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Jean-Claude Perrier (Écrivain)Interview Médias - 2005

Auteur du livre Mylène Farmer, Au cœur du mythe

Rencontre avec l’auteur du controversé « Mylène Farmer, Au cœur du mythe ».

Vous avez entre autres une bibliographie historique et romanesque. Pourquoi écrire alors un livre sur Mylène Farmer, d’autant que vous avouez ne pas en être fan ?
Je suis aussi journaliste musical et fan de chansons. Ecrire sur Mylène était une idée de mon éditeur, Bartillat. On a cherché l’artiste français qui pourrait nourrir le plus une réflexion, qui ait un monde suffisamment intéressant pour susciter un bouquin. Il fallait un univers, pas seulement des anecdotes. Mylène s’y prêtait tout à fait, surtout qu’à l’époque, il n’y avait quasiment rien d’écrit sur elle. Quant au fait de ne pas être fan, je le dis clairement : je ne suis pas fan, car pour moi un fan est un admirateur exclusif, ce que je ne suis pas. Il y a beaucoup d’artistes que j’aime. Mylène est une artiste qui m’intéresse, mais pas exclusivement. C’est pourquoi certains ont été étonnés : ils pensaient que je n’aimais pas Mylène, du tout. Alors qu’en fait, je n’aime pas que Mylène…

Ne pensiez-vous pas que les fans purs et durs en savaient déjà autant que vous, voire plus sur le sujet ?
Sûrement ! De toute façon, ce n’est pas une biographie. Je n’ai pas cherché à être exhaustif et ça ne m’intéressait pas. Les fans que j’ai rencontrés auraient pu m’aider, mais je ne leur ai pas demandé. Mon idée n’était pas de faire une mini-thèse sur Mylène, de compter tous ses singles, etc. Ca je m’en fous complètement. Effectivement, les fans peuvent en savoir plus sur moi, mais en revanche, et je le revendique, c’est un regard critique et un peu ironique. Je suis journaliste, donc à même de décrypter les choses pour les éclairer d’une certaine façon. C’est cela qui a hérissé le poil de certains fans…

Avez-vous, pendant l’écriture de votre ouvrage, souhaité rencontrer Mylène Farmer pour en savoir un peu plus ?
Non, parce que je savais que de toute façon, ça ne se ferait pas. Je n’ai absolument rien demandé, ni à elle, ni à Laurent Boutonnat, ni à Thierry Suc, ni à la maison de disques, je m’en foutais complètement. Je savais qu’ils refuseraient, ou que ça traînerait, ou bien, s’ils acceptaient, qu’il y ait des contreparties, comme la relecture du manuscrit. C’est un livre qui a été fait sans la vedette. C’est pour ça que ce n’est pas une biographie, c’est un essai.

Vous décrivez de manière assez précise l’endroit où vivait Mylène Farmer. Ne pensez-vous pas que vous donniez des pistes pour savoir où elle habitait ?
Non, car tout d’abord je n’étais pas sûr que c’était bien là. Je n’en sais rien, c’est ce que disaient les fans. Je les ai accompagnés une fois en fin de journée. Il n’y avait personne sur le banc, pas de gardes du corps, c’était un immeuble du XVIème arrondissement très bourgeois et très banal. Ca me faisait marrer. Du coup, j’ai raconté le hall de l’immeuble et puis basta ! De toute façon, que ce soit le vrai ou non, mon idée n’était de révéler l’adresse de Mylène, sinon j’aurais donné le numéro, si ça avait été le but de la manœuvre…

Il y a de nombreuses erreurs dans votre livre. L’aviez-vous fait relire par des fans avant de le faire publier ?
Il doit y avoir quelques erreurs factuelles, oui. Sur les histoires de clips, c’est assez complexe, on me l’a signalé. A l’époque, je m’étais servi de ce qui existait déjà pour comparer. Lors d’une nouvelle édition, on revérifiera tout, il ne doit pas y avoir grand chose, je crois qu’il n’y a qu’un clip qui n’est pas totalement bien retranscrit…

Plusieurs en fait…
Oui, mais c’est tellement chiant les clips ! C’est d’un compliqué. Les castings n’étaient pas clairs, il y aurait un clip qu’elle aurait réalisé elle-même, etc. Ca dépassait ce que je voulais faire. Le plus marrant, c’était d’analyser les clips à ma sauce. J’ai fait ce que personne n’avait fait. Je me suis admiré de m’être farci tous les clips à la suite, en boucle, c’était une épreuve ! Et je suis l’un des rares mortels à m’être tapé « Giorgino » intégralement, crayon à la main et ça c’est un exploit, j’en suis fier !

Pourquoi une photo de concert pour représenter le livre ?
Parce qu’aucune agence de photos n’a voulu vendre un cliché de Mylène Farmer… Il y a embargo. A l’origine, c’était une parade, puisqu’on ne pouvait pas avoir de photos de Mylène. J’étais enchanté de cette couverture. Imaginez que nous soyons à Bercy, les lumières viennent de s’allumer et l’artiste va arriver sur scène et on ne la voit pas. J’ai trouvé ça finalement plutôt pas mal… On s’est bien tirés d’une chose qui était à la base un handicap.

Le site de la FNAC avait indiqué une réédition avec une photo de la star par Ellen von Unwerth, mais ça n’est jamais paru, pourquoi ?
De mon livre ? Première nouvelle ! Je ne savais pas du tout (rires) ! Mais maintenant que Mylène a repris du service, on songe à une nouvelle édition où j’intégrerais le nouvel album, les nouveaux clips, en voyant s’il y a continuité ou changement.

Quelles ont été les réactions des fans au moment de la sortie du livre ? Le contexte était plutôt mouvementé, non ?
Il y a eu de tout. Il y a eu des fans enchantés, mes copains notamment. Sur certains sites, au contraire il y a eu des discussions à n’en plus finir avec des gens qui râlaient. En fait, on trouvait deux sortes de râleurs : ceux qui pointaient du doigt sur les détails qui n’allaient pas et ceux qui étaient hystériques, qui disaient que je proférais du mal sur leur « Ange », avec tous les excès que vous pouvez imaginer. J’ai fait une émission de télé chez Ruquier. Il avait invité un fan sur le plateau. J’étais très triste pour ce garçon qui était très timide et intériorisé, qui se retrouvait dans cette espèce de foire, censé me poser des questions embarrassantes. Mais une fois qu’il avait relevé les quelques erreurs, il n’avait plus rien à dire… il avait perdu son temps car il n’avait rien à vendre, il ne connaissais pas le monde des médias alors que je le pratique un peu. Par contre, ça a eu un effet positif pour mon livre.

A combien d’exemplaires s’est-il vendu ?
Un peu plus de 25 000 exemplaires vendus. Pour votre gouverne, je suis assez fier, car pour le livre de Mylène elle-même, on en est à 31 000… On aurait pu s’attendre à plus, mais il y a eu beaucoup de retours, c’était un livre assez cher pour les jeunes.

Votre livre s’achève justement sur la sortie de « Lisa-Loup et le conteur ». L’avez-vous lu depuis ?
On avait sorti mon livre avant le sien, exprès. Du coup, j’étais passé pour un expert sur elle ! J’ai lu son livre quand il est sorti. Ca m’a un peu emmerdé, j’ai pas trouvé ça terrible. On voit bien que c’est du Mylène, on reconnaît bien ses thèmes. Je trouve qu’elle est meilleure sur un texte bref quand dans un machin un peu long où l’on se demande ce qu’elle veut en faire… Je ne la sentais pas à l’aise. Et puis la forme était assez impressionnante, ça a dû dissuader plus d’un fan. Ce n’était pas un livre très chaleureux, on n’avait pas envie de se plonger dedans avec cette typographie rouge et noire, ces petits dessins…

Mylène Farmer et vous - 2005
    

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