’avais une vraie personnalité en face de moi.

Pour bon nombre d’admirateurs de Mylène Farmer, cet entretien reste l’un de ses plus beaux moments de télévision. Elle y parle longuement, se laisse filmer dans la rue, accepte d’être à quelques centimètres du public et même de se faire photographier. Comment avez-vous réussi cette performance ?
Je n’aime pas dire cela, mais je crois simplement qu’elle a fait une exception pour moi. J’imagine qu’elle avait un avis favorable sur moi et sur mon parcours. Quoi qu’il en soit, j’étais très touché.

L’avez-vous revue depuis ?
Je l’ai vue en concert à Bercy. Après le concert, je suis allé la voir en coulisses. D’ailleurs elle a mis un temps fou à sortir de sa loge. Mais c’était un échange très furtif, il y avait beaucoup de monde.

Mylène Farmer et vous - 2003
    

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