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Franck Sorbier (Couturier)Interview Avant que l'ombre... à Bercy - 2006

Voici la retranscription des propos tenus par le créateur des costumes des concerts donnés à Bercy en janvier 2006 dans le DVD du spectacle.

Le souvenir que j’ai du début de la rencontre avec Mylène, c’est que Isabelle (ndlr : son assistante) vient me voir et me dit : « Ecoute, je viens d’avoir un coup de fil de quelqu’un qui demande si tu serais intéressé pour faire des costumes de scène ». Je lui dit : « Bah évidemment, bien sûr que ça m’intéresse ». Mais bon, c’était resté très secret, on n’a pas su qui avait appelé, pour qui c’était, etc.
Et donc on a rappelé, donc on a dit : « Bien sûr ça nous intéresse », etc. Et en fait j’ai rencontré Mylène le 11 juillet (ndlr : 2005). Alors moi je connaissais l’univers, évidemment, au travers de toutes les vidéos. On est dans un univers de magie, de rêve et en tout cas de choses qui sont fortes. C’est vrai que, aujourd’hui, je trouve qu’il n’y a plus beaucoup de personnes qui représentent ça.
J’étais venu avec des dossiers photo pour montrer un peu le travail des collections antérieures. Mais bon, pour moi, aussi, c’était important de situer les choses sur lesquelles Mylène allait s’arrêter, parce que d’une part, il peut y avoir des choses qu’elle aimait personnellement, et puis qu’elle aimait pour la scène.
Pour moi cette histoire, elle est très importante parce que ma création a toujours été extrêmement liée à la musique. Par exemple, les premières collections que j’ai faites, en 1996, l’idée, c’était de dire : « Je prends une musique et j’en tire une émotion, et cette émotion devient une ambiance, et cette ambiance devient un vêtement ». La musique et la mise en scène sont toujours très importants dans les collections, et donc finalement pour moi, il y a cette notion un peu de boucler la boucle, c’est-à-dire qu’on arrive à ce qu’on a toujours voulu faire.
Mylène m’a expliqué qu’elle allait descendre du plafond dans une capsule transparente, etc. Moi j’ai tout de suite pensé à cette notion un peu de… Forcément, de sommeil, de petite mort quoi. Donc ça m’a renvoyé à des images cultes, entre autres ce fameux passage du film « Cléopâtre », où Cléopâtre montre le tombeau d’Alexandre à Jules César. Donc il y a ce côté guerrier et en même temps mystique, et toujours cette notion, quand même, victorieuse… Ce qui est important, je trouve, dans toutes les histoires comme ça, c’est la notion de culture. Ce sont des choses qu’on vous raconte, qui vous renvoient tout de suite à ce qui est pictural, à tout un ensemble finalement, et avec Mylène il y a vraiment eu cette rencontre, c’est-à-dire que vraiment, cette notion de culture et de curiosité.
Je fais pas un défilé, je travaille pour quelqu’un, donc l’idée, c’est de rentrer dans l’univers de cette personne et de se fondre dans cet univers en apportant sa touche, mais aussi de dire que je participe à une aventure, à une histoire. L’idée n’était pas du tout d’imposer quoi que ce soit, c’était de continuer dans cette voie en sachant qu’aujourd’hui, elle avait envie certainement de choses un peu différentes qu’avant. Et ce dont j’avais envie, c’était d’appuyer sur la vision que j’avais d’elle aujourd’hui.
Pour moi ce qui était important, c’était d’abord de faire un vrai travail de couture, quelque chose de sophistiqué où vraiment, le détail est important. Et l’idée après, c’est de chercher autour d’une chanson et d’un décor tout l’univers qu’on peut y rattacher. Il y avait aussi cette notion de changement de tenues, qu’est-ce qu’on peut retirer sur les danseuses la première fois qu’elles apparaissent, puisqu’elles enlèvent leurs pantalons et la veste… Il fallait allier le fait que ce soit esthétique, que ça mette tout le monde en valeur, que ce soit confortable et agréable à porter – ou en tout cas pas trop désagréable – et il fallait raccorder après les danseurs flamenco avec les musiciens, et puis bon, on a fait quelque chose de plus particulier pour Yvan et pour les choristes aussi.
Une chose qui était amusante, c’est qu’on a ressorti quelque chose que j’avais fait en 1990 et qui est l’armure du début. J’ai dit à Mylène : « Si tu aimes ça, on pourrait le faire effectivement, c’est quelque chose qui pourrait être très beau ». Et là on va le faire en Haute Couture, c’est-à-dire en tissu, ça a été brodé en Inde, etc. Il y a eu vraiment cette notion de vêtement qui voyage, qui se balade, et finalement, ce qui était intéressant aussi, c’était de revisiter son propre patrimoine, mais au travers de la vision de quelqu’un qui est extérieur. C’est vrai qu’il y a eu ces pièces qui sont parties en Inde, et il y a eu ce travail sur la première tenue. Le manteau par contre, lui, a été entièrement fait à Paris. Donc là il y a eu un boulot énorme parce qu’il est entièrement brodé, et puis après il est re-perlé. Il y a des perles de Tahiti dessus, et puis il y a aussi plein de petites médailles. L’idée du manteau est venue rapidement, par contre, il y avait quand même cette idée de… Ce manteau, il fallait l’enlever. Et tout d’un coup le point d’interrogation, c’est : « Qu’est-ce qu’on met sous le manteau ? ». Là on est retombés sur le soutien-gorge et la culotte, qui ont été repeints, etc. pour avoir vraiment cette notion de nudité, et en même temps de brillance, etc.
Un artiste sait exactement ce qui lui va et ce qui ne lui va pas. Et je pense que, en voyant comment ça s’est passé pour les costumes, je pense qu’elle est comme ça pour tout. Elle est impliquée de A jusqu’à Z sur tous les fronts. C’était une expérience extrêmement stimulante, parce que tout le monde ne rencontre pas quelqu’un comme Mylène Farmer. Il y avait une notion de facilité quoi, c’est assez étonnant comme sentiment. Il n’y a pas eu de barrière, c’était une espèce de… D’accord de sensibilités.

DVD Bonus - 2006
    

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