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Alain Escalle (Créateur images)Interview Avant que l'ombre... à Bercy - 2006


Alain Escalle nous est désormais familier, depuis les concerts de janvier 2006. On lui doit le court-métrage de la première partie, Le Conte du monde flottant, ainsi que les images projetées sur les écrans durant le spectacle. Rencontre.

Pour les personnes qui ne vous connaîtraient pas encore, pourriez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours artistique ?
Après des études de cinéma et d’arts appliqués, j’ai découvert l’univers de l’image numérique à son commencement. En 1990, le numérique apparaissait dans l’univers du clip et de la publicité dans toute la post-production vidéo. De lourds moyens de post-production d’images sont alors nés, et je me suis complètement laissé séduire par ce médium qui réunit mes deux passions, le dessin et le cinéma. Un premier court-métrage, D’après le naufrage (1994), m’a conduit à travailler sur d’autres projets, des commandes et beaucoup de publicités au Japon.

Quelle est la genèse du Conte du monde flottant, le court-métrage diffusé en première partie des concerts de Mylène ?
Après quarante voyages au Japon, ce projet personnel m’est apparu comme une évidence. Il s’agissait pour moi de trouver un moyen de réunir mes envies. Ce n’était pas facile car je ne voulais pas faire un dessin animé ou une simple fiction. Le Conte du monde flottant est un film expérimental dont la création fut protéiforme. Des espaces de création d’images et des temps d’écriture mélangés et étalés sur trois ans. Je ne voulais pas d’un film facilement classable. Je voulais retranscrire l’image d’un Japon qui m’apparaissait détenir une double personnalité : tantôt avec une âme enfantine, tantôt violent et dur. La thématique de la bombe larguée sur Hiroshima s’est rapidement imposée. Il me restait ensuite à faire un lien avec tout le reste des symboliques que j’avais envie d’aborder. C’est un film qui, je pense, est beaucoup plus facile d’accès pour un public japonais, puisque nourri de références à cette culture.

Quelles sont les techniques d’images utilisées pour ce court-métrage ?
Pour Le Conte du monde flottant, j’ai utilisé des logiciels qui sont développés pour le cinéma et la publicité, contrairement aux images du concert, qui ont été créées dans mon propre studio à la maison. Des logiciels de compositing d’images, les mêmes que ceux utilisés pour les grands films américains à gros budget. J’ai travaillé seul pendant un an et demi à la pure fabrication des images du court-métrage. Soit deux heures d’images finalisées, avant de monter le court-métrage et de le réduire à la durée de vingt-quatre minutes. Il a été important pour moi de garder une grande latitude de création pour ensuite apporter des rushes finalisés au monteur du film. Car je voulais aussi un montage expérimental. C’est un film à la production plus qu’expérimentale, avec un très petit budget et beaucoup de savoir-faire de la part de tout ceux qui ont, de près ou de loin, participé au film.

Savez-vous comment Mylène Farmer a découvert ce court-métrage ?
Par l’intermédiaire de la maison de production avec laquelle je travaille, qui avait depuis longtemps envoyé mon travail chez Universal. Le hasard a fait que Mylène Farmer ait besoin d’une première partie et d’images sur la scène du concert. Me demander de concevoir un univers visuel pour le concert était un moyen de boucler la boucle et d’avoir un fil conducteur visuel entre Le Conte du monde flottant et le concert lui-même.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez appris que ce film allait ouvrir les concerts de Bercy ?
Une grande surprise et un drôle de sentiment de ne pas vraiment y croire ! Il faut vous imaginer que je suis quelqu’un de très solitaire. Je reste des heures entières devant les ordinateurs pour créer des images et seuls les tournages me font sortir de cette retraite pour un monde plus ouvert que j’affectionne tout autant et qui complète mon travail. Mais je suis à la base un grand timide. Pour moi, ce qui compte c’est mon travail et c’est la seule image que je veux donner de moi. Alors, le retrouver projeté devant treize mille personnes et pendant treize dates, c’est plus que jouissif !

Certains fans estimaient que le film avait plus sa place dans une salle de cinéma qu’une salle de spectacle où immanquablement, certains risquent d’être gênés ou de mal réagir. Qu’en pensez-vous ? Comment avez-vous pris certaines réactions un peu outrancières de certains venus uniquement pour voir Mylène et rien d’autre ?
Il faut quand même oser proposer cela pour un concert, c’est sûr ! Mais je pense que le choix était d’imposer un parti pris et c’en est un. On ne peut pas plaire à tout le monde et quand le film est projeté dans une salle, c’est finalement pareil, certains spectateurs apprécient et d’autres pas. Ce qui change, c’est la disproportion de la salle. On a tous le choix et le droit d’aimer ou ne pas aimer quelque chose. Pour ce qui est du Conte du monde flottant en première partie, je ne pense pas que ce soit un problème de film, car ce serait la même chose avec un autre chanteur ou un autre groupe. Les gens viennent voir Mylène et c’est normal, tant que les réactions restent bon enfant. Si elles sont plus violentes c’est aussi que, contrairement à un groupe, je m’expose au travers d’une image et non pas physiquement sur scène. C’est plus facile de manquer de respect à une image. Mais là encore, je n’en prends pas ombrage, je le comprends. Cela me fait aussi sourire. Il faut un peu de distance.

Étiez-vous familier de l’univers de Mylène ?
Oui, et c’est quelqu’un que je respecte. Elle a un univers somme toute assez proche du mien. Mais j’écoute aussi beaucoup de musique de films et ce, depuis mon enfance. La musique est quelque chose qui m’accompagne souvent lorsque je crée ou fabrique des images durant les moments solitaires du travail. Une sorte de mise en condition intérieure. Mylène fait partie de mes choix musicaux. Mais là encore, je suis hyper éclectique car j’écoute aussi souvent de la musique classique contemporaine. J’essaie d’être curieux.

Comment ont été choisies les images que l’on peut voir sur les écrans géants durant certaines chansons ? Vous êtes vous inspiré du thème de ces dernières ? De l’ambiance musicale ?
Après avoir eu une première réunion pour connaître un peu la teneur du spectacle (la mise en scène, les chansons, les mouvements, etc.), je suis revenu avec un dossier de présentation d’idées pour les morceaux qui me semblaient intéressants à illustrer. Une démarche plutôt intuitive : des tonalités colorées, des références aux textes des chansons et des références culturelles.

Combien de temps a duré la conception de ces images ?
Près de trois mois si l’on compte la création des images proprement dite (deux mois), le montage (un mois) et les répétitions aussi, puisque nous montions directement à Bercy pour gagner du temps et affiner les films.

Des images ont-elles été mises de côté ?
Oh oui, car j’ai proposé beaucoup de choses et il fallait élaguer pour des raisons qui sont avant tout financières, mais aussi pour un trop plein d’images et d’envies. Le concept global du concert étant déjà très riche, nous avons enlevé beaucoup d’images mettant en scène des corps humains pour privilégier des espaces vides et du graphisme. Certaines ont été mises de côté au niveau du concept, d’autres pendant la chaîne de production et au fil des répétitions, aussi.

Qu’avez-vous pensé du rendu du concert grâce à vos images ?
J’en suis très heureux… Sans avoir la prétention d’estimer que c’est grâce à moi ! Un spectacle, ce n’est pas comme un film. Nous sommes en direct et une foule de personnes s’activent autour de Mylène pour créer l’émotion. Mais je dois dire que je manque de recul car mon année 2005 fut marquée par pas mal de projets importants, dont un pour la sortie du nouveau parfum de Jean-Paul Gaultier : « Gaultier Puissance 2 », en septembre dernier. Pour les concerts de Mylène, j’aurais voulu juste pouvoir prendre le temps d’apprécier et ce n’était pas facile, car nous avions beaucoup de travail précipité et d’images à produire. Il a fallu près de trois mois pour aboutir au résultat visible en concert. Plus de deux heures d’images ont été créées pour l’occasion. Mais je pense qu’avec le temps, je vais vraiment apprécier le travail accompli. Je suis déjà plus que très heureux de la rencontre et de l’expérience.

Quelles sont les images qui ont été les plus particulièrement délicates à réaliser ? Et les plus ludique ?
C’est difficile à dire, car chaque séquence implique un style ou une technique différents, mais somme toute assez dérivés de ma technique de base propre. Je travaille beaucoup en 2D avec peu d’éléments 3D. Cela me permet de conserver le principe de contrainte qui crée le style d’un œuvre. Je crois que le plus difficile fut l’élément temporel. J’estimais le simple travail de création des images à trois mois sur des machines professionnelles et performantes et nous n’avions même pas ces trois mois pour l’ensemble de la production ! Il a fallu alors dissocier le travail et avoir une équipe en parallèle qui montait à distance les images dans les bureaux de la production pendant que je créais de mon côté à la maison.

Pourriez-vous réaliser un clip de Mylène ?
L’idée d’un clip est plus que séduisante. C’était au départ la demande de ma maison de production qui m’avait auparavant demandé quels artistes m’intéressaient dans l’espace musical français dans le but de faire un clip. Donc pourquoi pas, si l’envie de Mylène s’en fait sentir. Si ce désir frémit en elle. Si je corresponds à une recherche particulière, à un terrain de rencontre. Personnellement, je ne recherche pas à enchaîner les productions à tout prix. J’aime que chaque expérience devienne exceptionnelle de par sa rareté et celle du concert était pour moi unique.

Quels sont vos projets actuels ?
Je pars dans quelques jours au Japon pour un projet annoncé par la NHK, la chaîne de télévision nationale japonaise. C’est un projet double sur les Yokaïs (monstres et fantômes) composé d’un documentaire et d’un court-métrage. Je dois m’occuper de la réalisation du film. Mais ce n’est pas encore fait, nous discutons du concept, des histoires à choisir pour écrire le scénario. Ce serait ensuite une co-production entre plusieurs pays. Sinon, des projets plus ou moins flous de travaux personnels, car je ne suis pas un rapide pour ce qui concerne mes propres travaux ! J’ai besoin d’oublier les précédents et de me nourrir d’expériences nouvelles.

Mylène Farmer et vous - 2006
    

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