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Jean-Philippe Audin (Violoncelliste)Interview En Concert 89 - 2006

Néophyte
Quand je suis arrivé aux répétitions, je n’avais pas rencontré ni Laurent ni Mylène. Je ne connaissais pas vraiment leur univers et j’avais simplement écouté un album et entendu deux titres à la radio. J’avais vu les clips et j’avais compris que ça rigolait pas ! J’avais rencontré un des chefs opérateurs et je savais qu’ils avaient tourné leur premier clip en quarante-huit heures en 35 mm dans le froid, dans la forêt de Fontainebleau. Personne ne s’était posé de question sur les conditions de travail, tant la volonté de Laurent était forte. Chacun avait suivi le projet sans sourciller.
Pour moi, l’univers de Mylène était un monde dans lequel il y avait beaucoup de bruit, dans lequel tout l’espace sonore est occupé. J’arrivais avec un violoncelle d’une toute petite formation par rapport à la masse de son créée… D’abord, nous avons travaillé avec l’orchestre. Ensuite, Mylène est venue répéter avec nous.

Mylène
J’ai vu débarquer quelqu’un qui n’était jamais monté sur scène. On a compris au fur et à mesure qu’elle allait changer de costumes à chaque chanson, ce que personne ne faisait car c’était trop complexe. Elle chantait, elle dansait… Elle travaillait sans arrêt, toute la journée. La matin, elle prenait des cours de chant, puis elle allait faire son jogging, prenait des cours de danse et venait ensuite répéter. Elle réglait aussi tous les ballets.
Mylène était d’une grande disponibilité et d’une grande rapidité d’esprit. Quand elle était dans ce qu’elle faisait, elle était ultra professionnelle. Je ne sais pas où elle avait appris ça, mais elle savait exactement comment aller vers l’efficacité. Le travail était clinique, on n’était pas là pour se fatiguer mais pour régler les détails, on ne reprenait pas les morceaux pour rien.

Les concerts
Arrivé à la première, tout était presque parfait et tout semblait naturel. Tout était prêt. Elle montait sur scène pour la première fois et avait osé faire tout ce que les autres n’avaient jamais osé faire ! Nous n’avions qu’une envie : soutenir ce petit bout de femme adorable et d’une gentillesse énorme.
Les concerts se passaient de mieux en mieux. Elle nous étonnait de soir en soir… Et il existait une vraie émotion dans ce spectacle. On savait qu’on participait à un truc grandiose ! Ca n’arrive pas assez souvent dans notre métier…

Des conditions parfaites
On a fait cette tournée dans des conditions matérielles et psychologiques vraiment formidables. Jamais il n’y a eu un mot plus haut que l’autre. Dans le classique, on faisait des tournées, mais chaque musicien est assez isolé car seul le chef d’orchestre compte. Là, chacun comptait en tant qu’individu. C’était la première fois que j’avais un road et un backliner pour moi ! Il y avait deux semi-remorques. Quelqu’un me portait mon violoncelle, l’accordait… Je n’avais qu’à jouer et arriver à mon poste avant que le rideau ne se lève ! On était tous avec le casque sur les oreilles. On n’entendait que nous et la chanteuse de façon très distincte, très peu les bandes, un peu comme dans un concert de musique de chambre… Le bruit était dans la salle. C’était une structure de son très confortable alors que souvent les concerts de ce type nous bousillent les oreilles.

La fin
Quand on a fini le spectacle de Mylène, on s’est réunis tous ensemble et nous nous sommes rendu en rase campagne chez un cascadeur illustre. Nous avions remonté le décor du spectacle et on l’a brûlé en pleine campagne ! C’était si étrange et magique ! Ce bûcher a été filmé et fait partie de l’histoire. Il y a un avant et un après le spectacle. Il y a forcément quelque chose à apprendre dans ces projets-là à l’heure où on enregistre, on grave, on commente, on diffuse… Tant mieux, cette histoire n’était pas reproductible. Nous avons eu des moments d’émotion terribles sur scène et en coulisses. Laurent et Mylène sont des artistes. Ils sont tout le contraire des grands gagnants du loto du show-business. Beaucoup considéraient que c’était une tare de connaître la musique, eux non. Mylène et Laurent savaient de quoi ils parlaient et ils avaient le bon langage.

Belle de scène - 2006
    

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