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Alain Escalle (Créateur images)Interview Avant que l'ombre... à Bercy - 2006


Rencontre avec le créateur des images du spectacle, et du court-métrage qui l’a précédé.

Comment « Le conte du monde flottant » est-il arrivé en première partie du show de Mylène Farmer ?
La société de production du court-métrage leur a présenté mon travail, il y a très longtemps, juste après la réalisation du « Conte du monde flottant ». Cette équipe m’a tout de suite demandé si j’étais intéressé pour travailler sur un clip et s’il y avait des artistes que je voulais privilégier. Et l’univers de Mylène et Laurent se rapprochant beaucoup du mien, la suite était logique.

Était-il question dès le départ que ce film ouvre le show ou avez-vous d’abord été contacté pour l’habillage général du show ?
En fait il a tout de suite été question de cette première partie, puis de la création des images pour les projections pendant le spectacle.

Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a proposé pareille collaboration ?
Plus qu’étonné, car nous avions laissé la bande démo de mon travail naviguer au sein de la maison de disques pendant longtemps, sans aucun retour jusqu’à ce jour de fin d’été 2005. Il aura fallu un heureux hasard. J’aime cette idée de spectacle global.

Et dans votre entourage, notamment professionnel, comment a été perçu ce projet dans le milieu de la variété ?
Je n’ai personnellement aucun à priori. Tous les domaines m’intéressent, si je peux y trouver une résonance à mon propre univers. Ce qui est regrettable, c’est de nous perdre dans des choses qui ne nous font pas apprendre ou avancer. Je ne me préoccupe pas du tout des étiquettes ou de ceux qui peuvent émettre ce genre de réactions. J’essaie de garder une même ligne de conduite. J’aime avant tout être un touche-à-tout. Il faut savoir que j’évolue depuis le début entre le milieu publicitaire, la vidéo de création, le court-métrage… Donc j’ai l’habitude des étiquettes et de m’en défaire aussi. J’aime apprendre et découvrir.

C’est la première fois que Mylène laisse la place à une première partie, fût-elle virtuelle et cinématographique. En êtes-vous flatté ?
Bien sûr !

Saviez-vous que Mylène appréciait votre travail ?
Je l’ai su à notre première rencontre lors de cette commande pour Bercy 2006 puisqu’elle a découvert le film peu de temps auparavant.

Et de votre côté, que pensiez-vous de son travail et de celui de Laurent ?
J’y retrouve beaucoup de choses qui me sont personnelles. Comme deux mondes qui entrent en résonance.

Quel a été votre sentiment à l’idée d’être diffusé à une si large échelle ?
Au début, je ne réalisais pas du tout ! J’avais beaucoup trop de travail pour penser à tout cela. J’en ai vraiment profité à la première du spectacle. J’étais fébrile, beaucoup plus que pour le concert lui-même, car j’avais suivi toutes les répétitions à Bercy. Pour le concert, nous avions tous les mains dans le cambouis. La projection du film fut très importante pour moi. Il faut imaginer que le film a certainement eu plus de spectateurs en treize jours qu’en cinq années, c’est presque le nombre d’entrées d’un long-métrage !

Qu’avez-vous pensé de la réaction du public ?
Ils sont libres d’apprécier ou non… Que dire ? C’est finalement comme dans une salle de cinéma… de treize mille places ! Il y a des gens qui aiment, d’autres qui détestent et d’autres qui ne comprennent pas… Je pense que beaucoup n’ont pas compris le choix de Mylène et Laurent, d’où certains cris éparses. Ou alors, ils n’ont pas essayé de comprendre pourquoi ce choix, pourquoi le choix d’un film. Cela ne s’est jamais fait avant, je crois. Je suis pour ma part flatté d’avoir été choisi, et d’autre part je suis prêt à recevoir les critiques. Le film a déjà beaucoup voyagé en cinq années. J’ai eu beaucoup de réactions.

N’était-ce pas un peu frustrant d’être mis en avant pour un travail déjà « vieux » de cinq ans ?
Pas du tout. Ce film marque une étape que je ne vais pas dépasser d’ici longtemps. Car pour cela, il faut du courage, des idées et de la patience. Mes principaux courts-métrages, les plus importants pour moi (« D’après le naufrage », « Le conte du monde flottant ») ont à peu près un intermède temporel de sept ans, alors… Pour l’instant, je me nourris de nouvelles choses. Je repars un peu à zéro et cela me fait du bien. Je n’aime pas me répéter, même si l’on peut y retrouver des thématiques qui me sont propres.

Parlez-nous du travail sur les images diffusées pendant le spectacle. Certaines étaient inédites et d’autres anciennes, n’est-ce pas ?
J’ai rencontré Mylène une première fois pour comprendre le concept du spectacle et j’ai laissé tout cela mariner pendant une semaine pour revenir avec un dossier plein d’idées pour les chansons qui pouvaient m’inspirer. Une sorte de cahier de tendances dans lequel il fallait piocher, car nous n’avions pas le temps de tout faire. Et puis parfois il a fallu épurer les choses, car les évènements sur scène étaient eux aussi importants.

Sur combien de chansons avez-vous travaillé pour des images inédites ?
Presque toutes sauf « Les mots » et « Avant que l’ombre… » qui utilisent respectivement des images du court-métrage « D’après le naufrage » et de l’installation « Je serais flamme » (ndlr : présents sur le DVD du « Conte du monde flottant). Par manque de temps j’ai aussi utilisé pas mal de textures créées auparavant.

Comment s’organisait votre travail : réunions avec Mylène ou travail en studio ?
Les deux… Des périodes de travail plus ou moins solitaires et des séances de présentations, de rencontres et de validations.

Les thèmes choisis étaient-ils vos choix ou ceux de Mylène ?
L’élément de départ a été, je pense, « Le conte du monde flottant ». Je crois que pour Mylène, me demander de penser aux images de scène était un moyen de justifier la première partie et d’homogénéiser l’ensemble du spectacle. La première réunion a servi à m’imprégner des idées de Mylène et de ses impressions. Le reste s’est fait dans une grande liberté. Et un grand dialogue aussi. Tout travail évolue toujours au cours de sa réalisation, jusqu’à sa forme finale.

Était-il contraignant de devoir correspondre à la durée d’une chanson ?
Non.

Y avait-il d’autres contraintes (les décors, les lumières…) ?
Je pense toujours que, des contraintes naît le style, alors ce n’est pas un problème pour moi.

Pourquoi des images d’une opération à cœur ouvert sur « Porno graphique » ?
J’ai tout de suite eu envie de quelque chose de violent sur cette chanson. Le morceau est déjà assez bizarre et expérimental, alors je ovulais retrouver cette idée au niveau de l’image, sans tomber dans le porno… Et puis le sang, c’est beau et graphique !

Pouvez-vous nous guider dans l’explication du tableau final, ce Jésus très ambivalent dans son comportement ?
Difficile d’expliquer ce type d’émotion… Ce tableau est tiré directement d’une de mes installations vidéo intitulée « Je serais flamme ». Le propos de base était pour moi de faire vivre cette image latente du Christ apparaissant sur le linceul (Linceul de Turin). Ce n’est pas de la provocation bien sûr, juste une envie d’humaniser cette image. Il s’est trouvé que l’installation collait parfaitement à la thématique de « Avant que l’ombre… ». Ensuite je l’ai juste remonté pour changer la structure.

Comment travaillez-vous (mélange d’images réelles et d’images de synthèse) ?
C’est un mélange de tout cela. J’utilise de lourds outils de compositing. Les mêmes que ceux utilisés par le cinéma pour les gros films, mais ici j’essaie de les détourner de leur fonction de base. Je n’aime pas beaucoup faire des effets de réalité. C’est très certainement dû à ma formation artistique et à mes références cinématographiques aussi.

Quelle formation et quelles références ?
J’ai fait trois ans d’arts appliqués et une école de cinéma et d’audiovisuel. Pour les références cinématographiques, elles sont vastes. Cela va du cinéma expérimental à l’animation traditionnelle (comme Youri Norstein), en passant par le cinéma de Greenway ou de Lynch, qui ont inventé un nouveau mode de narration et qui possèdent une vraie esthétique visuelle.

David Lynch est un des cinéastes préférés de Mylène. Il est d’ailleurs venu la voir à Bercy. L’avez-vous croisé ?
Hélas non ! Je ne savais pas. Mais je suis très timide, vous savez. Je reste dans mon coin. Les flonflons, c’est pas trop pour moi.

Y a-t-il eu des changements lors des dernières répétitions ?
Oui, mais très peu, surtout des ajustements ou des suppressions d’images sur la croix qui prenaient trop de place dans le champ de vision.

Et des images non retenues pour le spectacle ?
Rien qui ait été tourné… Le choix des idées s’est arrêté assez rapidement sur certains tableaux et sur des envies que je pouvais avoir sur certains titres. La demande de Mylène a dès le départ été plus que respectueuse envers mon travail et mes propositions. Les choses ont ensuite évolué dans un dialogue parfait car, même si il y a beaucoup d’espace de liberté, Mylène et Laurent savent très bien ce que peut donner le concert. C’est normal. Il a surtout fallu épurer au stade du concept le contenu des images.

Vos créations, conçues pour le spectacle de Bercy, seront-elles (en bonus) sur le DVD live de Mylène ?
Là, cela concerne Mylène et Laurent, ce n’est pas à moi de divulguer ce type d’information. Ce n’est pas mon rôle et ce ne serait pas très honnête de ma part.

Êtes-vous davantage sollicité depuis janvier ?
C’est encore tout frais, et je ne tiens pas à ce que le travail ou les commandes deviennent systématiques. Je travaille peu et c’est un choix personnel pour pouvoir travailler pour moi et avoir la liberté de choisir les projets qui m’inspirent et qui se présentent à moi au bon moment. Mais pour répondre à votre question, non, je ne pense pas être plus sollicité qu’avant. Ce sont des métiers en dents de scie et il faut apprendre à gérer l’absence.

Qui a eu l’idée de proposer votre DVD au stand merchandising ? Savez-vous combien vous en avez vendu ?
C’est venu au fil des discussions, naturellement. Là encore c’est une grande chance pour moi et l’équipe de production du court-métrage. Je sais que c’est chose très rare ; le merchandising est logiquement réservé à l’artiste principal. Le DVD était déjà existant, mais uniquement disponible sur mon site. Là, ça nous a permis de le vendre à plus grande échelle, même si, hélas, on a du augmenter le prix pour couvrir les frais supplémentaires inhérents à la vente à Bercy. Nous avons maintenant presque épuisé l’édition je crois. Nous pensons de plus en plus à une nouvelle édition. Peut-être dans un circuit de plus grande distribution, au moment où Mylène sortira son DVD.

Revoyez-vous Mylène et Laurent ? D’autres projets avec eux ?
Non.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Sur un long-métrage produit par la télévision japonaise, la NHK, en co-production avec plusieurs pays dont la France et les États-Unis. Si le projet se réalise, il parlerait des fantômes dans la culture traditionnelle japonaise.

IAO - 2006
    

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