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Bernard Violet (Écrivain)Interview Médias - 2005


Auteur d'une biographie

Rencontre avec « Bernard qui ? », le biographe du petit scandale, auteur de la biographie au goût de souffre parue en 2003.

Pourquoi Mylène Farmer ?
Je n’étais pas fan… A l’adolescence, j’étais plutôt Jacques Brel ou Georges Brassens. Jusqu’au jour où je commence à entendre parler de Mylène Farmer de plus en plus autour de moi, par des neveux et des nièces qui étaient fans. Et puis surtout, ce fut Johnny Hallyday qui m’en avait parlé, en me disant que c’était la seule artiste féminine qu’il admirait, la seule capable de monter des spectacles à l’américaine comme lui. C’était vraiment la seule référence musicale qu’il m’avait donnée. Là, je me suis dit : « Tiens, il y a quelque chose ! ». Et puis, dès qu’il y a un mystère, j’ai envie d’en savoir davantage, surtout que c’est fascinant un mystère comme celui d’un personnage comme ça. Mylène, c’est un phénomène musical extraordinaire, comparable à celui de Johnny. Tout deux ont des dizaines de milliers de fans, un peu fous parfois. J’ai proposé l’idée de faire une biographie sur elle à mon éditeur, Fayard, qui a dit « Banco ! », même si, comme moi, il ne connaissait pas non plus grand-chose à Mylène Farmer. Il m’a fait confiance et je me suis mis à travailler, comme un journaliste lambda. J’ai préparé pendant six mois une très grosse documentation sur elle, avec ses prestations télé, les articles de la presse écrite, les sites Internet… J’ai pu ainsi établir une chronologie claire et nette. Puis ce fut un travail sur le terrain pour mieux connaître mon héroïne, avec les gens de son entourage, ses collaborateurs…

Que vouliez-vous apporter par rapport aux autres biographies sur l’artiste ?
Ce qui m’avait frappé, c’était que les biographies précédentes se ressemblaient toutes, se pompaient les unes les autres. Elles faisaient juste un travail de compilation. Et surtout, j’avais remarqué qu’elles ne racontaient rien sur son enfance. C’était maxi dix lignes sur les vingt premières années de sa vie. Ca m’a paru étrange, embêtant et intéressant à creuser, d’autant plus que s’il y avait vraiment un mystère, c’était sûrement dans ces années-là. Dans toutes les biographies que j’ai écrites, la période de l’enfance de mes héros me passionne, car c’est là en général qu’on trouve les clés de destins futurs, dans les relations avec les parents, les traumatismes, etc. Ca m’a obsédé : l’enfance de Mylène Farmer ! C’est pour ça que je suis allé au Canada, car ça m’a surpris qu’au travers des milliers d’articles qui ont pu lui être consacrés, pas un seul journaliste n’aie trouvé le temps et le courage d’aller au Canada, alors qu’elle y a passé près de huit années de sa vie ! Ca ne vaut que quatre cents euros ! Sur place, pendant huit jours, j’ai pu rencontrer des gens passionnants, grâce à des adresses que j’avais comme le collège Sainte Marcelline, où j’ai été très bien reçu par la Mère Supérieure, qui m’a renvoyé vers la première institutrice de Mylène. C’était extraordinaire, d’autant plus qu’elle est rousse ! Cette femme, qui a appris à lire et à écrire à Mylène, est rousse ! Le peu d’interviews qu’a faites Mylène sont des mines d’or quand on sait les décrypter : on y trouve des pistes de travail intéressantes. Dans l’une d’elles, elle dit être tombée amoureuse de cette institutrice. Est-ce ceci qui l’a poussée à se décolorer les cheveux ? J’ai rencontré aussi les Dufresnes, les meilleurs amis des parents Gautier, qui m’ont raconté des anecdotes de l’enfance de Mylène, dont certaines sont assez significatives, comme la fameux bain de jus de tomate (rires) ! J’ai fait au Canada une quinzaine de rencontres avec des amis d’enfance de Mylène, des enseignants, des amis de ses parents dont on ne savait rien ou presque jusqu’ici.

Que pensiez-vous de l’artiste avant d’écrire sur elle ?
J’ai appris à l’aimer. J’ai écouté tous ses disques, vu tous ses clips. J’ai travaillé rigoureusement, j’ai pris tout ce que je pouvais. Il y a juste le concert de 1989 que j’ai eu du mal à me procurer. Il y a quelque chose de fort chez Farmer, sur le plan musical, les textes. J’ai rencontré un univers très original.

En tout, combien de temps les recherches et la rédaction du livre vous ont-elles pris ?
Deux ans. Mais je pense honnêtement qu’il me manquait six mois et cela aurait été très bien de le faire paraître au printemps, au moment de la sortie du disque. Mais bon, j’avais une date butoir pour la remise du manuscrit.

Étiez-vous certain que la biographie aurait du succès malgré le fait qu’il y ait déjà maintes biographies sur Mylène ?
Tout dépend du traitement, si la biographie apporte ou non des éléments nouveaux. D’autant que quand j’écris, j’essaye de partir totalement vierge, sans préjugés, et c’est seulement quand j’ai amassé suffisamment de matériaux que je peux me permettre de prendre position, de faire certains commentaires, sachant que les faits doivent toujours être précis, exacts, authentifiés. Il y a près de mille notes dans ce livre. Et dans les autres biographies, il y avait des erreurs vraiment grossières de lieux, de dates. Même certains sites sur elle l’appellent encore Marie-Hélène !

Avez-vous fait des démarches pour la rencontrer ?
Bien sûr ! Je fais d’abord un travail de documentation et une enquête sur le terrain, puis j’essaye de rencontrer la personne, en général un an et demi après avoir commencé à travailler. J’ai sollicité Mylène par courrier et j’ai eu une réponde de Thierry Suc. Au nom de Mylène et Laurent Boutonnat, il m’a dit très justement que c’était un principe chez eux de ne jamais collaborer aux biographies. Je n’en suis pas resté là quand même ! Quelques mois plus tard, j’avais des choses à demander, concernant deux faits précis que je venais de découvrir et donc il ne vaudrait mieux pas parler dans votre magazine (rires)… Je l’ai fait par écrit, une heure après, je recevais un fax de Mylène elle-même (rires) ! J’étais très étonné, car dans ce genre de situation, les artistes préfèrent faire intervenir leur avocat. Là, c’était bien elle qui m’envoyait ce courrier, tapé à la machine, mais signé de son nom. Elle avait très mal pris mes questions, les trouvant insultantes. On a échangé ensuite deux autres fax. Je les ai envoyé trop rapidement, car je sentais qu’elle était prête à collaborer avec moi. Elle s’était braquée. Mais je la rencontrerais peut-être un jour…

Le livre devait-il s’appeler à la base « Le bon plaisir de Mylène Farmer » ?
Non, c’est une rumeur qui a couru sur les sites Farmer. Celle-ci et celle selon laquelle j’aurais récupéré des factures de chirurgie esthétique. J’ai commencé à répondre à ce genre de rumeurs tout de suite. On disait aussi que la biographie allait être interdite alors qu’aucun de mes livres n’a jamais été interdit. Par contre, ces mêmes sites n’ont pas publié mes droits de réponse…

Vous attendiez-vous à un tel séisme médiatique ?
Marc-Olivier Fogiel m’avait demandé l’exclusivité. Je n’ai pas trop bien préparé l’émission et j’ignorais que cela allait faire partie d’une séquence appelée « Controverses ». Là, c’était le traquenard (rires) ! Je comprends, car dans ce genre d’émissions, on est obséquieux avec les stars et les hommes politiques, mais avec ceux qui ont une petite notoriété, comme moi, ça ne se passe pas pareil. Je n’avais pas la possibilité de me défendre, j’étais outré. Mais bon, je suis passé plutôt pour victime, ce qui est positif pour moi. J’ai reçu de très gentils messages de la part des fans. Chez Laurent Ruquier, c’était pareil, surtout que dans cette émission il y avait Valérie Mairesse qui hait Mylène Farmer depuis cette histoire avec Bertrand Le Page : il avait été viré comme un malpropre par Mylène et Valérie lui en veut. Et comme mon bouquin est plutôt positif sur Farmer, forcément on m’est tombé dessus, surtout Annie Lemoine qui déteste mes livres. Voilà pourquoi Mylène ne va plus à la télé : cela devient de plus en plus des jeux de massacre.

Pensez-vous que l’on a surtout retenu de votre biographie l’anecdote de la moufette ?
Une anecdote intéressante qui ne tient que sur deux pages maxi. Intéressante pour deux raisons : d’abord parce que ça peut expliquer certains clips comme « Je te rends ton amour » ou « Beyond my control » qui avaient fait scandale. Ensuite, j’y apporte un éclairage psy sur une des clés de ce traumatisme de son enfance qui a pu jouer un rôle important. Et quand le magazine « VSD » a choisi trois extraits de mon livre, ils ont repris cette anecdote du jus de tomate, ainsi que « Voici », alors qu’il y avait d’autres choses ! Les journalistes sont fainéants, ils ne lisent pas les bouquins… Ils se contentent de picorer des bribes, dont cette anecdote… C’est le jeu médiatique… Cela crée des polémiques et les gens adorent le scandale.

Comment vous êtes-vous procuré les photos d’enfance de Mylène que l’on a pu voir dans un numéro de « VSD » notamment ?
Pas de commentaires (rires) ! Tout ce que je peux dire, c’est qu’elles viennent du Canada, je crois.

Quelles ont été les réactions des fans ?
Il y a eu un vent de folie quinze jours avant la sortie du bouquin. Après, j’ai eu de beaux échos. Je ne touche pas au mythe, j’apprends des choses sur l’enfance et l’adolescence de Mylène, je fais des analyses de chansons et de clips qui ne sont pas mauvaises, avec des éclairages nouveaux. Au contraire, je donne une part d’humanité à Mylène qui renforce son mythe. D’ailleurs, vous remarquerez que je ne parle nullement de ses liaisons sentimentales, j’ai respecté sa vie privée. Elle est cohérente avec elle-même sur ce sujet en n’exhibant pas sa vie amoureuse, du coup je n’y ai pas touché non plus.

Pourquoi ne pas avoir publié les lettres que Mylène vous a envoyées ?
Je n’ai jamais dit que je le ferais. C’est privé, mais en revanche j’en fais référence dans le livre. Peut-être les rajouterai-je quand je le réactualiserai (rires)… Non, ce qui m’a irrité, c’est que l’avocat de Mylène Farmer a téléphoné à mon éditeur concernant la sortie du livre. Je ne l’ai pas bien pris car je travaille en toute transparence et je n’aime pas tellement ce genre de pression.

Est-ce que des passages ont été retirés ?
Non, mais il a été relu. Je fais toujours relire mon manuscrit. C’est mon avocat qui relit pour savoir ce qui pourrait poser problème. Autant se protéger car un procès prend du temps et n’apporte rien. Et Mylène n’a pas bougé.

Et pourquoi ne pas avoir utilisé de photo de l’artiste en couverture ?
On s’y est pris un peu tard. Quinze jours avant la sortie du livre on a demandé une photo à Thierry Suc et Mylène refusé. Problème de droit à l’image. D’où mon idée de la rose et de la colombe. La rose faisant référence au bain de jus de tomate (rires) ! On aurait pu mettre un dessin comme d’autres l’ont fait ou juste mettre son nom. C’est un peu embêtant, cette histoire de photo.

Pensez-vous avoir réellement cerné la personnalité de l’artiste ?
Non. Je l’ai appréhendée de près. J’ai précisé des éléments de sa carrière, notamment avec des faits liés à son enfance. Mais c’est très complexe, une personnalité, pour être cernée totalement.

Votre regard a-t-il changé sur elle au fur et à mesure de la réaction du livre ?
Tout à fait. Je suis tombé amoureux !

Avez-vous écouté son dernier album ? Si oui qu’en pensez-vous ?
Oui. Je le trouve plus fade (rires) ! C’est peut-être le fait de l’âge. C’est bien fait, très agréable à écouter, mais on a besoin de plusieurs écoutes, même s’il y a une ou deux chansons qui émergent. Je trouve que ça correspond à l’évolution de sa carrière, elle s’est assagie, elle a relativisé certaines choses par rapport à son vécu et ses amours.

A combien d’exemplaires le livre s’est-il vendu à ce jour ?
Trente mille. Il va bientôt sortir en poche, avec une photo en couverture.

Comment interprétez-vous la remarque amusée de Mylène sur vous lors de la conférence de presse en décembre dernier ?
C’était un grand soulagement. J’étais au courant par un ami journaliste de cette conférence. Je l’ai vue sur MCM. Elle a été très bien avec cette pirouette « Bernard qui ? ». Elle aurait pu me descendre, dire que tout était faux et tout le monde l’aurait crue, mais elle ne l’a pas fait. C’était très positif et très gentil à mon égard. C’est une bonne femme très élégante, sans coups bas. Elle peut certes se montrer très dure avec ses collaborateurs et c’est normal, mais humainement parlant, c’est la grande classe. Avec ses références culturelles, elle tire les gens, dont ses fans, vers le haut, elle ne choisit pas la facilité. C’est le reflet de sa personnalité. Elle est sincère et généreuse derrière cette apparente froideur. Elle est fascinante, attachante et humaine. En fait, c’est son père tout craché !

Si vous aviez des compléments à rajouter à votre biographie sur Mylène, de quelle nature seraient-ils ?
J’espère la réactualiser bientôt, après ses concerts de 2006. Et quand on se rencontrera, car je suis sûr que l’on se rencontrera, cela prendra une dimension supplémentaire. Je crois que globalement elle aime mon livre, même s’il est parfois un peu critique. J’y ai mis une part d’humanité qu’on ne connaissait pas avant et il y a eu un respect mutuel.

Et si vous aviez un message à lui adresser, quel serait-il ?
Mylène je t’aime (rires) !

Mylène Farmer et vous - 2005
    

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