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Agnès Mouchel (Monteuse)Interview Clips - 2004

À propos du travail sur les clips :
La responsable post-production me demande si je veux monter un clip que fait Movie Box. C’est comme cela que je rencontre Laurent Boutonnat. Dans ce cas, nous opérons forcément sur la musique, on y va pas à pas, plan par plan. Laurent est très minutieux, nous passons le temps qu’il faut : ce n’est pas un travail à la chaîne, on ne quitte la salle que lorsqu’on est content ! J’ai, avec lui, une vraie complicité, il est très drôle. Il n’y a aucune ombre au tableau, nous sommes en tête-à-tête, loin du stress du tournage où il faut diriger une équipe. Nous aurons des relations professionnelles pendant 10 ans, on se voit quelquefois, en dehors du travail. De temps en temps, Mylène passe au montage, elle reste avec nous plus ou moins longtemps, donne son avis, Mais comme ils sont tous deux sur la même longueur d’onde, elle a rarement une remarque négative. Toutefois, elle ne participe pas vraiment à l’élaboration : nous lui montrons les grandes étapes et elle est tout le temps ravie, car Laurent, toujours très soucieux de son image, la sert bien. Elle n’a aucune raison de se plaindre, elle passe seulement pour le plaisir.


À propos du temps de montage de Pourvu qu'elles soient douces :
Nous n’avons pas de "délais", mais en fonction de la difficulté, cela peut être plus ou moins long. Cette fois, je crois que l’on met 5 semaines.

Chaque travail de montage de clip est différent. Ce ne sont pas les films qui ont l’air les plus compliqués qui sont les plus difficiles à monter. Paradoxalement, Regrets nous prend beaucoup de temps pour trouver le bon rythme. Par exemple, l’ordre des plans déambulatoires, dans le cimetière, n’est pas écrit à l’avance : c’est assez compliqué à apprécier parce que les choix sont plus grands.

Le dernier clip que j’ai monté, c’est Beyond my control. Luc Besson en signera un autre, juste avant Giorgino, mais je ne ferai pas partie de cette équipe. Depuis le début de notre aventure professionnelle avec Laurent et Mylène – de Libertine à Giorgino – je garde un souvenir extraordinaire de notre collaboration. 10 ans – presque 10 ans – merveilleux. J’ai beaucoup appris, j’étais très gâtée, je ne renie rien, c’est une grande période de ma vie où nous nous rencontrions parfois en dehors de nos activités. Laurent est très cinéphile, il voit beaucoup de films chez lui. Au début du laser disc, il s’est offert un écran géant et parle souvent de Kubrick, Lynch... Ce sont ses références cinématographiques. Quant à Mylène, j’avais d’excellents rapports avec elle : dans la vie, c’est quelqu’un de tout à fait courtois, charmant, calme, très attentif, à l’écoute des gens. Cependant, l’image qu’elle donne correspond à une réalité, car elle est aussi tourmentée. Je la trouvais très pince-sans-rire, avec un esprit mordant, dure avec elle-même, exigeante. Dans un repas en ville, dans l’intimité, elle est quelqu’un d’assez simple, de "normal" avec qui on peut discuter de tout et de rien. Lorsque je l’ai connue à ses débuts, elle doutais beaucoup d’elle. Elle formait avec Laurent un duo qui s’entraidait mutuellement. Je sais que Mylène avait un peu peur d’être envahie par certains fans. Elle était harcelée, sans arrêt, des gens dormait en bas de chez elle... Il y avait tout le temps du monde, jour et nuit, c’était assez pesant.


A propos de Giorgino :
Le scénario est très bien écrit, il ne faut pas supprimer des séquences ni les inverser. On fait un premier montage de tous les plans, ensuite on peut les abréger. Sur Giorgino, on n’a pas, à mon avis, assez raccourci. Le film est un peu long, mais c’est ce que veut le réalisateur. Autour de Laurent, nous sommes trois (l’assistant, le stagiaire et moi), avec énormément de matériels et de manipulations : 9 mois, c’est beaucoup et nous ne chômons pas !


A propos du deuxième montage de Giorgino :
On essaie de dynamiser le film, mais je n’ai pas le souvenir d’avoir supprimé des séquences entières par rapport à ce qui a été écrit. On les a un peu raccourcies, sans plus. Dans la version définitive, nous aboutissons à 2h57...


Annie & Bernard Réval pour 'De chair et de sang' - 06/09/2004