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Jean-Marie Perrier (Photographe)Interview Photographes - 2005


Période Innamoramento

Rencontre avec le photographe Jean-Marie Perrier, qui revient pour nous sur sa célèbre séance photo avec Mylène lors de son grand retour de 1999.

Pour nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous nous parler un peu de vous ?
En tant que visiteur de ma vie, j’ai exercé plusieurs « métiers » sans aucun autre plan de carrière que celui que m’a dicté le hasard… J’ai donc été photographe dans les années 60, puis metteur en scène dans les années 70. Ensuite, j’ai commis des films publicitaires aux Etats-Unis pendant dix ans. Depuis mon retour en France en 1990, j’alterne entre les photos, les films et les livres. Bref, je m’occupe ! Ma vie valait la peine d’être vécue et je n’en reviens pas d’être encore là.

Comment avez-vous rencontré Mylène ?
A Los Angeles, où j’ai eu le privilège de déjeuner avec elle. Je ne la connaissais pas et j’ai été séduit par son incroyable faculté d’écoute et d’intérêt qu’elle sait porter aux autres. Une artiste qui peut parler d’autre chose que d’elle-même est, croyez-moi, une denrée des plus rares. Je n’avais pas rencontré cette qualité d’attention depuis Simone Signoret.

Comment perceviez-vous son univers musical ?
J’étais depuis longtemps aux USA et je n’en connaissais pas grand chose…

Aviez-vous regardé le travail des autres photographes qui avaient déjà travaillé avec Mylène ?
Non. Je ne connaissais que quelques-uns des très étonnants clips qu’elle avait tournés avec Laurent Boutonnat. Leur sens commun du spectacle et leur obsession du détail m’avaient effectivement beaucoup plu.

Qui a eu l’initiative de la célèbre séance photo de 1999 ?
C’est le journal « Elle » qui me l’avait proposé. J’y travaillais alors parce que ma sœur, Anne-Marie, le dirigeait.

Mylène est très exigeante en ce qui concerne son image. Vous avait-elle donné des instructions particulières ?
Elle ne m’avait pas donné d’instructions, elle m’avait seulement prévenu gentiment qu’un objectif la rendait marteau et que l’acte d’être photographiée la transformait en quelqu’un d’autre. C’était vrai, rien à voir avec la personne au charme si attractif. C’était une sorte d’OVNI silencieux qui évoluait sur son coussin d’air en évitant les regards. Elle s’asseyait joliment comme un oiseau timide en me lançant de temps en temps un regard qui disait qu’elle ne détesterait pas que tout ça s’arrête. De toute manière, j’étais séduit, puisque je n’ai d’attirance que pour les gens qui n’aiment pas se faire photographier.

De cette séance, on ne connaît que quelques photos, alors que vous avez dû en faire beaucoup. Que sont devenues les autres ?
Prévenu de son appréhension, j’avais décidé d’exécuter ces photos en Polaroid 18x24, afin qu’elle puisse voir les images tout de suite. Après chaque pose, elle regardait la photo attentivement, puis sans dire un mot, elle la déchirait. Cette franchise-là, qui eut pu énerver un photographe « normal », me plaisait énormément. J’ai toujours considéré que la personne photographiée a tous les droits et que si elle est devenue cette icône adulée des gens, c’est grâce à des obsessions qui lui sont propres et qui ne regardent qu’elle. Donc après chaque destruction d’une image, j’en faisais une autre. Sur les cinquante qu’on a faites cet après-midi-là, il en reste quelques-unes. Et c’est très bien comme ça.

Combien de temps cette séance a-t-elle duré au final ?
L’après-midi.

Quel souvenir en gardez-vous ?
Le souvenir d’une franchise qui me donnait envie de lui faire plaisir.

Dans votre livre, vous évoquiez votre surprise devant le comportement de Mylène lors de cette séance. Pensez-vous qu’elle agisse ainsi avec tous les photographes ?
Oui, je le suppose. Ou alors, je lui faisais peut-être peur. Après tout, on ne se connaissait pas.

Peter Lindbergh disait qu’avec lui, elle avait mis beaucoup de temps à se sentir en confiance et qu’au fur et à mesure de la séance, elle devenait de plus en plus belle. Avez-vous eu le même ressenti en la photographiant ?
J’aime beaucoup Peter Lindbergh, mais pour moi, ça, c’est une phrase de photographe. Je répugne à théoriser sur les photos que je fais.

Avez-vous gardé contact avec elle ?
Oui, nous nous sommes croisés et j’ai même eu envie de travailler avec elle sur autre chose. Mais ça, c’est une autre histoire…

Pouvez-vous nous parler un peu de la séance photo réalisée pour Alizée ? Est-ce Mylène qui en a eu l’initiative ? Etait-elle présente également ? Comment s’est comportée Alizée ?
C’est moi qui avait proposé à « Paris Match » de la mettre en couverture avec Henri Salvador, du temps où j’avais encore de l’estime pour lui. La plus jeune et le plus vieux des chanteurs m’avait semblé être une belle idée. J’ai donc profité de cette séance pour faire quelques photos d’elle. C’était une jeune fille qui se comportait comme telle.

Seriez-vous prêt à refaire une séance avec Mylène un jour ?
Elle a mon numéro et la voir est toujours un enchantement. Donc c’est quand elle veut, même sans faire de photos.

Quels sont vos projets actuels ?
Rester vivant encore une quinzaine d’années…

Mylène Farmer et vous - 2005
    

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