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François Hanss (Réalisateur)Interview Paris La Défense Arena 2019 - 2019

Podcast Allociné / HDMF

Jean-Maxime Renault – Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de Spotlight, qui n’aura jamais aussi bien porté son nom puisque cette semaine nous allons mettre un coup de projecteur sur un spectacle, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de celui de Mylène Farmer, Mylène Farmer 2019. La star a tout donné en juin dernier sur l’immense scène de La Défense Paris Arena, pour 9 soirées exceptionnelles, et cette messe sera retransmise dans les salles de cinéma de France et même du monde entier le 07 novembre prochain à 20h. Deux heures d’un grand show, démesuré, cinématographique, poétique aussi, évidemment très émouvant, et filmé par les nombreuses cameras du réalisateur Francois Hanss, que nous avons l’honneur de recevoir aujourd’hui. Bonjour François !
François Hanss – Bonjour à vous !

JMR – Merci d’avoir accepté notre invitation !
FH – Merci à vous pour l’invitation aussi.

JMR – Je suis Jean-Maxime Renault et pour m’accompagner, j’ai le plaisir d’avoir à mes côtés Bastien Collignon, journaliste et l’un des intervenants de l’excellent podcast Mylène Farmer – Histoires de…, la première émission entièrement consacrée à Mylène Farmer, qui décortique toutes les trois semaines un album ou un concert de la chanteuse, avec plein d’anecdotes et de décryptages musicaux. Salut Bastien !
Bastien Collignon – Salut !
JMR – On peut dire que c’est une sorte de crossover entre nos deux podcasts !
BC – Je reconnais bien le fan de séries que tu es ! ‘Crossover’ ! (rires)
JMR – Alors, avec vous François, on va revenir en détails sur cette aventure, sur toutes les étapes qui ont précédé la sortie du film. On va parler des influences et des références de ce spectacle, de votre étroite collaboration avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat – on ne l’oublie pas – et bien sur votre carrière de réalisateur, très singulière, riche en expériences de scène notamment mais aussi des clips, et pas des moindres !


Diffusion d’un extrait de M’effondre (live 2019).

JMR – Voilà, on se met dans l’ambiance de ce concert et on plonge dans ce voyage interstellaire, avec d’abord des questions très terre-à-terre mais inévitables, un peu mathématiques. D’abord, ce film, de sa conception à sa sortie, ça représente combien de jours de travail, combien de personnes autour de vous…? Est-ce que vous pouvez nous donner des chiffres ?
FH – Beaucoup de travail en très peu de temps. Peut-être c’est la vraie première fois ou on a été aussi vite, aussi rapidement, pour des raisons diverses. Mais en fait, j’ai commencé vraiment à préparer le film des le mois d’avril, donc c’est juste à peine un mois et demi avant les premières répétitions qui ont eu lieu à l’Arena. Ce qui fait qu’on a commencé à constituer une équipe de préparation, de tournage, et d’envisager aussi la post-production qui devait aussi se faire dans un délai très rapide, puisqu’on avait déjà la perspective – a contrario de Timeless – d’une exploitation, d’une fenêtre premium dans les salles de cinéma grâce au partenaire Pathé Live. Et Thierry Fontaine, qui est à l’origine de ce partenariat, nous avait dit qu’il voulait le film en salles. Cela occasionnait une précipitation, d’une certaine manière, puisque dans les fenêtres, la chronologie des médias comme on dit, il y avait du coup l’idée de faire un film qui soit déjà en premier dans les salles, et ensuite pour d’éventuelles exploitations à venir. Donc on a tout précipité, mais pour aussi de très bonnes raisons. Il fallait donc faire un film en l’espace de deux mois et demi de post-production, ce qui est quand même finalement très peu pour un long-métrage classique.

JMR – Là, on est le 15 octobre quand on enregistre. Vous avez terminé ou pas encore ?
FH – On vient de finaliser, en fait. Mais en fait quand je dis ‘finaliser’, c’est-à-dire que le montage proprement dit, image, lui a été bouclé, d’une certaine manière, il y a quelques semaines. Mais après vous avez tout ce qui est – comme dans tout process de post-production classique – l’étalonnage. Mais ça reste un film quand même qui est avec un nombre de plans assez important, des sources de lumière très différentes, des tableaux… donc l’étalonnage a été assez complexe et assez long. En plus on a tourné dans un format qui est quand même assez lourd : on a tourné pour la première fois en 4K. Donc c’est aussi, derrière, des relos du process de post-production, des machines… Tout ça est multiplié par 4 forcement, ou par 2, selon. Donc tout ça pour dire qu’entre le moment où j’ai commencé à vraiment dire ‘on va faire le film’ et la finalisation, l’été a été chaud (rires) !

BC – Oui, vous êtes pas parti en vacances !...
FH – Non (rires). Mais Paris au mois d’août c’est bien, cela dit !

BC – Vous aviez combien d’heures de rushes en tout ? Ça représente combien d’heures de rushes a peu près, parce que vous dites que vous avez beaucoup de plans…
FH – On a beaucoup tourné, en fait, sur un soir essentiellement. Donc c’était le soir ou il y avait la participation de Sting [le mardi 18 juin 2019, ndlr]. Ça avait été déjà une sorte de focus pour le tournage, principalement. L’avantage aussi que ça posait, c’est que du coup c’était le sixième show me semble-t-il [le septième en réalité, ndlr], sur les 9. Donc on a un show qui est, du coup, bien en place, bien rodé, donc ça compte aussi également quand on filme un spectacle, bien évidemment. On a, effectivement, tourné avec 12 cameras le soir de Sting, mais on a aussi enrichi avec des soirs avant pour un certain nombre de valeurs ajoutées, certains plans, certains point de vue. Donc ça aussi, ça constitue le corpus de tout ce qui est le montage. Donc il y a une sorte d’axe principal d’un soir, et autour des valeurs diverses qu’on glane sur différents shows. L’arène en plus – on y reviendra j’imagine – mais c’est quelque chose quand même ! C’est un espace qui est assez complexe à optimiser à l’image, donc ce n’est pas juste une scène et une fosse avec un public. La salle devait être également à l’image presque comme la scène, on jouait de l’un et de l’autre, le contre-champ, le lien avec le public, le lien des lumières qui partaient aussi sur la salle – il y avait un gros travail de Dimitri Vassiliu au niveau des lumières – donc c’est vrai que ça donnait un spectacle ou la salle était autant un intérêt a l’image que la scène, d’une certaine manière.

JMR – Selon l’endroit où on était dans la salle, on ne voyait pas nécessairement le même spectacle. C’est ça aussi qui, du coup, à retranscrire en live doit être assez compliqué…
FH – Ah, je vous le confirme (rires) !

BC – Vous disiez que vous utilisez la 4K pour la première fois. Dans quel but en fait ? C’est pour une expérience optimale en salle, ou c’était une envie technologique… ?
FH – Tout ça, mais aussi parce que de toute façon voilà, aujourd’hui, pour essayer d’avoir aussi un rendu… Et puis je pense qu’aujourd’hui la consommation, même sur des plateformes, même regardez sur YouTube la 4K est là, bon… Apres le fait de tourner un vrai programme, un film natif en 4K, ça reste quelque chose d’assez exceptionnel, vous l’imaginez. Donc ça reste peut-être même un des premiers films, je pense, qui va être édité et qui sera diffusé comme ça en 4K. Apres c’est pour des optiques, c’est pour un intérêt aussi de toujours… avec Mylène on essaie toujours d’optimiser, d’avoir quelque chose qui, qualitativement, offre la belle image, le beau son… Enfin voila c’est le film, du coup, qui reste un peu ce qui nous anime tous.

JMR – Au niveau du son, justement, il y a aussi Dolby…
FH – En fait on a la chance d’avoir Dolby qui est venu nous voir très simplement. Ils se sont dit que par rapport à Mylène, ils avaient très envie de nous accompagner. Je pense que l’artiste, plus les films, plus l’image, plus la notoriété, plus tout le travail qu’elle a déjà engagé depuis de nombreuses années, fait que Dolby avait envie de la suivre. Donc ça, ça a été une chance aussi, puisque c’est arrivé pratiquement quand on était en train de commencer à mettre en place le dispositif, le choix, les techniques, les caméras, le choix des optiques… Ça a été une vraie réflexion, assez complexe dans la préparation. Au-delà du Dolby ‘son’, que la plupart des gens connaissent quand même aujourd’hui, vous avez maintenant le Dolby Vision, qui est une sorte de valeur ajoutée sur l’image. Pour la faire simple, ce sont des contrastes plus prononcés, des détails, le spectre des couleurs qui est beaucoup plus large. Et en plus ils ont commencé à lancer des salles Dolby Cinéma dans le monde, et en France il y en a une dizaine actuellement, dont une à Paris : le Pathé Beaugrenelle. Vous allez pouvoir, je pense, découvrir le film de manière un peu inédite, parce que là c’est une version qui est vraiment ‘Dolby’, a l’image et au son. Donc le Dolby Cinéma, si vous voulez, ça vous garantit une immersion complètement dans l’image et dans le son. Les salles sont assez exceptionnelles : ce sont des salles confort garanti, enfin vous voyez, c’est le côté V.I.P., il y a un côté très exceptionnel quoi. Et en plus vous avez le noir total dans la salle, ce qui fait que vous avez une image qui est complétement mise en avant, et vous n’avez plus ce côté un peu gris ou laiteux d’une salle de cinéma, où vous sentez la lumière du projecteur qui envahit la salle, d’une certaine manière. Donc, on ne s’en rend plus compte parce qu’aujourd’hui on est tous des spectateurs assidus, mais là vous allez avoir une impression d’être vraiment avec l’image pure et le noir total. Et là, moi je pars faire l’’étalonnage Dolby’ à Londres, puisque c’est encore une étape supplémentaire. Au-delà de l’étalonnage traditionnel, vous avez une sorte de lecture par les algorithmes, enfin tout ce qui est lie à Dolby.

JMR – Ça, ce sera une première pour vous, du coup ?
FH – Oui, absolument (rires).

BC – Et si on revient justement à la conception même du film, donc vous avez parlé d’un démarrage du processus vers le mois d’avril. Est-ce que, par contre, vous êtes présent dès la conception du spectacle – je suppose un an avant – pour savoir comment vous allez faire pour le film ? A quel moment vous entrez dans le processus de création avec Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ?
FH – La, il n’y a pas eu du tout d’implication au préalable sur la pré-préparation, la gestation, la genèse de ce qu’a été le spectacle. Je sais que ça a pris plus d’une année, bien évidemment, entre les choix des nouveaux partenaires artistiques, des décors… Je savais qu’il y avait un socle qui était commun aux anciens spectacles, notamment à la lumière (Dimitri) mais après je n’avais pas du tout de… en tout cas, je ne suis pas rentré dans la préparation. Moi je suis arrivé, d’une certaine manière, pratiquement en dernier quoi, sur cette chaine de fabrication.

BC – Vous aviez, du coup, des échos en amont de ce a quoi le spectacle allait ressembler, ou même pas ?
FH – Très peu, franchement très peu. C’est pour ça que quand je suis rentré vraiment dans la boucle, tout de suite ça a été ma curiosité de voir un peu ce à quoi ça allait ressembler. Déjà la scène, dans quel mood, dans quels codes, à quoi ça ressemblait, est-ce que c’était un décor figuratif, est-ce qu’il y avait des écrans… essayer d’appréhender déjà un peu une scénographie. Donc j’ai vu les premières esquisses, des drafts, des simulations, de la 3D, comme souvent les gens font quand ils font un décor et un spectacle sur scène.

Diffusion d’un extrait d’Interstellaires (live 2019).

JMR – C’est un spectacle qui démarre un peu comme une suite spirituelle du précèdent. On garde cette idée d’espace, de science-fiction aussi, qui était déjà présente sur Timeless mais avec un aspect disons plus dystopique, j’ai l’impression. Comme souvent dans la carrière de Mylène, il y a plein de références cinématographiques – c’est une cinéphile, vous aussi, Laurent Boutonnat évidemment. Vous, comment vous définiriez ce spectacle ? Comment vous l’avez ressenti finalement au moment de la conception ? Pour vous c’est de la science-fiction effectivement ? Ce début dans les airs, etc.
FH – En fait, a priori, il y a quelque chose qui est étonnant, c’est qu’on a l’impression qu’il n’y a pas de décor, et en fait la lumière est décor. Et il y a des modules, il y a un totem avec des éléments Tetris qui bougent et qui vont et viennent, d’une certaine manière. Ils sont parfois des vrais alliés pour la lumière, parfois ils se substituent, parfois ils deviennent décor parce qu’il y a des projections dessus… Et du coup, chaque tableau, chaque chanson, était presque une sorte de… c’est comme une poupée russe. On aurait vu, finalement, un déploiement de différentes couleurs, un vortex de lumières dans lequel on rentre et qui sans cesse se renouvelle… Après avec une tonalité, bien évidemment, à l’égal de ce que vos dites : effectivement dystopique, un aspect science-fictionnesque… Peut-être des influences tangibles dès le début (Blade Runner)… Des choses qui font aussi écho à ces écrans medium qui étaient dans la salle, puisque du coup il y avait cet aspect 3D d’une certaine manière, où le public avait l’impression, non pas de voir une scène en frontal, mais d’avoir aussi ce déploiement de lumières qui allait complétement embarquer la fosse, la scène, la salle… Et donc du coup, les gens se sentent complétement intégrés. Donc c’est vrai qu’il y avait ce côté épuré, je trouvais, dans la scène – sur la scène en tout cas : un plateau, deux sets avec des musiciens à jardin et cour, et d’une certaine manière une sorte d’épure. Mais finalement il y avait tout le temps ce déploiement, cette éclosion sans cesse renouvelés, donc il n’y a pas un tableau, curieusement, qui fasse qu’on aie une sorte de lassitude ou de répétition. Après avec cet esprit effectivement que Mylène et Laurent ont largement, je pense, mis en avant : ce côté très féerique, très imaginaire et une part aussi dans les étoiles. Enfin il y a un côté galactique et parfois même abyssal, c’est-à-dire que j’avais l’impression moi des fois qu’on était un petit peu dans la galaxie, un côté très ‘on part’, quoi. J’aime ça en plus ! Et donc on se dit qu’avec la hauteur, on avait aussi ce côté presque aquatique, d’une certaine manière, des fois. Alors après c’est aussi mon ressenti par rapport à des axes de camera que j’ai aussi essayé de prendre et d’optimiser, avec des hauteurs, avec des verticalités, et puis des champs très larges…

JMR – Vous fonctionnez presque comme un scénario, vous faites un scénario dans votre tête ?
FH – Oui…

JMR – Et là, du coup, ce scénario c’était quoi ? Ça avait un début, un milieu et une fin ?
BC – Parce qu’on a l’impression d’assister un petit peu à une histoire quand même, avec les spectacles de Mylène Farmer – et là une fois encore – avec une entrée, une sortie, des choses qui se passent entre…
JMR – On voit beaucoup d’images de villes détruites ou de villes du futur, enfin il y a beaucoup ça qui revient régulièrement.

FH – Oui. Ça a beau être parcellaire effectivement, globalement il y a une sorte de récit qui s’installe et dans lequel chacun après part selon l’envie, les rythmes… C’est très organique, je trouve, en tout cas. Et c’est vrai que quand vous parlez de script, c’est drôle parce que… de toute façon quand on filme un spectacle, d’une certaine manière on se raconte une histoire puisqu’on est obligés de rentrer, de découper, de faire des choix, des partis-pris, de focaliser sur des choses que le spectateur dans la salle n’a pas forcement puisque lui, on lui donne un point de vue unique. Là, moi j’organise finalement un découpage selon et j’aime bien l’organiser in fine jusqu’au montage. On l’optimise déjà en voyant X fois un spectacle qui se met en place, qui se répète. Et ça c’est aussi le grand plaisir du travail avec Mylène et Laurent, c’est que finalement après on a eu la chance, quand même, de s’installer, au-delà des premières répétitions qui se sont faites à la Seine Musicale pour tout ce qui était artistique (danse, musique) où là il y a eu tout un team de gens qui se sont rassemblés pour des jours de répétition. Puis après tout le monde a commencé à s’installer à l’Arena, avec le décor qui lui s’est installé sur quand même plusieurs semaines. Et du coup, après les répétitions se sont engagées. Et là vous avez quand même l’immense privilège et plaisir de pouvoir vraiment commencer à voir singulièrement comment vous allez faire votre film. Parce que c’est là où il faut vraiment faire ce travail de préparation indispensable en tout cas. Je suis rentré tardivement, mais la chance aussi, c’est d’avoir pu, sur un mois et demi pratiquement, optimiser tous les jours un travail de visuel et de ne pas arriver au dernier moment, parce que la… d’abord un, je ne saurais pas le faire et je n’aimerais pas le faire, en fait. Ça, je pense que c’est la aussi ou c’est le privilège de ces films la et de ce que j’aime faire aussi par ailleurs, en dehors de Mylène. C’est de ne pas arriver en se disant ‘Il y a 3 cams’, ou 10 – peu importe le nombre de cams – et puis on filme…

JMR – Et, vous l’avez dit, c’est un spectacle qui fonctionne beaucoup avec les écrans, peut-être plus que les précédents – en tout cas c’est l’impression que ça donne. Est-ce que, vous, ça complique votre travail ? Parce que finalement quand il y a des choses en dur à filmer – je pense aux concerts Avant que l’ombre… ou il y avait beaucoup d’éléments de décor, vraiment vous faisiez des focus dessus, des gros plans quoi – là il n’y a pas vraiment ça, alors comment vous trouvez…
BC – Comment on filme un écran, en fait…
JMR – Oui, comment on filme un écran ? C’est assez étrange…

FH – L’écran c’est de l’image, c’est du décor en fait. Donc il est considéré comme un décor. Et en fait, ça a été un gros plus sur certaines parties. Je pense notamment à la partie centrale – quand je dis ‘centrale’ c’est la partie ‘proscenium’, quand Mylène est vraiment sur les trois titres piano-voix. Là vous avez finalement une relative épure, puisqu’il y a un plateau, la scène principale qui est quasiment absente, mais vous avez cet écran derrière, qui devient un écran source majeure puisque finalement c’était souvent son gros plan. Du coup, le gros plan, avec cette simplicité, cette épure, le piano et Mylène au centre de la salle, ça devenait une sorte de… ça donnait une troisième dimension, et impactante sur le plan de l’émotion parce que bien évidemment c’était juste un très gros plan. Et parfois sur d’autres titres où l’écran devient aussi un écran source puisque vous avez des médias, des backdrops, du graphisme… Parfois c’est de l’abstraction, parfois ce sont des choses plus figuratives… Vous parliez de M’effondre avec les images sublimes de ce court-métrage…

JMH – De ville détruite…
FH – Voilà, de Notre-Dame, des personnages… enfin voilà. Ce qui complique c’est que par contre, au montage, on a aussi sur certains titres l’envie des fois de respecter ou de suivre un petit peu la cohérence narrative de certains écrans. Parce qu’on envie aussi de ne pas s’en échapper, parce que c’est beau, ça raconte quelque chose, c’est joli à voir… Ou alors, sur Histoires de fesses vous avez des personnages complétement étonnants, il y a de l’inventivité… Donc il y a quand même quelque chose qui s’empare aussi du show à ce moment-là. Donc vous êtes obligé de combiner dans le montage, vous avez aussi envie de…

JMH – De leur donner de la place, oui…
FH – Voila exactement. De faire que le plan large raconte aussi, et permette aux backdrops d’exister. Donc c’est un petit peu, des fois, des dualités. C’est pour ça qu’on prend aussi beaucoup de temps au montage, pour arriver un peu, j’espère, a cette harmonie générale.

BC – Alors, les décors, je l’ai précisé, ils étaient de Emmanuelle Favre, qui a travaillé beaucoup avec Dimitri Vassiliu parce que, vous l’avez dit tout a l’heure, pour revenir un peu dessus, les lumières sont incroyables dans ce spectacle. Mylène Farmer a beaucoup insisté sur le fait d’entrer dans le noir. Vous avez déjà filmé le Stade de France, mais qui était un peu à ciel ouvert. Là vous aviez un toit dans cette salle. Qu’est-ce que ça représentait pour vous toutes ces lumières, cette image à capter en fait ? Dans cette salle, plus précisément.
FH – Pour l’aspect de lumières, Dimitri de toute façon c’est un partenaire indispensable depuis trois concerts. En plus, il y a une espèce de… c’est un type incroyable – outre le fait que c’est un bon humain et un mec génial – mais c’est un type qui va toujours aller chercher. Alors lui, je pense qu’il a vraiment travaillé en amont pendant des mois et des mois sur ce spectacle…

BC – Oui, ça se sent !
FH – C’est quelqu’un qui va aller chercher des prototypes, qui va aller chercher des fabricants, des écritures de lumière qu’on ne voit pas, au demeurant, nulle part quoi. Donc il y a aussi cette primeur, cette inventivité, cette gourmandise d’aller chercher des technologies et de faire ensuite qu’elles se matérialisent, comme ça, en quelques semaines. Parce que finalement tout se construit, in fine, sur le site même de l’Arena, parce que tant que vous n’avez pas ce volume, cette salle entre les mains, vous pouvez théoriser, vous pouvez faire de la 3D virtuelle, mais vous n’y êtes pas quoi. Donc après il faut vraiment, et là c’est des équipes qui travaillent non-stop, 24/24 d’une certaine manière. Les moments de répétitions alternant avec les moments de réglages la nuit. Donc vous avez beaucoup de… la part artistique de la lumière dans ces spectacles, bien évidemment, c’est une énorme condition… enfin un atout pour le visuel du film. Et pour le spectateur aussi, parce que je pense que les gens ont été très touchés, impactés, ont été sensibles à cette lumière et ce volume, cette hauteur dans la salle quoi, surtout.

JMR – C’est vrai que selon l’endroit où on était dans la salle, on ne voyait pas forcement toutes les lumières. Moi j’étais dans la fosse, on ne se rendait pas compte de ce qu’il y avait autour. Une fois qu’on était dans les gradins, là on voyait l’ensemble de la chose…
BC – Oui parce que même la fosse était éclairée, enfin il y avait vraiment des lumières…

FH – Oui oui, aussi.

BC – Même dès qu’on rentrait dans la salle, on rentrait déjà dans une ambiance, enfin comme dans les précédents spectacles, quoi.
FH – Oui, Dimitri voulait faire… en fait avec Laurent, ils avaient imaginé effectivement que le spectateur, rentrant dans la salle, soit déjà presque dans une sorte d’ambiance pré-show. Donc il y avait cette volonté déjà de faire monter une sorte de prologue, comme on aime bien le faire a chaque fois, d’une certaine manière.

BC – Pour avoir aussi assisté à d’autres concerts quelques semaines après dans la même salle, c’était plus du tout… On entre dans une salle très froide, c’était plus du tout la même ambiance !
FH – C’est selon.

Diffusion d’un extrait de Désenchantée (live 2019).

JMR – On s’imagine – peut-être a tort – que l’entrée en scène et la sortie de scène sont les plus difficiles à filmer, parce que c’est peut-être les plus spectaculaires. Mais en réalité est-ce que c’est vraiment le cas, ou est-ce qu’il y a peut-être des choses qui paraissent, comme ça, anodines, qui sont bien plus compliquées a filmer ?
FH – C’est assez bien résumé, parce que les défis de réalisation ne sont pas forcément à l’égal de ce que vous avez comme dispositif ou comme complexité de mécanique, de machinerie et autre. Ou du nombre du gens qui sont sur scène ou pas. Est-ce que 16 danseurs, c’est plus compliqué que Mylène seule ? En fait, vous avez sans cesse besoin de renouveler votre acuité, votre dimension de mise en image aussi, il faut la prendre en compte. L’arrivée, effectivement, de Mylène posait de toute façon un certain nombre de questions de points de vue. Et moi, de toute façon, dans cette salle, quand je l’ai découverte pour la première fois, je m’étais dit : ‘le large, ça va être beau à mon avis, on va avoir forcement des choses incroyables’. Parce que la scène, elle est inscrite dans cette salle… c’est une vraie arène d’une certaine manière. En plus là, la scène était rapprochée donc on avait vraiment le format de l’arène, pas rectangulaire mais vraiment carré. Donc on avait une équivalence de points de vue, de distance de la scène au public et du public vers la scène, dans tous les axes quoi. Donc c’était assez intéressant. Et puis il y avait cette hauteur, qui est quand même étonnante ! On a 42 mètres de hauteur, donc avec une descente pour l’ouverture du spectacle, avec Mylène qui donc – il n’y a plus de secret maintenant – descend du plafond (rires)

JMR – Dans une sorte de demi-lune, on ne sait pas trop comment l’appeler mais…
FH – Exactement. Avec un passage a travers une cerce de lumières qui ensuite devient presque – enfin moi, c’est comme ça que je me la suis appropriée à l’image – c’est quelque chose d’étonnant cette cerce, parce qu’elle se démultiplie, elle joue, elle impacte la lumière. Elle devient un élément presque organique dans la salle… Donc cette hauteur, il fallait la dominer. Il fallait aussi avoir un point de vue privilégié sur cette demi-lune, comme vous dites. Et puis avec une idée de machinerie qu’il fallait trouver. Donc là on a réfléchi d’emblée à, qu’est-ce qu’on allait pouvoir faire. Parce qu’une caméra au sol n’allait pas le faire, forcément. Donc là, un escabeau n’y suffira pas ! Donc il fallait trouver des axes de machinerie un peu singuliers. Et on a eu la chance, avec des gens avec qui j’avais déjà travaillé sur le stade et sur Timeless, d’opérer avec des nouveaux systèmes de prises de vue qui sont des câbles, en fait. Donc vous avez des câbles de type SpiderCam, avec la caméra qui passe d’un endroit a l’autre d’un stade ou d’une salle. Donc ça c’est ce qu’on avait déjà utilisé. Vous pouvez avoir une tête 2D, 3D dessus, qui descend, qui monte, qui peut avoir des vraies valeurs ajoutées de points de vue. Mais là, on avait en fait un XFly vertical, c’est-à-dire qu’il faut imaginer un câble comme ça qui descend du plafond au sol, et vous avez une caméra avec une tête gyrostabilisée qui peut vous faire à 360 [degrés, ndlr] des points de vue. Donc là, c’était pratiquement l’objet rêvé, techniquement, pour approcher et donner aussi de l’amplitude a cette salle, au-delà de la descente et de l’arrivée de Mylène sur le show.

JMR – Et je me souviens que sur le précèdent concert, vous aviez essayé d’avoir des points de vue à la place de Mylène, peut-être, qui voit la salle. Est-ce que vous avez reproduit cet effet-là ?
FH – C’est vrai que les points de vue, notamment je pense que vous parlez des plans de dos, moi j’aime beaucoup ça, ce point de vue un peu rêvé de la petite souris qui donne à voir, un peu, ce qu’on peut voir d’une scène vers le public. Ce n’est pas forcement le point de vue de Mylène, en tout cas c’est un point de vue qui est graphique, qui peut aussi donner, tout d’un coup, un rythme, une impression, une émotion, un mouvement sur des danseurs, une chorégraphie, ou Mylène en solo, juste comme ça en termes de silhouette ou de jeu… Enfin, moi c’est quelque chose que j’aime beaucoup, et j’aime bien justement faire un peu un tour a 360 comme ça. Et ce que j’avais dit d’ailleurs en préparant le film a mon équipe, c’est que j’espérais finalement avoir finalement le point de vue de 93 spectateurs, d’une certaine manière. J’avais donne ce chiffre, et de toute façon avec 93 spectateurs dans une arène comme celle-là, on est finalement très minimaliste, parce qu’il y en aurait tant ! Quand je voyais sur la toile les gens qui filmaient, je me disais ‘Mais en fait tout est là’ ! Les gens filment tous les soirs avec des points de vue et il y a énormément de choses qui sont déjà très très belles à voir quoi.

BC – Et justement, le fait qu’il y ait ce public qui filme, maintenant dans les concerts, toutes ces images… Vous, vous n’êtes plus du tout le maitre des images en fait, dans des spectacles pareils. En ce moment par exemple, il y Madonna dans ses spectacles qui interdit les portables dans son spectacle, on ne peut pas filmer… Bon alors là, la salle est très grande, je crois qu’il y avait 27 000 spectateurs par soir. Ça aurait été impossible, ingérable de bloquer le portable de tout le monde ou… ?
FH – Oh après, rien n’est impossible mais je pense que là, c’était pas du tout une volonté d’aller capturer les appareils, les smartphones. Je vais vous dire une chose : a l’image, c’est magnifique. Pourquoi ? Parce qu’avant il y avait les briquets et les flammes, et là vous avez les lumières des smartphones qui s’éclairent. Il y a trois tableaux auxquels je pense dans le film ou finalement, heureusement que les gens ont leur smartphone, parce que vous avez cette espèce de myriade, de ciel étincelant… On ne sait plus où on est ! Cette espèce de galaxie, d’étoiles… selon les tableaux en plus, c’est très, très beau ! Donc moi, je dirais qu’à la limite au contraire, ça donne de la profondeur à la salle, ça donne matériellement l’idée qu’il y a un public, donc voilà. Après, il faut faire avec. Et puis de toute façon les gens filment beaucoup tout le temps, donc aujourd’hui, photos, vidéos… Ça n’empêche que voilà, nous on a fait un film avec des valeurs ajoutées, des gros plans, des positions que d’aucuns ne pourraient avoir parce que voilà, filmer un profil sur scène, être derrière… enfin voilà.

BC – Oui, on ne doute pas que ça sera pas du tout la même expérience au cinéma le 07 novembre (rires), par rapport à ce qu’on a vu sur les réseaux sociaux !
FH – C’est intéressant ce que vous dites, Bastien, mais cela dit on pourrait imaginer, demain, un film qui serait pratiquement – ça m’a effleure l’esprit, je me suis dit ‘mais on pourrait prendre, finalement, les sources, les images, les gens pourraient être les propres cadreurs d’un film, et puis vous le montez après avec ! Mais d’ailleurs, je crois que j’ai vu…

BC [le coupant] – Je crois qu’il y a des fans qui ont fait ça !
FH – Oui, j’ai vu, j’ai vu des choses assez étonnantes parce qu’il y a de la synchro, il y a du montage vraiment achevé donc oui oui, c’est étonnant !

JMR – Et pour reparler du public, vous aimez beaucoup le filmer. Est-ce que justement, le fait que tout le monde soit avec son smartphone, les images que vous avez-vous, les rushes, sont moins intéressants ?
FH – Oui, vous avez effectivement, je pense à quelque plans ou bien évidemment le public… Parce que moi le contre-champ, j’ai toujours aime ça. Donc je sais qu’il y a des réactions, des fois, sur ces plans-là mais, moi j’ai toujours trouve que voilà, il y avait aussi un partage d’émotions, des visages, des gens, des typologies… Des jeunes, des moins jeunes, des fois il y a des tout petits gamins dans la salle… moi je trouve que voilà, c’est étonnant. Mais j’ai quelques plans ou on voit effectivement les gens tenir leur smartphone, c’est pas…

BC – Aujourd’hui ça s’appelle Mylène Farmer 2019, et en 2019 c’est comme ça que les concerts se passent !
FH – Exactement, oui. Il y avait les briquets à une époque, bon on ne les a plus.

JMR – Il y a eu un défi, un tableau qui a été plus compliqué que les autres à filmer ?
BC – On pense à Désenchantée nous directement, par exemple, mais peut-être qu’on se trompe ?

FH – Oui parce qu’il y a les blocs qui font une sorte de percée… enfin le bloc, essentiellement, sur lequel Mylène était avec deux danseurs, qui progressait un petit peu au-dessus du public. Mais moi, enfin je ne vais pas vous dire que c’est un de mes tableaux favoris parce que, vous le découvrirez, il y a l’intro de Désenchantée qui est assez étonnante. Mais je ne pense pas forcement a ce tableau-là en termes de complexité, curieusement. Parce que là, on a utilisé justement la machinerie dont je vous parlais tout a l’heure, et puis il y avait un truc qui était étonnant, c’est que ça vivait partout quoi, dans la salle. Il y avait un crescendo sur, je crois, 12 minutes. C’est étonnant quoi ! Il y avait une variété de cadres, de plans… Non non, il y avait une richesse déjà imposée par la scénographie et la mise en scène que Laurent avait faite avec ces blocs effectivement…

JMR – Qui tournaient sur eux-mêmes…
FH – Plus ce début un peu mystérieux : banquise, vent, progression… spectacle un peu immobilisé comme ça dans le vent, le gel, et puis qui s’anime après, qui rougeoie. C’est ce que je vous disais tout a l’heure : en fait, des fois, un tableau relativement minimaliste en termes de prestation sur une scène, un déplacement des fois peut vous poser beaucoup plus de problèmes, parce qu’il faut être toujours dans le beau, dans le rythme, dans l’émotion, dans le registre de ce que vous avez envie de montrer.

BC – On peut peut-être parler du final, par exemple, ou il y a du feu sur scène ! Une sorte de feu à retranscrire a l’image, ça a été facile pour vous ou… ?
FH – Déjà, ils avaient quand même particulièrement bien réussi leur reconstitution de ce feu qui montait en puissance, jusqu’à cet espace dans lequel Mylène traversait les flammes, avec ce vent, cette espèce de confusion, on ne sait plus trop si elle part dans les flammes ou… Tout ce tableau-là, je dirais qu’il était offert parce que scénographiquement parlant il était vraiment majestueux… On est happé par ce tableau et du coup on a envie de rentrer avec nos cameras, nos axes.

BC – Et justement, ce final, il est assez symbolique. Si on rentre sur le fond, Mylène Farmer interprète L’horloge de Charles Baudelaire. Elle l’avait chanté une fois il y a 30 ans, et c’était le démarrage de son premier concert, et aujourd’hui c’est la fin de son dernier concert. Nous, on y voit beaucoup de symbolique. Est-ce que vous, vous y voyez quelque chose aussi, à ce choix de terminer par cette chanson-là ?
FH – Alors moi j’ai adore l’idée que ça soit le titre qui clôt le spectacle. J’ai bien dit ‘le spectacle’…!

BC – Nous aussi on a beaucoup aimé !
JMR – C’est très inattendu !

FH – Oui, j’adore l’idée de toute façon, je l’avais dit d’ailleurs à Laurent et Mylène puisque… J’y suis sensible parce qu’en fait je me suis souvenu du premier concert que Mylène avait donné, mais le vrai tout premier concert, lors de la préparation du spectacle. Ça s’était fait en province, à Saint-Etienne, on était donc en avril, je crois, 89 [il s’agissait en réalité du 11 mai 1989, ndlr}. Et je me suis souvenu de cette émotion très singulière de Mylène arrivant sur scène pour la première fois en public, et avec ce titre, qui lui par contre ouvrait le spectacle du concert de 89.

BC – Donc nous, on a vu un peu un message de boucle bouclée, c’est pas du tout ça, vous pensez ?
FH – J’ai pas reçu le sous-titre ! (Rires)

JMR – Bien ! Le mystère reste…

Diffusion d’un extrait de L’horloge (live 2019).

JMR – Alors maintenant, on va rentrer plus sur la phase du montage. Bêtement, moi j’imaginais que vous étiez tout seul à faire votre montage. Je sais, en vérité, que ce n’est pas vrai mais est-ce que vous vous pouvez nous raconter combien vous êtes et comment vous vous répartissez le travail ? Enfin, comment ça se passe vraiment au jour le jour ?
FH – Alors, l’idée du montage d’abord c’est une étape que moi j’adore éternellement, depuis que je tente de faire des films. C’est la partie ou – de toute façon, toutes les parties sont conséquentes dans la fabrication d’un film – mais c’est vraiment celle ou j’ai vraiment du plaisir quoi ! J’ai l’impression que c’est une banalité de le dire, mais c’est là où vous faites, vous fabriquez le film d’une certaine manière. Vous faites votre marché avant, vous faites les plans, vous avez beaucoup d’espoirs, beaucoup d’espérances, faire les meilleurs plans possibles… Après sur ce type de film, et je pratique ça de plus en plus, y compris sur certaines émissions de télé que j’avais faites en réalité-fiction – je pense qu’aujourd’hui l’idée d’un tandem, voire de plusieurs monteurs, est quelque chose de très valorisant pour le film, pour moi, pour tout le monde parce qu’il y a une énergie, d’une certaine manière. Et puis alors là, imaginez une chose : le film, en fait c’est un long-métrage de 2h10, donc la durée du spectacle. Il y a 22-23 séquences, 23 chansons. Vous partez seul dans ça, en termes de technique, de montage, au quotidien, vous ne pouvez pas rendre un film en quelques semaines. Enfin je veux dire, il faut… c’est la masse de rushes, la masse de travail est telle que voilà. Donc la en plus, on avait une team de monteurs, vraiment, avec laquelle ça s’est super bien passé. Certains étaient déjà là sur les précédents, il y a eu des nouveaux, il y a eu de belles surprises. Et puis moi je suis là tous les jours tous les jours au montage parce que j’adore ça donc… Et les étapes se font, in fine, de plus en plus, en faisant une première version, une deuxième, et c’est comme un texte de toute façon, ça ne nait pas comme ça en une fois. Donc vous en avez, des versions et des versions. Et aussi, ce qui est intéressant à plusieurs, c’est d’avoir des fois, le point de vue d’un autre monteur, qui va reprendre peut-être deux ou trois choses, des choses sur lesquelles on a se rend compte qu’on était peut-être trop focus sur telle chose… trop serré sur un espace, ou trop rythmé… Vous voyez, enfin ces allers-retours-là sont vraiment des choses intéressantes dans la fabrication, dans les échanges, dans le point de vue et de passer au tamis. Et vous avez des fois 10, 15 versions d’une même chanson.

JMR – Vous vous répartissez les chansons, c’est ça ?
FH – Alors là, ce qui est étonnant c’est que la plupart, en général quand ils démarrent le montage ils se font leur petite liste en disant : ‘Moi j’aimerais bien faire L’horloge’, ‘Moi j’aimerais bien faire Désenchantée’, ou alors ‘Moi j’ai fait déjà Désenchantée la fois dernière, je te la laisse’ ! Il y a cette espèce de répartition naturelle qui se fait, voilà. Et c’est plutôt très sympathique la, pour le coup. On sent le challenge là !

BC – Ah il y a de la compétition entre les monteurs ?
FH – Ouais ! (Rires) C’est bien, ça !

JMR – Et Mylène dans tout ça, dans ce montage, à quel moment elle intervient ? Est-ce qu’elle intervient ou est-ce qu’elle attend le résultat final ? Comment ça se passe ?
FH – On a une sorte de process très naturel qui se fait avec Mylène, c’est qu’en fait on part sur le montage. Bien évidemment ça prend un certain temps, donc là en l’occurrence une partie de l’été. Et puis en fait, Mylène a découvert le film, a un moment donne ou je lui ai dit : ‘Voilà, on peut commencer à regarder’. En général on lui présente le film accompli dans sa durée, avec pratiquement une sorte de promesse : ‘Voilà ce qu’on a envie de montrer et de lui faire découvrir’. Donc là, du coup, c’est toujours une étape un peu particulière, parce que tout d’un coup vous renversez le point de vue. Pour elle, il y a tout un tas de découvertes. Et c’est un travail après qui se fait relativement… on progresse, on affine, on voit là où elle pense qu’il y a des choses qu’on peut encore améliorer, et ça se fait en toute intelligence et vraiment c’est du partage. Et en plus, Mylène c’est vraiment quelqu’un qui aime beaucoup tout ce process de fabrication. Tout ce qui est postproduction, montage, vraiment elle s’y intéresse donc elle n’est pas absente, forcement puisqu’au-delà du visionnage, ensuite elle aime vraiment le petit plus qu’elle va apporter sur une rythmique, une chorégraphie, une chose qu’on peut avoir laissée de cote ou pas assez valorisée.

JMR – Il y a un exemple qui vous vient à l’esprit, d’un truc comme ça qu’elle vous aurait… ?
FH – Oh sur les chorégraphies elle a l’œil, et elle a un sacré œil ! Donc du coup, c’est vrai que déjà on est très au taquet. Après, non, je dirais que… (Il réfléchit). Sur un point de vue qu’elle pourrait avoir eu… Tout compte, parce que bien sur quand elle regarde, il y a un focus sur sa personne, mais je dirais que même les lumières, même le cadre général, les mouvements, l’allure générale des cadrages, le statut général du film… Elle y est très, très sensible. Vous voyez, la promesse même d’un générique, d’un début de film, d’une intro comme je vous parlais sur Désenchantée, c’est aussi cet espace qui glisse dans une sorte de forme cinématographique, elle y est très sensible.

BC – Et comment elle réagit dès qu’elle découvre ce premier spectacle ? Parce qu’en fait, du coup elle l’a vécu, mais là c’est la première fois qu’elle le voit. C’est un moment un peu d’émotion ou comment ça se passe ?
FH – Il y a toujours une part de, pas de crainte, mais toujours une petite appréhension. Mais l’appréhension qui est légitime d’une artiste qui, tout d’un coup, découvre ce qu’elle n’a pas vu, évidemment. Donc il y a un vrai renversement tout d’un coup… ça prend du temps, il y a plusieurs visionnages des fois. Mais je pense qu’on serait tous euh… Bon, elle est exceptionnelle pour ça parce que de toute façon, il n’y a pas grand-monde qui fait ce genre de choses. Moi je ne sais pas comment on fait ça ! Mais c’est vrai que là du coup, c’est la vision de son spectacle, de sa personne, de ‘qu’est-ce qu’on offre à voir ?’… Mais elle part après délibérément dans l’idée d’une forme de confiance dans laquelle on s’est installés les uns les autres. Mais on remet tous les compteurs à zéro à chaque fois !

JMR – Quel regard vous portez, vous, sur les autres spectacles filmés ? Il y en a quand même pas mal, mais qui n’ont pas, en général, autant d’attention que ce que Mylène peut proposer. Je pense aux concerts de Beyoncé, de Madonna… Est-ce que vous y faites attention ? Vous regardez un peu ?
FH – Bien sûr, oui oui.

JMR – Et il y a des choses qui vous plaisent et d’autres moins ?
FH – Oh bah oui, mais après je réagis comme un spectateur et vraiment comme un spectateur. Après, de par ma fonction, il se trouve que je fais partie d’une commission à la SACEM de réalisateurs qui, du coup, visionnent énormément, entre autres, de documentaires musicaux et de spectacles, donc de captations. Je n’aime pas ce mot, mais bon c’est le mot qui est utilisé. C’est pour ça que moi j’aime bien l’idée de : ‘On fait un film du spectacle’ (rires). Mais indépendamment de ça, donc je vois beaucoup de concerts filmés ou en tout cas de représentations scéniques. Après, toutes les écritures sont… enfin je ne crois pas qu’il y ait une façon de faire. Effectivement avec Mylène, peut-être qu’on a finalement un process, une façon de tourner, de monter aussi, d’aller dans l’achèvement de l’image, du son, du film dans sa globalité. Mais après il y a des lives qui sont super bien ! Et qui marquent aussi un vrai tempérament à l’image, au son… Apres il y a les moyens mais il y a aussi l’énergie qui peut, des fois, totalement prendre le relais dans une économie. Mais ça c’est… il y a des écritures hein, il y a des gens qui tournent aussi avec des GoPros, de la facette, 5D… enfin toutes ces énergies-là finalement des fois donnent aussi un truc étonnant a l’image, et à vivre. Moi j’aime bien ça. Après, il y a des projets – effectivement vous me parlez de Madonna, je ne suis pas forcement toujours séduit d’un concert à l’autre. Mais bon, ça c’est…

BC – En fait, chez les américains il y a beaucoup de post-prod, de filtres, toutes sortes de choses un peu agressives, je trouve…
JMR – Oui, beaucoup, beaucoup d’images en fait. On passe d’un plan à l’autre très vite en fait.

Diffusion d’un extrait de Sans logique (live 2019).

JMR – Est-ce que vous pourriez revenir rapidement sur votre première rencontre avec Laurent et Mylène ? Est-ce que vous avez un souvenir très précis de ce moment-là et du premier travail que vous avez réalisé ensemble ?
FH – J’étais assistant-réalisateur, c’était mon premier travail, mon premier job dans le cinéma. Ma fonction, c’était vraiment de vouloir faire des films en termes de réalisateur. Mais j’ai commencé vraiment comme plein de gens, en étant assistant, et j’aimais bien ce travail-là. Et il se trouve que j’ai rencontré Laurent via une autre personne, qui était lui aussi régisseur sur un film – c’était Jérôme Dahan – donc à l’époque sur un film que j’avais fait comme assistant. Et Jérôme avait, à l’époque, vu un peu ce que j’aimais faire en termes de photo, des musiques que j’écoutais – beaucoup de musiques de films – et il m’avait parlé effectivement d’un ami a lui, qui était donc Laurent. Et en fait c’est lui qui nous a fait nous rencontrer à l’époque, et on était vraiment dans nos débuts hein…

JMR – Vous aviez tous à peu près le même âge…
FH – Absolument. Et du coup, on s’est approchés, on a commencé à partager des passions communes : de musiciens de films, de photo… Lui-même faisait beaucoup de films en tant qu’opérateur. Il a ensuite été amené à faire des films sur lesquels je n’ai pas forcement travaillé mais il a appris que je faisais de l’assistanat, et un jour il m’a proposé de l’accompagner. C’était Libertine le premier clip sur lequel on a travaillé ensemble, en fait. Et moi j’avais ensuite, à l’époque, fait pas mal de publicités avec lui également, donc on a continué. Mylène, en fait, on s’est croisé pratiquement à la période de Maman a tort, c’était vraiment concomitant quoi.

JMR – Son premier titre, oui. Et donc, on le dit souvent mais Mylène Farmer, c’est la papesse du clip, dans les années 80, dans les années 90…
FH – 85, 86 même.

BC – Oui, milieu des années 80.
JMR – Rétrospectivement, enfin ça nous semble aujourd’hui incroyable ce qu’ils ont réussi à faire à l’époque. C’était assez unique et ça l’est resté finalement…

FH – Oui, je confirme. Moi en fait, ce qui m’a totalement bluffé, et c’était l’époque ou j’étais assistant sur un court-métrage qui était un pré-film qui allait donner lieu à un long-métrage (c’était Le brasier d’Eric Barbier), et on était dans un bin’s, pareil on allait chercher des solutions dans les régions, de faire construire des décors… On n’avait rien, on n’avait pas d’argent, enfin c’était vraiment la période bénie où finalement, on a l’impression que tout est possible. Ce qui ne serait plus forcément le cas aujourd’hui. Et du coup, au même moment, Laurent venait de faire Plus grandir, et il m’avait donne l’occasion de le découvrir au Kino panorama a l’époque, je me souviens, dans une salle qui n’existe plus malheureusement. Et j’ai découvert ce clip, en scope [Cinemascope, ndlr], avec en plus ce côté cinéma totalement revendiqué : musique au début, musique à la fin, générique… Je me suis dit : ‘Mais ça, j’adore !’ quoi. Et en fait, comme vous dites, c’était vraiment la période du clip qui ensuite a fait que, sur Libertine et par la suite, ça a toujours été envisagé de manière très cinématographique, comme des vrais courts-métrages. Et on partait d’ailleurs sur des temps de films de courts-métrages. On faisait des repérages, on faisait vraiment ça comme… C’est vrai qu’aujourd’hui, je ne vois pas beaucoup de possibilités de faire, finalement…

BC – Est-ce qu’on pourrait tourner aujourd’hui un clip comme Pourvu qu’elles soient douces par exemple ? Enfin, vu tous les figurants, tout ce qu’il y a à faire…
FH – C’est vrai que ça semble une époque un peu révolue. Financièrement, il y a toujours des gens qui vont, peut-être, pouvoir le faire. Mais après vous savez, c’est la logique aussi du marché. Faire un clip comme ça, aujourd’hui, répondrait à quelle logique ? Ça parait fou, quoi.

BC – Et comment vous faisiez justement à l’époque ? Parce que vous aviez tous entre 25 et 30 ans ! Ça parait dingue de faire de telles productions. C’était, du coup, de la débrouille un peu, pour convaincre les maisons de disques, pour monter des financements pour faire ces clips ?
FH – Je crois que Laurent et Mylène déjà avaient, avec Maman a tort, un titre fort… et c’est aussi tout leur talent, j’imagine, d’avoir comme ça embarqué des gens qui les suivaient. Je me souviens d’un producteur qui était un producteur de pub a Movie Box [Alain Grandgérard, ndlr], qui lui nous avait accompagné sur Libertine, qui était… qui avait envie de faire des films, qui avait envie de faire du cinéma. Donc à un moment donné, c’est un croisement d’énergies, de possibilités effectivement financières, mais après on a fait ça aussi avec, des fois, des bouts de ficelle, d’une certaine manière quand même. Parce que moi je me souviens avoir fait les repérages notamment pour Libertine, et j’allais voir les gens comme on ferait pour un court-métrage, en essayant de trouver des solutions d’entraide… enfin vous voyez, c’est plus trop possible aujourd’hui de faire ça comme ça.

BC – Donc il y a les moyens mais aussi, ce qui marquait à l’époque, c’était aussi le fond, l’histoire, les images présentées… On parle de Libertine : aujourd’hui une jeune chanteuse de 25 ans serait totalement nue dans un clip comme ça, enfin ça passerait plus aujourd’hui (rire) !
FH – Certainement oui.

Diffusion d’un extrait de Je te rends ton amour (live 2019).

JMR – Vous avez été assistant sur beaucoup de tournages, puis vous en avez tournés plusieurs vous-mêmes, seul : Je te rends ton amour en 99… Est-ce que vous pouvez nous rappeler un peu cette histoire, ce projet, le travail avec Mylène sur ce clip – et puis il y a la censure aussi qui est arrivée un peu après ?
FH – C’était effectivement le premier clip que j’ai réalisé pour Mylène. Du coup, c’est un changement de position, de rôle, puisque d’assistant je prenais un peu les commandes d’un projet que je lui avais proposé donc, et sur lequel elle s’était ralliée. Parce que vous proposez, mais elle ne prend pas forcement le premier synopsis. Donc d’une certaine manière en tout cas, c’était vraiment le premier. Et vous parlez de censure, en fait c’était une censure a minima puisque c’était plus une diffusion restreinte me semble-t-il.

JMR – Oui.
FH – C’était une chaine qui avait, effectivement, émis des réserves sur une partie du montage. Mais qui présentait, je crois, l’intégralité au-delà d’une certaine heure, mais voilà. Après c’est vrai que les gens retiennent cette histoire de censure. Moi j’en garde un très bon souvenir. Après je sais que c’était un clip qui avait difficile à réaliser d’une certaine manière puisque c’est pareil, là il fallait, malgré tout, faire ça vite et dans un temps qui n’était pas aussi conséquent que ce qu’on peut imaginer. Donc il faut tout préparer, story-boarder, enfin là il faut vraiment une préparation aux petits ognons quoi, il faut bien faire ça pour tourner efficacement.

BC – Donc là, ça c’est passe comme ça en fait ? Vous aviez la chanson, vous avez fait une proposition artistique à Mylène Farmer ? Et donc après, elle vous a suivi ou pas…
FH – Oui oui. Bon après, vous avez toujours des échanges sur un script, ce n’est pas une figure imposée. Et puis elle réagit, elle a aussi beaucoup d’elle dans tout ce qui est apport de l’imaginaire, des choix de décors… Vous travaillez vraiment en partenariat avec, en l’occurrence sur ce clip-là c’était effectivement une histoire sur laquelle on s’était vraiment retrouvés. Et puis il y avait… je me souviens de cette robe qu’elle avait, d’emblée, choisie. Et puis après vous avez vraiment une… à chaque fois c’est une petite histoire, donc elle part ou pas sur un mood, sur un univers, et je pense qu’elle-même, elle a énormément d’appétit pour le cinéma pour avoir de quoi proposer en échange a un réalisateur, quel qu’il soit d’ailleurs.

BC – Et justement, c’était quoi votre intention de réalisateur sur cette chanson ? Parce qu’il est quand même extrêmement fort. C’était quoi votre idée en tête dès que vous avez lancé le projet ?
FH – Alors ça c’est une colle, parce que là vraiment c’est…

JMR – Ca remonte…
FH – L’intention… j’avais vraiment l’espoir d’un clip très onirique, très décontextualisé, enfin qui sortait d’un quotidien. J’aime l’idée que ça puisse, comme ça, partir dans un monde un peu fantasmé. Les références, bon elles ont toutes été citées, elles ont souvent été donnes mais au-delà de ça, c’était le thème de la cécité aussi que j’aimais bien. Et j’avais exploré un peu, de manière palpable cette idée-là par l’image : le Braille, l’aveuglement, le rapport aux lumières dans cette abbaye, en plus, qui était complétement dévastée. Enfin j’aimais bien cet univers-là.

BC – Et ensuite, il y a eu 2 autres chansons mises en clip : il y a eu Redonne-moi en 2006 et Je te dis tout en 2013. Là aussi, du coup vous avez fait des propositions sur les chansons ? Comment ça s’est passe pour ces deux projets ?
FH – C’est toujours, voilà, vous gambergez, un script, un synopsis. Vous savez, c’est très basique d’une certaine manière. Trois images, un tableau, elle-même elle va, tout d’un coup, réagir. Je sais que sur Je te dis tout, qui finalement n’est pas vraiment un clip scénarisé, c’est elle pour le coup qui avait eu vraiment, radicalement, trouvé l’idée du cheval. Je crois qu’on était partis sur une image qu’elle m’avait montrée, je crois, d’un tableau… enfin une photo.

JMR – Mylène a travaillé avec plein d’autres cinéastes pour ses clips. Est-ce qu’il y a un clip que vous retenez, qui vous a marqué, qu’elle a pu faire avec d’autres ?
FH – Ah, il y en a plein. En fait, ce que j’aime, c’est qu’elle a ce truc d’aller chercher des gens très différents avec des écritures, des personnalités, des écritures cinématographiques très changeantes, et ça j’aime beaucoup cette prise de risque. Je me souviens du réalisateur qui avait fait Fuck them all, Ferrara bien évidemment puisque je l’avais en plus accompagnée, on avait fait un making-of. Mais à l’époque, moi j’étais dingue du cinéma de Ferrara. Déjà de le voir travailler, dans un registre un peu hors long-métrage ,avec son énergie, sa folie… c’est une personnalité incroyable ! Je dirais que ces clips-là m’ont marqué à une époque, parce que moi aussi j’aime beaucoup ça comme forme cinématographique, ce format très court. Mais le clip aussi fait sur L’âme-stram-gram était assez étonnant, parce que là il y avait aussi une autre vision d’un cinéaste chinois, donc avec une équipe de fou, une centaine de chinois ! (Rires). Non ça, c’était épatant !

JMR – Vous avez réalisé ou participé à 7 spectacles de Mylène, 7 films de Mylène. Quel regard vous portez sur les précédents spectacles aujourd’hui, est-ce que vous les regardez parfois ? Est-ce que vous avez un regard critique dessus ? Comment ça se passe ?
FH – Je ne les regarde pas, parce qu’après vous savez on est sur des phases de travail où le film, on l’a achevé. Et puis on n’est pas toujours en boucle sur nos propres… Il m’arrive des fois de revoir des séquences ou des bouts de film… Mais je les vois de manière très détachée. Après j’aime, à chaque fois l’idée que voilà, c’est un monde en soi. Je ne vois pas de répétition, je vois des univers, je vois une artiste qui en plus au fil des années a une vraie évolution, une maturité, une sérénité, un plaisir à occuper la scène, avec des gens différents, avec des décorateurs différents, avec des stylistes différents… Je vois aussi comment elle bouge au fil du temps et ça reste quelqu’un de vraiment a part quoi, parce que je trouve qu’elle file à travers le temps avec une aisance… Et là, moi j’ai été épaté à l’Arena quoi ! Parce qu’a l’image, il y a une personne épatante et sereine, qui a complétement pris la scène pour elle et avec une vraie décontraction, un plaisir, et ça se voit à l’image en plus !

JMR – Vous sentez vraiment cette évolution entre le premier concert que vous aviez fait et le dernier ?
FH – Bah le premier, c’était incroyable ! On a vu une artiste vraiment naitre sur scène de manière immédiate quoi. Moi je me souviens, on avait beau se connaitre, pratiquer, faire des clips, mais tout d’un coup l’arrivée sur scène un soir avec le public, c’est un déclic qui nous restera gravé a jamais. Là, vous voyez vraiment quelqu’un qui a une existence artistique et qui aime la scène, qui a un truc sur la scène.

BC – Et si vous ne deviez garder qu’un moment ou deux de scène sur cette carrière, vous pensez auquel instinctivement ?
FH – Oh il y en a plein, mais c’est vrai que le tableau d’Avant que l’ombre…, je l’adore. J’ai une passion pour ce titre, en plus. On parlait de L’horloge tout a l’heure, bien évidemment – l’irruption dans ce cimetière, avec cette musique démente quoi… Non ça c’était vraiment un truc ! Je crois que dans le Mylenium Tour aussi, avec la statue, la déesse Isis là, il y avait des très belles choses ! Mais bon, voilà, à chaque fois je vois ça comme des choses en soi, qui sont vraiment des mondes, voilà.

BC – Et du coup, vous la suivez sur scène depuis les tous débuts donc. Comment vous expliquez cette longévité auprès du public ? Parce qu’il y a un renouvellement, vous le dites, à chaque fois on voit de nouvelles générations arriver à chaque spectacle. Comment vous expliquez cette longévité, qui est assez inédite en France aujourd’hui ?
FH – Ah je ne suis pas armé pour dire ce qui fait que dans la vie, les gens s’accrochent à telle ou telle chose. Mais je crois que déjà, il y a quand même un personnage qui interpelle. Par l’image, par la musique, par les mots qu’elle utilise, qu’elle écrit dans ses chansons donc, c’est intergénérationnel, ça c’est certain. Au fil du temps on voit bien dans les salles des générations arriver, d’autres qui la suivent vraisemblablement depuis le début – j’en ai vu encore à l’Arena. Je me dis qu’on a vraiment des gens qui depuis leur vingtaine, trentaine, sont toujours la quoi.

JMR – Vous reconnaissez des visages parfois ?
FH – Oui ! Oui, oui, en plus, oui. Il y a des spectateurs effectivement qu’on voit de film en film et donc de tournage en tournage et de tournée en tournée (rires).

BC – Justement ce public, vous êtes très proche de lui via les réseaux sociaux notamment. C’est un lien qui vous fait plaisir aujourd’hui ? Parce que vous échangez beaucoup, des fois vous partagez même des petits documents de tournages passes. On sait que Mylène Farmer n’est pas du tout présente sur les réseaux sociaux, vous au contraire vous êtes assez présents et dans l’échange plutôt…
FH – Oui mais dans l’idée de faire, en fait… parce que ce qui est assez étonnant c’est ce public-là dont vous parlez sur les réseaux sociaux, souvent les gens sont plutôt bienveillants donc il n’y a pas de détournement, il n’y a pas de choses qui m’inciteraient à être sur une réserve. Alors il ne s’agit pas de faire du storytelling à outrance, mais c’est vrai qu’il y a, des fois, le partage d’un moment de travail sur une équipe ou sur un moment de tournage ou d’un document a posteriori, quand les choses ont existé, c’est vrai que des fois je trouve ça… Il y a même beaucoup de gens qui, des fois, me posent des questions sur la manière de faire – on est là aujourd’hui un peu pour ça – mais bon, c’est aussi une façon un petit peu de… Je suis très fanatique de tout ce qui est coulisses, making-of, aussi j’aime bien voir les gens au travail, j’adore le travail des autres. J’adore voir un plateau, ça me fait rêver, moi, une photo de plateau de cinéma, ça me fait presque autant rêver qu’un film. Enfin je veux dire, j’aime cette liturgie du travail de l’image et d’un film.

JMR – C’est ce qu’on voyait dans les bonus de Timeless d’ailleurs, vous avez suivi comme ça plein de métiers différents qui ont travaillé sur le spectacle.
FH – Oui oui, j’adore ça, oui.

(...)

BC – Et filmer Mylène Farmer dans une petite salle, c’est de l’ordre de l’envisageable a votre avis ou pas ?
FH – Ça… (rires).

BC – Ça vous ferait envie ?
FH – Ah bah tout est… tout me fait envie, c’est ce que je viens de v


Jean-Maxime Renault & Bastien Collignon - 15/10/2019