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Stéphane Plisson (Ingénieur son)Interview Avant que l'ombre... à Bercy - 2006

Stéphane Plisson fait partie du staff technique de Mylène depuis 2003. Entretien avec celui qui a créé avec Laurent Boutonnat le cadre sonore exceptionnel d’Avant que l’ombre… à Bercy.

Comment vous êtes-vous retrouvé intégré dans l’équipe technique de Mylène ?
Le hasard des rencontres et des chemins qui se croisent… Thierry Suc, son manager et producteur, souhaitait que je participe au son de la tournée d’Alizée. J’ai donc rencontré Laurent Boutonnat et Mylène sur cette tournée, sans arrière-pensée, et je n’y croyais pas vraiment quand Thierry Suc m’a proposé de travailler sur Avant que l’ombre… à Bercy. En fait, je participe à la majorité des projets de Thierry Suc car il est devenu le producteur de beaucoup d’artistes avec lesquels je travaille depuis longtemps comme Calogero, Etienne Daho, MC Solaar notamment.

Vous avez connu Calogero alors qu’il était leader des Charts au début des années 1990…
J’ai eu la chance de commencer ma carrière avec la Mano Negra pour lesquels j’ai fait le son retour pendant quatre ans. Puis, j’ai enchaîné en tant qu’ingénieur du son en salle pour le Bluesymental Tour de Thiéfaine en 1990. J’ai travaillé ensuite avec les Charts et depuis quinze ans, je suis donc le complice au son de Calogero. Puis, j’ai croisé les chemins de Native, MC Solaar, FFF, Art Mengo, Marc Lavoine, Julio Inglesias, France Gall, The Christians, Kid Créole, Angélique Kidjo, Manu Dibango, Touré Kunda, Laurent Voulzy, et donc Mylène Farmer en janvier dernier, puis depuis le mois d’avril dernier, Johnny Hallyday.

Comment se sont déroulées vos premières heures de travail avec la chanteuse ?
C’était la première fois que j’avais à composer Mylène en tant que chanteuse, puisque pour la tournée d’Alizée, je l’avais près de moi comme réalisatrice à la console, avec Laurent Boutonnat. Cela a permis de mieux nous connaître afin de travailler ensuite main dans la main, accepter certains compromis et jouer le jeu des choix que j’avais faits, notamment sur certains types de micros…

Elle a d’ailleurs gagné en qualité et en clarté sonore en utilisant beaucoup moins le micro-casque…
Eh bien, c’était en effet une de mes demandes. Si cela n’avait tenu qu’à moi, elle aurait été encore plus souvent sans micro-casque ! Mais le résultat était très intéressant et très musical. Et il s’agissait d’un véritable show, d’où certains compromis !

Quelles étaient les grandes lignes du projet sonore initial pour cette série de concerts ?
Au départ, on ne voulait pas de son frontal. Je me suis mis dans la peau d’un spectateur de Bercy et je souhaitais que les enceintes de la scène centrale soient les principales. Cependant, l’installation technique pesait beaucoup trop lourd et n’était pas possible à mettre en place. D’autres projets nous permettront peut-être de le faire plus tard. Le matériel évolue, notre expérience grandit… On verra bien ! Nous avions pensé à un son de salle en multi-diffusion et on a finalement utilisé deux types de diffusion : une installation standard sur les deux côtés de la scène, et une multi-diffusion, d’un part autour de la scène en croix – ce qui permettait de basculer le son d’un scène à l’autre – et d’autre part en utilisant la totalité des enceintes du plafond de Bercy.

Du plafond venaient les effets de vent, d’orage ou de bruissement de libellules…
Oui, mais cela a aussi permis d’élargir la voix de Mylène sur les réverb’, de donner plus d’espace aux chœurs et aux nappes de claviers. Je désirais que le son sorte du cadre habituel des enceintes et que le public vive une expérience différente des autres concerts. On ne peut pas arriver, dans une salle de dix-sept mille personnes, à ce que les spectateurs entendent la même chose, mais je suis heureux d’avoir obtenu un son large et aéré. Le son des ballades qu’elle faisait sur la scène centrale donnait l’impression qu’elle chantait dans une église. Les vidéos à ce moment-là évoquaient d’ailleurs des vitraux de chapelles.

Y avait-il de nombreuses séquences enregistrées ?
Très peu. Uniquement quelques éléments infaisables sur ce show, comme les cordes sur certains titres, l’orage sur l’intro… Et encore, certains bruitages étaient faits par Eric Chevalier directement aux claviers.

Votre duettiste à la console était Jean-Philippe Schevingt…
Son travail consistait à gérer le son durant les déplacements de Mylène à travers la multi-diffusion. On va dans le même sens et nous avions envie d’entendre la même chose. Il fut le parfait binôme pour cette aventure.

Vous travaillez également avec Laurent Delenclos, sans avoir eu le même parcours…
En ce qui me concerne, c’était l’école de la vie à une époque où partir en tournée revenait à embrasser la vie de « forains ». J’ai débuté avec une disco mobile à quinze ans, fait un BEP/CAP électrotechnique et préparé un BAC F3 que je n’ai jamais eu puisque le jour de l’examen, j’étais en studio avec Alain Souchon ! En ce qui concerne Laurent Delenclos, responsable de la diffusion, nous sommes, il est vrai, d’une génération différente. Lui, c’est l’école du son à une époque où le monde du spectacle est structuré. D’où notre complémentarité.

Laurent Boutonnat, pipe au bec à la console centrale… Qu’apprend-on à ses côtés ?
Laurent Boutonnat était le véritable boss de ce spectacle au niveau du son. C’est le binôme parfait de Mylène Farmer. Il est le double de Mylène dans la salle. Il est extrêmement professionnel et rigoureux, mais s’amuse de la technique comme on le fait avec un jouet extraordinaire. Il est en permanence à la recherche de nouveautés et fait des dizaines d’essais qui donnent au spectacle un cachet qui n’existe sur aucune autre tournée. C’est un artiste totalement allumé et un homme qui prend des risques et les assume. Ce type de personnage devient rare dans notre métier.

Vous souvenez-vous de tableaux particulièrement difficiles à sonoriser ?
Bien sûr. La scène centrale était destinée uniquement à des ballades. « Désenchantée » n’était pas prévue initialement sur cette scène. On a donc été obligé de faire ce titre avec le « petit » son destiné seulement au piano/voix. Je regrette de ne pas avoir pu faire « Désenchantée » sur la scène principale avec toutes les enceintes !

Pourtant, c’était un grand moment, près d’un quart d’heure de communion avec le public…
Une fois de plus, Laurent Boutonnat ne s’est pas trompé. Il était persuadé que ce serait idéal alors que je ne l’imaginais absolument pas. « Désenchantée » est le titre phare de Mylène, et le seul qui pouvait passer sur la scène centrale avec un son un petit peu moins bon que les autres titres. C’est exactement ce qui s’est passé. La chanson a donné une énergie incroyable au public. Ce sont les gens qui ont fait le son de « Désenchantée ». Cela a amené une proximité étonnante entre Mylène, les musiciens et le public. Cette idée était la meilleure.

Mylène Farmer est connue pour ne pas faire de répétitions dans l’après-midi. Était-ce différent cette fois ?
Non, elle était dans les loges très tôt, mais ne venait pas pour les balances. On ne faisait d’ailleurs plus de soundcheck après les deux premiers concerts. Évidemment, nous testions tout dans la journée, et parfois, nous faisions un raccord au piano avec Yvan Cassar au milieu de la salle.

Vous avez mixé des albums live pour Etienne Daho, Calogero ou NTM…
J’ai tout découvert avec NTM : mes premiers Zénith en 1992, mon premier Parc des Princes… C’était une période géniale de ma vie, et je suis resté fidèle à Joey Starr, pour qui j’ai fait le son à l’Olympia le 23 octobre dernier… C’est aussi ce qui me ravit dans ce métier : pouvoir travailler avec Hallyday et Joey Starr en même temps.

Yvan Cassar, Johanna Manchec-Ferdinand, Nicolas Montazaud et quelques éléments du staff technique… Vous retrouvez sur Johnny la même équipe que pour Mylène ?
Au-delà des personnes, les effectifs sont quasiment les mêmes. Sur la tournée de Johnny, nous sommes autant de personnes à travailler que sur le spectacle de Mylène… Si ce n’est que cette fois, nous sommes en tournée avec vingt semi-remorques !

Que devient votre propre studio breton ?
Je rends les murs le 31 décembre, mais pas mal de projets y ont été réalisés, dont le dernier album des nantais Smooth. D’autres projets, tels que les live de Daho, Calo, NTM, des émissions de télé de Sol en Si, l’opus de Lili Cross ou d’Alan Stivell se sont succédés dans ce studio. Je travaillerai sur le spectacle de Michel Polnareff à partir de mois de mars 2007, ce qui m’emmènera jusqu’à la tournée de Calogero.

Attendez-vous avec impatience le DVD live d’Avant que l’ombre… à Bercy ?
Oui, la pression sur cette série de concerts durait depuis près de trois ans et les dates sont passées trop vite. On n’a pas eu le temps d’apprécier à sa juste valeur l’évènement. Je commence maintenant à me rendre compte de ce que nous avons fait. J’ai hâte de voir le DVD et les bonus, et je suis certain qu’ils seront à la hauteur de nos souvenirs.


Mylène Farmer et vous - 2006
    

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