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Francis Barrois (Régisseur général)Interview Giorgino - 2004

À propos de Giorgino :
Je sors alors de Germinal, le film de Claude Berri avec Gérard Depardieu, Miou-Miou et Renaud. Nous étions dans le Nord de la France, dans le charbon pendant près de 6 mois. Du jour au lendemain, pratiquement, je pars sur Giorgino. Et je me retrouve dans un enfer blanc en pleine Slovaquie, il fait très froid, il y a beaucoup de neige. Passer de Germinal à Giorgino, ce n’est pas tout à fait le même genre ! Le travail est intéressant des deux côtés, mais ce n’est pas évident de débarquer sur un film où tout a été préparé, avant, par d’autres personnes. Je démarre donc des mois de tournage non-stop avec Laurent et Mylène – 20 semaines je crois... Ce n’est pas vraiment "le premier film" de Laurent. Il a tourné La ballade de la féconductrice à la fin des années 70. Quand on réalise une œuvre internationale de cette importance, il existe une grande pression, on ressent cela sur tous les tournages. Celui-là est plus particulièrement difficile : les conditions sont impensables, dues au froid, à la langue, avec une équipe lourde et des aspects compliqués. C’est ainsi sur tout le film où il y a une logistique pointue.

Nous ne sommes pas beaucoup de français. Si mes souvenirs sont bons, c’est juste au moment où la Slovaquie et la République Tchèque se sont "séparés". À Prague, nous retrouvons une vie un peu plus normale. On trouve des restaurants, alors qu’en Slovaquie, quand on rentre tard à l’hôtel, c’est tout juste s’ils veulent nous servir le repas du soir. Dans ce cas, il faut dîner dans notre chambre, puis on dort quelques heures. La difficulté est là, car nous avons une longue route à faire. Beaucoup de maquillages aussi, la préparation des comédiens le matin. Dès le début, j’ai une bonne accroche avec Laurent, c’est quelqu’un de très courageux, qui a plein d’idées. Il en veut et il est passionnant ! Il a investi de l’argent – "ils" ont investi de l’argent tous les deux. C’est un truc qui s’est emmanché difficilement au départ. Je n’ai pas suivi tout le montage, les préparatifs. En définitive, Giorgino est pour moi une superbe découverte. Je ne peux pas dire que j’ai pris du "plaisir", on ne peut pas appeler ça du plaisir parce que c’est très difficile, mais j’ai aimé faire ce film. Il fera partie des réalisations qui marqueront ma vie professionnelle, de même que ma rencontre avec Mylène et Laurent.

Nous passons 5 ou 6 mois ensemble, ce sont des expériences inoubliables. Je trouve Mylène formidable, une "pro", comme sur scène. Beaucoup de courage ! Nous enregistrons le film en anglais avec une petite équipe française, un noyau, et nous sommes "contraints" à parler l’anglais, pratiquement à longueur de journée. Nous vivons de grands moments (rires) : le tournage de la scène du pensionnat, ce n’est pas racontable ! Mylène, pendant Giorgino, vit complètement cette aventure tout en étant "tranquille" : elle peut se balader n’importe où. Nous allons dans des endroits très sympathiques, à Prague, sans qu’elle soit ennuyée. Nous sommes 4 ou 5 personnes, tout le temps. Je connais son impossibilité à se promener dans certaines villes, et là, vraiment, c’est quelque chose d’extraordinaire, on vit une superbe liberté. Mylène représente pour moi la force du film : elle est investie dans ce projet, de A à Z. Malgré toutes les difficultés qu’on peut lui faire subir, elle est toujours là, super pro.

Le film n’a pas le succès escompté. Ce long-métrage a beaucoup de qualités, mais aussi de gros défauts, on pourrait en parler longuement. Pour moi, il sera à l’origine d’une superbe rencontre avec Mylène et Laurent, avec qui j’aurai à nouveau l’occasion de travailler, par la suite.


À propos des shows de Mylène :
C’est extraordinaire ce qui se passe sur ses concerts. Je ne connais pas beaucoup d’artistes qui puissent réaliser des shows aussi important que les siens. Que l’on aime ou pas Mylène Farmer, ça vaut le coup d’y aller au moins une fois ! Quand on voit le délire, à Bercy ou ailleurs – je cite Bercy parce que c’est, à mon avis, la salle la plus impressionnante – je comprends que ce soit grisant pour elle, et pour le monde qui gravite autour.


Annie & Bernard Réval pour 'De chair et de sang' - 06/09/2004