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Dominique Borg (Couturière)Interview Mylènium Tour - 2006


Entretien avec la créatrice des costumes du « Mylenium Tour », Dominique Borg, bien connue du milieu du théâtre et du cinéma, croulant sous les récompenses les plus multiples, que ce soit Césars, Molières ou même Oscars. Pour la première fois, elle pale de cette collaboration.

Premières rencontres
La première rencontre s’est bien passée. Je lui ai montré des choses que j’avais faites et elle avait vu mon travail sur « Camille Claudel » et sur des films que j’avais faits. Elle m’a expliqué tout ce qu’elle désirait, la thématique du décor. Sur chaque tableau, elle incarnait un monde différent. Je pense que nous avons eu tout de suite une très bonne complémentarité. On s’est entendues sur beaucoup de points. Je crois que l’univers que je lui ai proposé l’a séduite et moi, ça me plaisait énormément de rentrer dans le sien et d’essayer de travailler sur ce personnage emblématique, qui est très fascinant pour tout le monde.

Le processus de création
Elle m’a donné une vidéo de ses deux derniers récitals, je les ai énormément étudiés. J’ai beaucoup regardé la manière dont elle bougeait, la manière dont elle portait le costume. Puis je suis partie sur des tas de propositions. Pendant assez longtemps, nous avons eu des rendez-vous réguliers. Nous nous sommes montré toutes les deux plein d’images, de manière à partager des émotions visuelles. C’était des moments de mode, des détails de tableaux, tout ce qui provoquait de l’émotion et qui pouvait se relier au fil conducteur de cette histoire qu’elle voulait raconter. Je lui ai montré mes dessins, elle m’a fait des petits croquis et nous avons travaillé ensemble. Elle me faisait retravailler, aller plus loin. Et moi je lui ai appris à reproposer des choses qui allaient encore plus loin. Après avoir rêvé sur toutes ces images et ces dessins, on a fait une sélection. Ensuite, j’ai commencé à échantillonner, à chercher des tissus, à lui proposer des matières… Ca a été un long travail qui a duré au moins trois mois. Pendant les essayages, Mylène était d’une grande patience. Ils duraient des heures, d’autant plus qu’elle a un grand souci du détail et de la perfection. Je l’ai suivie aux États-Unis quand elle est partie à Los Angeles, nous avons aussi fait des essayages là-bas.

Anecdote
Pour permettre à tout le monde de gagner un temps précieux et d’avancer sur l’élaboration des costumes, j’ai eu l’idée de faire faire un moulage du corps de Mylène par un sculpteur. Comme son corps est sculptural et ferme, on était très proches de la réalité avec ce moulage. Mais Mylène refusait qu’on le fasse circuler en-dehors de l’atelier.

Répétitions
Elle réintégrait de nouvelles idées au fur et à mesure des répétitions.Avec Mylène, on ne s’arrête jamais, c’est passionnant !

La robe de l’entrée et du final
Je suis partie d’un travail de haute couture que m’avait montré une jeune femme qui filait des bas et qui passait des toutes petites gouttes de résine sur chaque petit interstice, ce qui donnait l’impression d’une toile d’araignée avec de la rosée. Ca m’avait fascinée et je lui avait demandé su elle pensait que l’on pouvait en faire une robe. Elle m’a répondu que non. Je me suis alors dit que j’allais faire ce pari fou de confectionner un tissu à partir de ces petits bouts de bas nylon. C’était un vrai travail d’orfèvrerie. On a entièrement réuni tous les petits bouts de collants sur lesquels elle travaillait, on en a fait un tissu et j’ai réalisé cette fameuse robe dans laquelle Mylène descend de la statue, paraissant presque nue, comme si elle était couverte de gouttes de rosée. C’est ce souci d’aller toujours plus loin qui fait que j’ai confectionné cette robe. Elle a été tellement réussie que j’en ai fait un manteau pour Monica Bellucci dans « Le pacte de loups » et la haute couture a par la suite réalisé plein de robes comme ça. On peut dire que cela a un pue lancé ce matériau ! L’autre difficulté était que Mylène descendait sur un harnais de vingt-cinq mètres de haut et il fallait absolument que ce soit transparent. On a travaillé un harnais que l’on a repeint de la même couleur que son corps et on a réussi à faire cette entrée. C’était un peu la fée Clochette qui descendait du ciel…

Le mot de la fin
Ce que j’ai de commun avec Mylène, je crois que c’est cette soif de perfection. Elle a une énorme exigence vis-à-vis des autres, mais aussi vis-à-vis d’elle-même. C’est ce qui est stimulant. Quelquefois, on tombe sur des artistes qui exigent de vous mais qui ne sont pas à la hauteur de cette exigence. Quelqu’un qui met la barre aussi haut que Mylène, on essaye de la mettre soi-même encore plus haut. Le perfectionnisme entraîne le perfectionnisme. A partir du moment où Mylène choisit quelqu’un, elle intègre la création de l’autre pour l’emmener dans son univers. Les choses gravitent autour de son univers et de sa personnalité. Quand on travaille avec Mylène, on travaille pour Mylène, on ne travaille pas pour soi. Il faut abandonner l’ego de créateur, on travaille en fonction d’une icône. C’est comme une pyramide dont on ferait partie, avec le désir d’aller vers le sommet. On travaille à sa légende, à quelque chose de magique et créatif…

Belle de scène - 2006
    

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