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François Meylan (Moniteur d’équitation au Centre de Conches)Interview Enfance & Adolescence - 2004

Mylène et moi avons tous les deux 16 ans. Je suis moniteur en formation. Lorsque j’arrive à Conches au mois de juin 1977, elle est déjà là, son visage chaussée de petites lunettes. Je me souviens même du premier repas que nous prenons en commun – nous sommes tous des gamins. L’humour nous rapproche. Je la remarque parce qu’elle est très différente des autres, elle nous dit souvent : « Moi, je veux être dans le show-biz...! » Elle ne sait pas trop si ce sera du théâtre ou du cinéma, mais elle soutient mordicus : « Moi, je vais faire ça ! » Sa façon de s’habiller n’est pas conventionnelle. L’hiver suivant, elle porte une grande cape avec un béret, lors d’une sortie à Paris. Personne ne s’habille comme ça, elle crée déjà son style ! Au centre, nous avons des responsabilités : les sauts d’obstacles, le dressage, l’accompagnement des promenades et puis tous les travaux : nettoyer les box, enlever le fumier ! Mylène n’est pas une stagiaire comme les autres, je n’ai pas vraiment d’ascendant sur elle, car elle fait partie du staff - elle reste la plus grande partie de l’été, prends des leçons gratuites et, en échange, accepte de s’occuper de ce que nous appelons "la popote". Elle prépare les repas, imagine les menus, dresse la table... Nous mettons au point les différentes animations, tous ensemble, une véritable vie en communauté. C’est un bon souvenir, on rit toute la journée. Même dans les situations pas toujours agréables, on s’amuse. Étudiants, stagiaires, nous sommes tous copains, très soudés, avec la même passion du cheval.

Le 9 septembre 1978, pour la Fête de l’Humanité, nous formons le projet d’aller voir Genesis ensemble. Au dernier moment, Mylène ne peux nous rejoindre, je ne sais plus bien pourquoi, mais nous nous retrouvons après le concert, avec des copains, près du Parc des Princes pour aller prendre un verre. Je la revois encore, elle rit, il fait très beau. Ce soir-là, on bavarde, assis dans l’herbe, c’est sympathique. Mylène va avoir 17 ans !

Depuis la fin des années 70, nous nous sommes perdus de vue. Pendant une séquence de Lahaye d’honneur (l’émission de Jean-Luc Lahaye), je vois "Mylène Farmer" ! Évidemment, depuis le centre équestre, elle a changé complètement de look, mais je la reconnais, c’est un flash. Au début, le nom ne me dit rien, mais dès qu’elle apparaît, je sais que c’est elle, il n’y a pas de doute : son petit sourire m’est familier ainsi que sa façon de baisser les yeux et de regarder en bas. Aussitôt, je grimpe sur ma moto, je vais à la sortie des studios, et je tente de discuter avec elle et avec son manager, Bertrand Le Page. Je me présente : « Je suis un ancien de Conches ». Il me répond : « Mylène est dans la voiture, à l’arrière, avec sa sœur ». Je m’avance... Elle ne me reconnaît pas. Ai-je changé à ce point ? À l’époque, au centre hippique, j’avais les cheveux longs un peu dans l’esprit "peace and love", là j’ai quelques années en plus ! Lorsque je lui rappelle les stages d’été, elle me répond simplement : « Écoutez, j’ai la mémoire qui flanche... » Alors, j’essaie d’évoquer un maximum de souvenirs, en un temps record, mais rien n’y fait... Elle a déjà un statut de "star". On ne se reverra jamais, malheureusement...


Annie & Bernard Réval pour 'De chair et de sang' - 06/09/2004