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Y-Front (Remixeur)Interview Remixes - 2005

Libertine et Fuck them all

Le groupe français Y-Front officie depuis une bonne dizaine d’années et allie électro-indus novateur et morceaux déjantés, comme en témoignent leurs remixes très personnels de « Libertine » et « Fuck them all ». Interview avec Syd, le chanteur du groupe.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour que nos lecteurs fassent plus ample connaissance avec vous ?
Nous sommes quatre dans le groupe : David, guitariste, Jack, claviers, RV, batteur et Syd (moi), le chanteur. Nous avons déjà sorti deux albums, « Patchwork of a happier place » qui est industriel, et « Mellow cosmos », qui est un mix entre l’énergie « rock » amenée par les guitares et la batterie et un son plus électro. Pour le remix de Mylène Farmer, nous avons principalement travaillé à deux, David et moi.

Vous avez débuté en 1997 sur le label Boucherie Productions en pratiquant une musique électro-indus, dans la lignée de groupes comme les Young Gods. Comment se porte actuellement ce courant en France et dans le monde en général ? Qui en sont les têtes de file ?
En France, c’est une scène assez réduite, il y a assez peu de groupes dans ce style et les maisons de disques françaises sont trop frileuses pour développer des artistes de ce genre. Je trouve ça dommage, car il y a un vrai public, c’est le même qui s’intéresse à Nine Inchs Nails, Marilyn Manson, ou des choses plus électro comme Fisherspooner, le label DFA… et même certains DJs.

Est-ce que l’explosion de groupes électro tels Daft Punk ou Air, en 1999/2000, vous ont aidé à faire passer une musique qui n’était pas comprise au début des années 90 (je pense notamment à Boucherie, qui donnait à l’époque plus sa place à des groupes punks alternatifs ou musette) ?
Non je ne pense pas, on n’a pas grand-chose à voir avec ces deux groupes, mis à part l’utilisation des machines.

On vous retrouve en 2003 sur le « Remixes » de Mylène Farmer, pour le mix de « Libertine ». Comment vous êtes-vous retrouvés sur ce projet ?
C’était l’idée de sa maison de disques, Polydor, pour qui nous avions déjà travaillé auparavant. On nous a proposé de faire ce remix en sachant que ce n’était pas du tout sûr qu’il soit accepté car j’imagine qu’elle (ndlr : Mylène Farmer) n’avait jamais entendu parler de nous.

Mylène Farmer est-elle quelqu’un que vous écoutiez quand vous étiez adolescents ? Comment vous est venue l’idée de faire ce « Libertine » très « eighties » et surtout très déjanté ?
On écoutait plutôt de la musique anglo-saxonne indé et rock, mais on connaissait pratiquement tous les singles de Mylène par la radio, la télé… « Libertine » nous semblait être un bon choix car c’est un des plus vieux titres, ce qui nous a permis de faire une réactualisation assez facilement tout en gardant son format « single », une sorte de « 80’s électroclash » avec des guitares.

Comment s’est concrètement passé le travail de mix ? Combien de temps avez-vous eu ? Votre travail était-il soumis à quelqu’un pour validation ?
On a eu les voix seules puis on a refait tout l’instrumental, on avait envie que les sons soient plus organiques avec une basse disco et granuleuse en fil conducteur. David a fait des guitares dans les refrains qu’on a complètement découpés et remontés, ce qui nous a permis de rendre le titre un peu plus décalé.

Appréciez-vous les DJs à côté desquels vous apparaissez sur cette compile ? Quels sont vos morceaux préférés dessus ?
J’aime beaucoup le dernier album de Felix da Housecat et son remix sur cet album, mais ce sont les remixes de One-T et le nôtre que je préfère !

Des gens autour de vous ont-ils été surpris de cette « association » plus commerciale que ce que vous aviez l’habitude de faire ?
Non au contraire, notre entourage a plutôt trouvé que c’était une bonne idée. Même si la musique de Mylène est populaire, je n’ai pas l’impression que son image soit commerciale.

Avez-vous rencontré Mylène ou bien eu un feedback de ce qu’elle pensait du titre « Libertine » ?
On ne l’a jamais rencontrée, mais je sais par sa maison de disque qu’elle a aimé notre remix.

Aujourd’hui, vous remixez « Fuck them all ». Vous avez donc été contactés suite à votre travail sur « Libertine » ?
Oui, en fait, elle avait vraiment aimé le style qu’on avait fait sur « Libertine ». Donc ils nous ont demandé de refaire un remix. Le remix a été fait début février je crois. Stuffed Monkey a contacté Polydor pour nous faire travailler. On a reçu les fichiers de « Fuck them all », les voix, et puis le titre. On devait rendre le remix le mois suivant, et on l’a fait en six, sept jours, ce qui est relativement long, puisqu’on a refait toute l’instrumentation. On l’a envoyé chez Polydor, ils ont adoré, puis ils l’ont envoyé à Stuffed Monkey, et elle a adoré .Donc tant mieux !

Qu’est-ce que vous en avez pensé à la première écoute ?
Ce que j’ai pensé à la première écoute ? Que c’était du Mylène Farmer ! Mais si on ne l’avait pas senti, on ne l’aurait pas fait.

Vous auriez pu refuser ?
Bien sûr. En écoutant les refrains, on s’est dit qu’il y avait pas mal de choses à faire. Ce qui nous a marqués, c’est surtout le chœur de refrains.

Quand on écoute ces chœurs pour la première fois, on a l’impression qu’il s’agit d’enfants. En fait, c’est la voix de Mylène démultipliée.
C’est ça, oui. On peut doubler, tripler, quadrupler la voix, à l’infini, selon le nombre de pistes.

Avez-vous reçu des consignes particulières pour ce mix ?
Non, pas vraiment. Il fallait vraiment qu’on se lâche, qu’on fasse ce qu’on avait l’habitude de faire… Que ce soit club, mais pas club dans le sens péjoratif du terme, c’est-à-dire club « house », mais plutôt électroclash. Comme la maison de disques connaît le travail qu’on fait, ils ne pouvaient pas vraiment nous demander de faire de la dance. Je pense qu’ils essaient de toucher peut-être un public un peu plus « pointu », un peu plus « rock’n’roll », pour des soirées plus électroclash. J’imagine que c’est ce que la maison de disques recherchait en nous demandant de faire ces remixes.

Le single « Fuck them all » démarre un peu mollement en radio. Trop étrange pour les radios « populaires », peut-être trop « lisse » pour les radios spécialisées. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
C’est vrai que c’est étrange de sortir un titre comme ça pour un premier single, pour un come-back, puisque ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vue. Mais je ne sais pas quels sont les autres titres de l’album, je ne l’ai pas encore écouté. Pourtant j’ai l’impression que les singles précédents avaient un tempo plus classique, non ?

Vous pensez que les remixes peuvent donner une nouvelle vie au titre, dans un milieu un peu plus « électro » ?
Dans certains milieux spécialisés, Mylène Farmer a quand même une image populaire. Ce n’est pas forcément facile de toucher un public un peu plus rock’n’roll.

Justement, dans le milieu plus « underground » que vous fréquentez, comment Mylène est-elle considérée ? Dans certains milieux, elle est quand même assez méprisée, non ?
Méprisée, je ne sais. Moi, j’ai beaucoup de respect pour le personnage, j’aime beaucoup tout l’univers qu’il y a autour, les clips. Je ne connais pas beaucoup de gens qui critiquent le personnage. Mais la musique, c’est vrai que c’est plus de la « pop variété ». J’ai l’impression que concernant la musique, c’est plus Laurent Boutonnat qu’elle. C’est une affaire de famille, ou presque. Il est vrai que la musique, c’est très variété, très lissé, et que ça pourrait parfois être plus radical.

Et si on vous proposait de lui écrire une chanson ?
Whaou, je ne sais pas ! Je le ferais à condition qu’on nous laisse une totale liberté, le choix des arrangements, que l’on ne retravaille pas le titre après pour le « lisser ».

Quels sont vos projets immédiats (album, compile, concert) ?
On est en train de faire un album en deux versions, une en français et l’autre en anglais et on va reprendre la scène dans le courant de l’année.

Qu’est-ce qui tourne actuellement sur vos platines ?
On écoute pas mal Peaches, Icd soundsystem, Interpol, le dernier de The Cure et aussi Soulwax.

Vous avez tourné, il y a quelques années à New York, avec le groupe de métal allemand Rammstein. Un souvenir précis ?
Êtes-vous allé les voir à Bercy en février dernier ?

Je ne les ai pas vus, mais je les préférais au début sur des petites scènes avec moins de moyens. A New York, leurs shows avaient un côté « soirée SM » car c’était dans des petits clubs. Je garde surtout le souvenir qu’ils nos ont prêté leur van pour qu’on puisse amener nos instruments dans le club où on jouait ensemble. Sympa !


Mylène Farmer et vous - 2005
    

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