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Jean-Louis Viau (Conseiller historique)Interview Clips - 2004

Pourvu qu'elles soient douces

Un jour, Carine Sarfati vient à la boutique, pour de la documentation. On discute et elle me propose de rencontrer Laurent Boutonnat. Ainsi, nous travaillons ensemble pendant plusieurs jours, dans la forêt de Rambouillet, principalement sur les scènes de bataille. En tant que conseiller militaire, j’ai un uniforme qui me permet de me glisser parmi les troupes et de prendre des photos sans me faire remarquer – cela m’évite de faire le pitre, en orange fluo, au milieu des gens costumés ! Je porte l’habit anglais et je joue au figurant !

Dans un film, on est parfois appelé au dernier moment, et en général, c’est pour sauver les meubles ! Laurent Boutonnat est, manifestement, un type passionné par le cinéma. Dès la préparation, je suis frappé par la volonté de toute l’équipe d’agir proprement : je suis amené à entraîner les figurants – et je peux vous dire qu’apprendre le maniement d’armes du XVIIIe siècle, ce n’est pas facile ! J’ai un premier contact dans les bureaux de production, porte Maillot. Dès le début du tournage, lorsque je vois travailler Mylène, je sais que j’ai affaire à une véritable professionnelle, elle n’est pas une fille qui se la joue... Dans la fameuse scène où elle apparaît en chemise de nuit – au moment où l’on fouette le jeune tambour – je la vois attendre pendant un temps fou, jusqu’à ce que tout le monde soit prêt à démarrer : elle ne s’impatiente pas et recommence la séquence autant de fois qu’il le faut. J’ai l’occasion de déjeuner à sa table ; on discute, il n’y a pas de problème, c’est une personne tout à fait "normale". Elle porte le poids du film sur ses épaules, pourtant, jamais je ne la sens "vedette", méprisant les gens, etc. Au cours du repas, je lui pose des questions sur son métier de chanteuse et elle me répond avec naturel. J’ai le souvenir d’une femme tout à fait disponible, et lorsque je prends congé, à la fin, elle me fait la bise spontanément – je sais que cela se fait, dans ce milieu, mais elle n’est pas obligée d’embrasser le conseiller historique !

Tout à la fin du clip, elle prend le petit tambour par l’encolure, et sautant sur son cheval, fonce sur les troupes qui s’ouvrent, au dernier moment, pour la laisser passer. Elle s’enfuit. Je rencontre pour la première fois Mario Lurashi. Je sais que Mylène monte bien, pourtant cette séquence-là se révèle délicate à réaliser : lancer un cheval sur une forêt de baïonnettes, ce n’est pas évident ! Mario lui montre comment faire, Mylène enchaîne quelques essais, et à chaque fois, le cheval se dérobe. Au bout de plusieurs prises, elle est assez énervée, en proie à une espèce de rage (« je vais y arriver ! ») et elle passe ! Alors, à la fin de la scène, à l’instant où Laurent crie : « Coupez ! », tous les figurants applaudissent spontanément : nous nous étions rendus compte de l’obstacle, c’était très dur et elle y est arrivée ! Cette salve d’applaudissements m’a donné des frissons !


Annie & Bernard Réval pour 'De chair et de sang' - 06/09/2004