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Mathieu Spadaro (Réalisateur)Interview Documentaire 'L'ultime création' - 2020

Quelle est la genèse de votre collaboration avec Mylène Farmer ?
C'est une histoire un peu plus ancienne : j'ai eu la chance de faire le making-of du clip de Désobéissance qui a été réalisé par Bruno Aveillan en 2018. Elle avait trouvé le résultat super et m'a rappelé quelques mois plus tard pour me proposer de filmer les coulisses de son spectacle. Très vite, l'idée de faire un documentaire est née.

Pourquoi ce titre, L'Ultime Création ? On retrouvait cette idée de "final tragique" dans les dernières minutes de son spectacle, lorsqu'elle disparaissait dans les flammes... Est-ce un clin d'œil ?
Un clin d'œil, oui... Mais ce que j'aime, c'est la force des mots, comme Mylène, qui une fois agencés entre eux peuvent donner naissance à une forme d'ambivalence, à des sous-entendus. "Ultime création", pour moi, c'était l'association de deux mots très forts et très représentatifs du résultat.

Pouvez-vous expliquer son format en trois épisodes ?
C'est une demande d'Amazon Prime Video et des producteurs : le documentaire devait être chapitré comme une série. Un film et une série se construisent différemment et il fallait donner un thème à chaque épisode, qu'ils se répondent entre eux et qu'il y ait une vraie progression. Le premier épisode suit plutôt les répétitions, l'appropriation des nouvelles chorégraphies et la réinterprétation des chansons qui ont été arrangées pour le show. Le deuxième épisode est plus sur la découverte de la salle, sur les premiers filages, le travail des lumières à Paris La Défense Arena. Et le troisième est un peu plus personnel, sur l'appréhension de la première scène mais aussi l'excitation de pouvoir présenter ce spectacle.

Aviez-vous carte blanche dans les coulisses ? Des séquences ont-elles été censurées au montage ?
Franchement, il y a eu zéro censure. Le premier jour, à La Seine Musicale [où l'artiste et son équipe répétait, ndlr], elle est venue me voir et m'a dit : "Allez, premier jour de tournage, on commence. Tu as carte blanche, fais le film que tu as envie de voir, c'est ça que je veux". Et tout part de là, d'une vraie confiance sans censure. De la liberté comme ça, ça n'arrive jamais et c'est peut-être ce qui a permis de fabriquer un documentaire comme celui-ci.

On découvre Mylène Farmer dans la "vraie vie", au sport ou en promenade avec ses chiens. Quelle image d'elle vouliez-vous montrer ?
Je n'ai pas voulu montrer une image d'elle en particulier. C'est vraiment un portrait fait durant ces deux mois et demi que j'ai vécus avec elle. Il n'y a rien de calculé, c'est tout en simplicité, à son image. Elle est très authentique, à la fois drôle, émouvante, leader au sein de ses équipes... Avec beaucoup de bienveillance, je voulais juste montrer la femme que j'ai rencontrée.

Comment est venue l'idée de lui faire faire les voix off du documentaire ?
D'habitude, les documentaires plus classiques peuvent se présenter avec des interviews face caméra, ce qui ne correspond pas vraiment à Mylène. L'idée, c'était de prendre le contre-pied : faire une voix off avec laquelle elle raconterait son histoire, en fil rouge. C'est venu assez naturellement ! Elle m'a laissé monter le documentaire et elle est venue tout à la fin : j'avais laissé des espaces en me disant qu'elle pourrait y prendre la parole et elle a posé la dernière touche, le vernis.

Dans le dernier épisode, les larmes coulent en coulisses et sur scène alors que la tournée touche à sa fin. Qu'avez-vous ressenti en quittant Mylène Farmer et ses équipes ?
Je me retrouve vachement dans ce qu'elle dit : ce genre d'aventures est tellement intense - à la fois en émotions, en rencontres, en rythme et en fatigue - que sortir de ça et revenir à une vie normale est comme sortir d'une bulle. Il faut un temps d'adaptation pour redescendre.

Pouvez-vous nous raconter une anecdote qui vous a marqué, sur ce tournage ?
Pendant cette aventure, on était sur une dynamique d'apprivoisement : chaque jour, elle me laissait filmer un petit peu plus, être un peu plus près... Et puis il y a des jours où c'était pas le bon jour. Et elle avait sa façon à elle de me dire qu'il fallait la laisser tranquille : j'étais invité à aller boire un café plus loin et à revenir plus tard. [Il rit]

Avez-vous prévu de collaborer ensemble à nouveau dans le futur ?
On a vécu quelque chose de très fort ensemble. Aujourd'hui, on est très proche et très complice. On n'a rien prévu ensemble pour le moment mais on continue en tout cas de discuter et se raconter des choses...


Jade Olivier pour Télé Loisirs - 25/09/2020