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Michel Troadec (Journaliste)Interview Médias - 2009

Intervieweur de Mylène pour Ouest France

Le 04 mai 2009, Mylène profite d’une journée "off" dans sa tournée pour donner une interview exclusive à “Ouest France”, premier journal de l’hexagone malgré son statut régional. C’est la première fois depuis dix ans que la chanteuse s’exprime dans un quotidien, et l’une de ses très rares interviews de l’année. Un évènement incontournable sur lequel nous revenons ici avec Michel Troadec, auteur de cet entretien.

La question qui s’impose d’emblée, c’est pourquoi “Ouest France”, journal régional, pour cette interview totalement exclusive ?
Ca, je ne sais pas. Même si j’ai mon idée.

Laquelle ?
Je pense que dans la mesure où il s’agit d’une tournée en province, puisque les dates parisiennes ne sont qu’en septembre, le staff de Mylène a voulu marquer le coup en s’adressant à un média régional. D’autant que “Ouest France” est le plus grand journal de France, en termes de ventes, avec plus de 770.000 exemplaires vendus chaque jour et un potentiel de 2,3 millions de lecteurs. En outre, l’article était en dernière page, qui est la plus lue du journal, donc la plus lue de la presse française.

C’était une demande de l’artiste, de son staff ?
Non. Même si j’imagine que c’est ce qu’ils auraient choisi si on leur avait demandé (rires).

Vous aviez déjà été en contact avec Mylène ou son entourage par le passé ?
Oui. Il s’avère que l’an dernier, quelques jours avant que les billets de la tournée ne soient mis en vente, 96B (ndlr : l’agence qui s’occupe de Mylène pour les grands évènements depuis la conférence de presse de 2004) a envoyé un communiqué de presse à toutes les rédactions régionales pour annoncer ladite tournée et a proposé à certains journalistes d’avoir Thierry Suc, le manager de Mylène Farmer, au téléphone, pour de plus amples infos. Quand cela m’a été proposé, il s’avère que Thierry Suc était à Rennes, pour la tournée d’Etienne Daho dont il s’occupe aussi. Je l’ai donc rencontré. Nous avons longuement discuté. Et c’est ainsi que j’ai appris que le titre du single marquant le retour de Mylène Farmer serait “Dégénération” et que j’ai pu l’annoncer dans “Ouest France” en avant-première dès le 21 mai. Et j’en ai bien sûr profiter pour demander une interview de la chanteuse à son manager.

Et c’est chose faite un an plus tard. Quand l’avez-vous appris ?
Une semaine avant. J’étais au Printemps de Bourges quand j’ai reçu un mail des attachés de presse de Mylène.

Vous étiez invité au concert de Nice ?
Oui, le deuxième, celui du 03 mai. L’interview, quant à elle, a eu lieu le lendemain, à 13H00, à l’hôtel dans lequel elle séjournait depuis une dizaine de jours, à Saint-Paul-de-Vence, près de Nice. Un endroit un peu mythique puisque c’est là que Simone Signoret et Yves Montand se sont mariés.

Racontez-nous un peu le déroulement des choses…
Les attachés de presse sont venus me chercher pour m’amener à l’hôtel. Arrivé là-bas, j’ai croisé les musiciens du concert, notamment Yvan Cassar que je connaissais déjà et avec qui j’ai parlé quelques minutes. Thierry Suc est arrivé. On a bu un café ensemble et discuté une dizaine de minutes. C’est quelqu’un de particulièrement sympathique. A 13H00, on m’a fait monter dans un salon qui, si j’ai bien compris, était attenant à la chambre de Mylène Farmer.

Et là vous vous êtes retrouvé seul avec elle pour une demi-heure…
Même un peu plus car quand l’attaché de presse est arrivé, Mylène lui a dit qu’on n’avait pas tout à fait terminé.

Que s’est-il passé lorsque l’interview s’est arrêtée ?
En fait, pendant l’entretien, Mylène voulait me parler d’une sculpture ayant inspiré le décor, mais elle ne se rappelait plus du nom. Après l’interview, elle m’a dit qu’elle tenait absolument à me dire le nom de l’œuvre donc on est descendu au rez-de-chaussée. Là, elle a téléphoné à quelqu’un puis est revenue vers moi pour me donner l’info.

Comment était-elle pendant l’entretien ?
Un peu fatiguée. Elle s’en est excusée d’ailleurs. Elle venait d’enchainer deux soirs de concert après des jours de répétitions. Donc elle cherchait un peu ses mots. D’autant qu’elle voulait être le plus précis possible dans le choix des mots.

Question fondamentale : comment était-elle habillée ?
Je ne suis pas un spécialiste de la mode (rires). Je peux juste vous dire qu’elle portait un ensemble blanc, en matière souple. Et que c’est une très jolie femme (sourire).

Vous avez pu aborder tous les sujets que vous souhaitiez ? Aucun interdit ?
Il m’a simplement été demandé de ne pas parler de sa vie privée, ce qui est une recommandation courante avec les artistes. Sinon j’étais libre de poser toutes les questions que je voulais.

A-t-elle refusé de répondre à certaines d’entre elles ?
Non.

Vous avez même réussi le tour de force de la faire parler, brièvement, de choses personnelles comme sa mère ou certains souvenirs d’enfance…
Oui, parce que sa mère est bretonne. Je suis breton, je travaille à “Ouest France”, donc il me paraissait naturel de lui parler de la Bretagne.

Il n’était certes pas étonnant que vous en parliez, mais assez surprenant qu’elle répondre…
Et avec un grand sourire en plus (rires) ! Je pense que ça lui faisait plaisir de parler de ses racines bretonnes. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle me dise où habitait sa mère, même si je le savais car c’est connu par ici.

Avez-vous pu enregistrer l’interview ?
Non. Les attachés de presse m’ont fait savoir en amont qu’ils souhaitaient que la conversation ne soit pas enregistrée. Ce que Thierry Suc m’a confirmé lorsqu’il m’a reçu le jour de l’entretien. Mylène s’en est d’ailleurs excusée auprès de moi pendant l’interview. Mais elle préfère que ce soit ainsi.

Vous le regrettez ?
Il est clair que cela aurait été plus facile pour moi de pouvoir enregistrer. Cela m’aurait permis d’être à 100% dans l’interview et d’être plus rapide. Mais bon, j’ai l’habitude de prendre des notes.

Donc les propos publiés ne sont pas mot pour mot ceux tenus par Mylène ?
Non, mais quasiment. De toute façon, et vous le savez aussi bien que moi, il est presque impossible de retranscrire une interview mot pour mot car le langage écrit et le langage oral sont très différents.

Quelles étaient les autres conditions posées par la chanteuse et son entourage ?
Le droit de regard. Je devais faire relire l’interview avant parution.

Ce qui est habituel chez Mylène…
Oui mais je ne le savais pas. Et ce n’est pas facile à accepter pour un journaliste. Je me suis consolé en apprenant que, récemment, Eminem avait carrément demandé à un journal d’avoir les questions au préalable ! Donc je me suis dit qu’il y avait pire (rires) !

Cela vous parait si original de demander à relire une interview avant parution ?
J’ai interviewé de très nombreux artistes, quasiment tout le monde pour ainsi dire, et cela ne m’était arrivé qu’une seule fois dans le passé, avec Gérard Manset (ndlr : chanteur ermite connu pour ses rapports difficiles avec les médias). D’ailleurs, je l’ai interviewé plusieurs fois depuis, et il ne me demande plus de relecture. Même Carla Bruni, pourtant première dame de France, ne m’a pas demandé de droit de regard. Pour répondre à votre question, oui c’est une demande originale, c’est loin d’être systématique. Et je trouve plutôt sain que ce soit rare.

Pourquoi avoir accepté si ces conditions vous déplaisaient ?
Parce qu’on peut faire des exceptions quand il s’agit de quelqu’un qui accorde des interviews au compte-goutte.

L’interview a fait l’objet de deux parutions bien distinctes : l’une dans le journal et l’autre sur son site. Le droit de regard s’appliquait aux deux ?
Oui, bien sûr.

Pourquoi ne pas avoir choisi le format question-réponses dans la version papier du journal ?
Parce que ma rédaction en chef m’a demandé de faire un article plutôt qu’une interview, histoire de garder la main sur le papier et d’être, en quelque sorte, plus pédagogue, d’expliquer moi-même les choses. Je l’ai dit au staff de Mylène Farmer et je leur ai proposé de publier l’interview question-réponses sur le site du journal.

Des modifications ont-elles été demandées après relecture ?
Une seule. Anecdotique. J’avais gardé une expression typique du langage parlé qu’ils m’ont demandé de réajuster pour l’écrit. En gros, ce que j’avais écrit n’était pas très joli et ils m’ont aidé à le mettre en français correct, donc c’est plutôt bien (rires).

D’autres conditions ont-elles été émises par le staff de Mylène ?
Non. Si ce n’est la durée de l’interview. Mais c’est valable pour tous les artistes. On nous prévient toujours à l’avance du délai qui nous sera imparti. Ici, j’ai eu droit à trente minutes, ce qui est assez classique, et même plutôt confortable par rapport à certains artistes anglo-saxons.

Et en ce qui concerne les photos ?
Le problème est réglé depuis longtemps en ce qui concerne Mylène Farmer : on sait que les photos de concerts c’est Gassian et point barre ! Aucune autre photo n’est disponible, contrairement aux autres artistes qui nous ouvrent les portes de leurs concerts pour les trois premières chansons. C’est dommage.

Mylène n’est pas la seule dans ce cas. Je crois savoir qu’Etienne Daho s’est mis la presse régionale à dos lors de sa tournée l’an passé car il refusait des photographes locaux. Idem pour Pascal Obispo. C’est quelque chose que vous ne comprenez pas ?
Mylène Farmer, c’est rentré dans les mœurs parce qu’on sait qu’elle est très rare. Mais en principe, ce n’est pas tout à fait normal de ne pas laisser les photographes faire leur boulot. Quand un seul photographe est habilité à prendre des clichés, c’est sa vision qui est imposée.

C’est aussi le droit de l’artiste de ne pas vouloir laisser paraitre des photos qui ne lui plairaient pas…
(Longue hésitation). Je peux le comprendre parce qu’il n’y a pas que des bons photographes. Mais ça nuit à la liberté de travailler de chacun donc je suis partagé. Mais, pour parler précisément de Mylène Farmer, ce n’est pas problématique puisque c’est comme ça depuis des années, on le sait.

On est prêt à tout accepter parce que Mylène Farmer ça ne se refuse pas ?
On n’accepte pas tout ! On écoute les conditions et on voit si c’est possible. Et clairement, Mylène Farmer ça ne se refuse pas, effectivement.

Pourquoi ? A-t-elle un impact sur les ventes ?
Franchement, quand on vend plus de 770.000 exemplaires par jour, je ne pense pas que ça joue énormément.

Pourquoi accepter des compromis alors ?
Parce que Mylène Farmer n’accorde pratiquement pas d’interviews, donc c’était une forme de confiance qu’elle nous donnait en acceptant de nous parler. Et puis reconnaissons que ses exigences étaient très raisonnables. La seule vraie chose qui me déplaisait, c’était la relecture, habituellement réservée au monde politique qui s’apparente plus à celui du showbiz, alors… (Rires). Finalement, ils n’ont rien changé à l’article donc ça va. Quant au fait de ne pas pouvoir enregistrer, ce n’était pas vraiment gênant. Je n’enregistre presque jamais de toute façon, faute de temps pour retranscrire ensuite. Donc il n’y avait vraiment pas de problème. Cette interview s’est bien passée, c’était réellement très agréable. Ce n’est pas toujours le cas, loin de là ! Mylène est très sympathique, souriante, attentive et concentrée.

Et j’imagine qu’en termes d’image, ça fait bien d’avoir la seule interview accordée par Mylène…
(Longue réflexion). C’est bien d’avoir une exclu, oui. Ca confirme que “Ouest France” compte. Même si le journal n’a pas besoin de Mylène Farmer pour vendre, il aime, comme tous les canards, proposer des choses exceptionnelles à ses lecteurs. D’ailleurs, on lui a donné une place très importante dans le journal. On accorde rarement autant d’espace à un artiste. On a pris la mesure de l’évènement.

Vous avez publié cet entretien le 07 mai, juste après les concerts de Nice et Clermont-Ferrand. Pourquoi ne pas avoir attendu que la tournée arrive dans la région couverte par “Ouest France”, en l’occurrence Nantes, deux semaines après ?
J’en ai parlé avec mon rédacteur en chef car effectivement, nous hésitions entre marquer le coup en début de tournée ou attendre les dates nantaises. Le fait est que les attachés de presse de Mylène Farmer nous ont appris que la chanteuse serait en interview, depuis Marseille, dans le journal de 20H00 de France 2, le dimanche qui suivait. Nous avons donc décidé de publier la nôtre avant, afin de garder l’exclusivité. Finalement, le duplex a été annulé pour des raisons que j’ignore. (Ndlr : en vérité, Mylène devait effectivement être présente en duplex de Marseille le 10 mai, mais elle a finalement préféré être présente en direct sur le plateau de France 2, l’interview a donc finalement eu lieu le 14 juin, entre deux des dates lyonnaises de la tournée).

Vous avez publié l’intégralité de l’entretien ?
Non. Il y a deux ou trois questions que je n’ai pas gardées parce qu’il n’y avait que des bribes : on avait juste abordé les sujets en question puis on était passés à autre chose, donc je n’avais pas assez d’éléments pour les publier. Mais j’ai mis l’essentiel, rassurez-vous (sourire).

Vous êtes retourné la voir lors de son passage à Nantes ?
J’ai eu la chance d’être invité à nouveau, le 26 mai, à ma demande. J’avais vu le spectacle au tout début de la tournée et j’étais curieux de voir comment il avait évolué après quelques semaines.

Qu’en avez-vous pensé ?
Je suis sa carrière d’assez loin. Je ne l’avais vue qu’une seule fois sur scène avant cela, c’était à Bercy en 2006. Je dois dire que c’est un superbe spectacle, et surtout qu’il n’est pas banal.

Et que pensez-vous du fait de vous faire interviewer au sujet d’une interview (rires) ?
C’est étonnant. C’est la première fois que ça m’arrive, je vous l’avoue (rires). Je préfère être intervieweur qu’interviewé. J’ai accepté de vous répondre car vous me l’avez gentiment demandé, mais il ne faut pas en faire trop non plus : je n’ai fait que mon métier. Je pense que ce n’est pas mon rôle de parler, laissons cela aux artistes.

IAO - 2009
    

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