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Philippe Stegemann (Roboticien)Interview Timeless 2013 - 2014

Philippe Stegemann est l’homme à qui nous devons la présence des robots - les « filles » de Mylène ! – sur cette dernière tournée.

Quel est votre parcours professionnel ?
Après un bac mécanique puis une maîtrise en robotique, j’ai travaillé chez Eurodisney (appelé Disneyland Paris aujourd’hui, ndlr) sur les robots d’animation, puis chez Kuka, sur des robots industriels allemands dans l’automobile. Ensuite, je suis parti chez Stӓubli, un fabriquant de robots industriels français du côté d’Annecy. J’y ai fait beaucoup de programmation pendant 14 ans, ce qui m’a permis de voir les robots que vous connaissez en action. Puis je suis descendu en Avignon, où j’ai créé ma propre société de prestations de services en robotique industrielle et événementielle, stegRobotics.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de faire danser des robots ?
Étant aussi musicien amateur, j’ai vu qu’il serait intéressant de mettre les robots en cadence sur de la musique. En général, on programme une machine pour qu’elle fasse ce qu’elle doit faire, mais on n’a jamais le temps de faire de belles trajectoires. Or, parfois, il y en a qui sont agréables à regarder et qui donnent envie de les mettre en musique. C’est à partir de ça que l’idée a germé.

Qui vous a contacté pour Timeless 2013 ?
Je suis arrivé en demi-finale de l’émission La France a un incroyable talent sur M6, en 2010. C’est là que j’ai été remarqué par Anthony Souchet, l’ami de Mylène, qui m’a contacté. À partir de là, on a été chez Laurent Boutonnat avec Anthony, et j’ai présenté différentes vidéos montrant ce qu’on était capables de faire. Plus tard, on s’est retrouvés à la Halle Tony Garnier, à Lyon, pour faire une démonstration grandeur nature avec quatre robots.

Avez-vous rencontré Mylène à cette occasion ?
Oui, à ma grande surprise, Mylène s’est déplacée avec Anthony. J’ai pu lui présenter directement mon travail et elle a été absolument conquise, fascinée et troublée. Je lui ai montré un robot de près, et c’est là que j’ai compris qu’elle avait un regard très précis et une compréhension de la technique. J’étais évidemment impressionné par sa présence, mais elle met tout de suite à l’aise. Elle est très joyeuse ! Comme elle s’est approprié ce projet très rapidement, ça a toujours été un vrai plaisir d’en parler avec elle et de faire avancer le projet au cours des différentes réunions que nous avons eues, et pendant lesquelles elle était très investie.

Êtes-vous tout de suite tombés d’accord sur cinq robots ?
Non. Différentes configuration ont d’abord été envisagées, avec plus de robots et des apparitions à différents endroits de la scène. Puis, avec le constructeur de la scène, Artefact, on a vite conclu qu’il faudrait mettre les robtos sur des « flips », c’est-à-dire qu’on les suspend sous la scène, on ouvre une trappe, et on fait une rotation pour les faire apparaitre. À partir de là, il a été décidé d’en mettre cinq, car en raison de contraintes liées à d’autres machineries noyées sous la scène, nous ne pouvions en mettre d’avantage.

Quelles furent les étapes de travail autour des robots pour ce show ?
En fait, il y a deux parties : la technique et l’artistique. On a d’abord validé la partie technique, savoir quel robot on prenait, puis on a construit un prototype pour valider le flip. Mais il restait à savoir ce qu’on mettra au bout du bras : un masque, une lumière, une fumée ? Au final, au lieu de perdre le spectateur dans différents effets spéciaux, Mylène a insisté pour que ce soit le masque que j’avais présenté à Lyon, car c’est ça qui l’avait touchée et troublée. Elle le trouvait très joli et rendant le robot plus humain.

Et concernant la partie artistique ?
Là, les questions étaient : à quels moments sortent-ils, combien de fois. Cette partie a été assez difficile parce qu’ils ont mis du temps à décider sur quels titres ils apparaitraient. Ils m’ont finalement dit que deux robots feraient une sortie sur « C’est une belle journée », car Mylène voulait absolument danser avec eux ! Ils m’ont ensuite envoyé une vidéo avec la chorégraphie de la chanson. Je me suis inspiré soit du mouvement des hanches, soit de celui des jambes ou des bras et de la tête pour les transcrire en trajectoires, et ainsi faire danser les robots. Plus tard, j’ai de nouveau eu une réunion chez Laurent Boutonnat avec Mylène, car elle voulait rajouter une intrigue autour de l’apparition des robots et il fallait y réfléchir. Pour l’interlude, ce n’est que très tardivement qu’Anthony Souchet m’a appelé pour me dire qu’il faudrait faire quelque chose avec les robots. Yvan Cassar a composé la musique et me l’a fait parvenir. J’ai immédiatement adoré ! Je l’ai écoutée en boucle pendant deux semaines environ et, petit à petit, les idées du script de la chorégraphie sont venues.

Il y a eu une panne un soir à Bercy [le 18 septembre 2013, ndrl]. Que s’est-il passé ?
Il y a eu une panne de courant avant que le concert ne débute. Toutes les machines ont été redémarée, dont les miennes. Mais l’un des services informatique n’a pas redémarré normalement ni à temps. Lorsqu’il a de nouveau été fonctionnel, il était trop tard pour sortir les robots sur « C’est une belle journée ». Du coup, dans le doute, la production a préféré ne pas les sortir de la soirée.

Avez-vous été présent sur toutes les dates de la tournée ?
Oui ! Pour cette tournée, nous avons fabriqué une nouvelle régie qui se trouvait sous la scène. De mon poste je voyais tous mes robots. Chaque jour de concert, en début d’après-midi, nous faisions les tests machineries. Et pendant le concert, j’étais à la régie pour démarrer les chorégraphies avec en main, une poignée « homme-mort » que je devais lâcher pour arrêter les robots si jamais la sécurité d’une des personnes sur scène n’était pas assurée.


Sophie Khairallah pour Styx Magazine spécial Timeless 2013 - 03/2014
    

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