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Christopher Gaspar (Sosie de Michael Jackson)Interview Clips - 2016

Que mon cœur lâche



Comment t’es-tu retrouvé sur le tournage du clip ?
J’étais en tournée avec Patrick Sébastien en 1992. A cette époque, il n’y avait pas les téléphones portables donc quand on partait, on partait ! En rentrant chez moi, j’avais un message sur mon répondeur d’Huguette Funfock, qui avait une agence de sosies. Elle me dit qu’il y a une audition pour le clip de Mylène Farmer. Je la rappelle de suite et elle me dit qu’il faut passer le jour même aux studios d’Arpajon. C’était à la fin de l’été.

Il s’agit alors d’une simple audition ?
Pour moi oui, c’est comme ça qu’on me l’a présenté… Je ne pensais pas voir Mylène Farmer et Luc Besson ! Du coup, je me dis que c’est peut-être pour qu’ils se rendent mieux compte de mon personnage… Je suis jeune, je me pose pas trop de questions. Je suis un peu émoustillé [rires].

J’imagine bien oui ! Et donc tu arrives sur place...
J’arrive et on me met dans une loge ou il y avait les figurants. Je me prépare et je vois Luc Besson qui passe. Je lui dis que je fais le sosie de Michael Jackson. Il me demande alors de me préparer. Mylène passe également dans le couloir pour voir ce qui se passe... Elle est assez curieuse. On ne m’explique pas grand-chose et je ne demande pas non plus car pour moi c’est juste une audition ! On me fait ensuite descendre sur le plateau ou tout était forcément déjà installé... Le travelling, les grosses cameras, etc. C’était pour moi une première d’être sur un plateau 100% artificiel.

Gros stress tout de même de tourner avec Besson !?
Un peu oui [rires]. A un moment, Besson hurle alors sur les mecs de la déco a propos de la croix : "Vous êtes malades ! Il fallait faire une croix plus légère !". Ils préparaient la fameuse scène avec la croix ; je commençais a m’inquiéter en me demandant ce que je faisais là. D’autant que je ne devais pas nuire à l’image de Michael Jackson…

Pas évident de bien comprendre ce qu’on attend de toi !
Non ! Je demande alors à l’une des responsables de plateau... Je demande si la croix est pour moi car je ne veux pas me faire crucifier dessus [rires] ! Je commence à paniquer... Luc Besson arrive et m’explique : "Ne t’inquiète pas. En fait c’est le Christ, il est un peu débile et fait beaucoup de conneries. Comme il est fan de Michael Jackson, en te voyant, il va faire tomber sa croix".

C’est donc ça la vraie signification ? Car nombreux sont ceux qui n’ont pas compris ce côté décalé !
Exactement ! En même temps je me demande toujours ce que Michael Jackson vient faire là-dedans [rires] ! C’était un trip en fait. Car les deux personnages qui sortent du club ‘Q’ se prennent des trips d’amour... Toute l’histoire est finalement au début du clip : Dieu voit que l’amour sur Terre est totalement dénaturé et ça ne lui plait pas. Il appelle donc son meilleur ange (Mylène), car a chaque fois qu’il envoie le Christ, c’est un désastre. Dieu et le Christ voient alors sur l’écran ce qui se passe en bas. Le Christ, fan de Michael Jackson, en fait tomber sa croix !

C’est finalement clair, mais bien... barré...
Ouais ! Besson vient me parler directement pour me rassurer, sans me donner non plus tous les détails... Tout était très confidentiel.

Comment cela s’est-il passe pour la partie chorégraphiée ?
Luc Besson me demande si j’ai une cassette ; oui nous sommes en 1992 donc c’était encore les cassettes [rires], pour faire mes pas de danse. Je dis que non, pensant que j’allais danser sur la chanson de Mylène pour que les pas correspondent. Il me dit alors : "Non, personne ne peut écouter le titre, ça va être un problème".

Aïe...
Oui ! Luc me dit : "C’est un problème car tu ne peux pas danser sur sa chanson et tu n’as pas de cassette avec des titres sur lesquels tu peux faire des pas". Eux n’avaient rien d’autre non plus.

Donc pour ce jour de tournage, Que mon cœur lâche n’est jamais diffusé sur le plateau ?
Non, en tout cas pour ma scène et tout ce qui est en rapport avec la scène du club ‘Q’, ou même quand Mylène se prend une claque, le titre n’est jamais diffusé. A un moment, elle vient vers moi et me demande si je peux danser sur une autre chanson. Je dis que oui évidemment ! Elle me dit alors qu’elle a un album de Prince avec elle.

Du Prince pour danser sur Michael Jackson dans un clip de Mylène Farmer...
Oui [rires] !!! Du coup Mylène met le disque avec le premier titre, qui est un slow. Je lui dis que ça ne va pas aller. Elle en remet un second, puis un troisième, etc. Ça duré un petit moment, et c’est elle qui changeait les pistes du disque. A un moment donné, on trouve le bon titre ! Nous faisons donc ma première scène, sans la croix et de façon totalement libre...

Sans direction particulière ?
Non, du tout ! Je n’ai même pas eu de directive pour le costume de Michael. Je suis venu avec une tenue soft de l’époque [single Jam, ndlr]. J’ai fait la scène deux ou trois fois. Pendant ce temps-là, ça tournait !

Ça tournait mais toujours en croyant que c’était une audition !
Oui c’est ça [rires] !

Vient ensuite la scène mythique de la croix ?
Oui. Cette scène est séquencée car la croix est trop lourde. Un coup la croix tombe, mais il faut que je m’en aille. Ensuite il faut faire un plan ou la croix doit être retenue par mon épaule. Après je dois m’allonger au sol et on met la croix sur moi. A l’origine il ne devait y avoir que deux plans : un premier ou elle devait tomber du ciel et un second ou elle devait m’écraser.

Il y a un côté très freestyle quand même sur ce tournage !
Oui je n’étais pas très content, et en même temps tu ne peux pas jouer à l’emmerdeur quand tu tournes avec Besson et Mylène Farmer. Grosse époque pour les deux ! Tout le monde était très discipliné. Je ne me voyais pas la ramener [rires]. Et puis, je me dis toujours que c’est une audition.

C’est fou quand on y pense...
N’est-ce pas ?! On me dit à un moment : "OK super, c’est dans la boite !". Je demande naïvement si je suis pris ! Besson me dit alors : "Pris pour quoi ? C’est bon c’est filmé, c’est top". C’était donc effectivement dans la boite et définitif [rires] ! Je rentre alors chez moi et j’appelle l’agence en disant que je ne comprenais pas car je pensais que c’était une audition ! On m’explique alors qu’il y a eu une audition quelques jours avant le tournage mais Luc Besson et Mylène m’avaient en réalité repéré sur un show télé de Patrick Sébastien et me voulaient moi. Mais comme j’étais en tournée et donc pas disponible, ils avaient caste d’autres Jacksons.

Je comprends mieux leur état d’esprit le jour du tournage !
Totalement. Du coup, quand je suis arrive le jour J, dans ma tête c’était pour une audition, mais pour eux non puisqu’ils me voulaient et que j’étais la [rires].

Quelle histoire !!!
[Rires] Oui, mais quand je suis rentré, je me suis demandé si j’avais bien fait d’y aller, de le faire... en plus je ne connaissais pas le titre ! J’apprends ensuite que c’est une chanson sur le Sida, Jackson qui se prend une croix sur la tête… Tout se mélange un peu. Et puis encore une fois, sans avoir écouté le titre ! Je me demande même s’il est déjà fait !

Du coup, on comprend mieux le clip...
Oui forcement. Je me souviens de la première du clip. Je connaissais l’histoire, mais avec le montage ça peut être différent. En réalité non, c’était très fidèle a ce qui avait été tourné. Besson ne m’a pas menti : le Christ c’est Gaston Lagaffe [rires]. Après, je ne me suis jamais positionné comme quelqu’un qui ne connait pas l’histoire et s’il voit à quel point ce Christ est idiot. Des gens ont cru que le fait d’utiliser le personnage de Michael Jackson était un manque de respect de la part de Mylène. Pas du tout, puisque c’est justement un artiste qu’elle aimait.

Avoir Jackson dans ce clip est plutôt un non-sens. As-tu eu vent de ce qu’il en a pensé ?
Pas vraiment, pas directement, mais je crois qu’il n’a pas compris surtout...

Et les fans de Michael Jackson ?
Il y avait deux camps. Ceux qui aimaient parce que c’était drôle et qu’il fallait le prendre comme tel, et les autres qui voulaient détourner le sens du clip, ou qui disaient : "Pour qui se prend-elle ?". Mais elle a toujours été transparente dans le sens ou elle n’a jamais fait croire que c’était le vrai. Il y a le crédit a la fin du clip qui le dit, d’ailleurs.

En tout cas, ce clip était une vraie nouveauté pour Mylène...
C’est vrai ! Il n’y a pas les codes Farmer par rapport aux anciens clips... Il y a d’un seul coup un humour qui vient se greffer, que tu ne comprends pas forcement a la première lecture.

Et sinon, fan de Mylène ?
Oui, de la première heure... J’étais donc un fan qui allait tourner avec elle ! C’était très excitant qu’elle devienne accessible pour moi. Ça influe sur la façon d’agir. Aujourd’hui, je ne suis pas fan de tout ce qu’elle fait. J’ai adore Innamoramento a l’époque... Je la vois toujours sur scène par contre, je n’ai jamais raté une seule tournée !

Une anecdote de tournage a partager ?
Oui... Quand j’ai terminé ma prestation, je suis allé me démaquiller et je suis revenu sur le plateau. Mylène était en jogging et baskets de boxe rouges... J’adorais ses baskets [rires]. Elle se recoiffait. En relevant la tête, elle demande à une assistante : "C’est qui lui ?". Elle ne m’avait vu qu’en Michael Jackson. L’assistante lui dit : "C’est Michael Jackson". Mylène me regarde et me dit : "Je ne t’avais pas reconnu ! C’était bien !".
Sinon je me suis aperçu qu’ils avaient un peu accéléré ma prestation lors du montage, pour que ce soit plus dynamique.
Je me souviens aussi de Télé 7 Jours qui était venu pour un reportage avec la photographe de Mylène. On essayait de prendre la bonne pose tous les deux [sourire], et je souhaitais garder une certaine distance. Ça s’est fait naturellement, sans trop réfléchir.


Olivier Chalumeau - 04/2016

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